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The ConsciousLibrary

Capítulo 46 de 97

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Il dit: Hanoûmat entendit avec joie ce langage de Râma, et sa pensée lui peignit en ce moment Sougrîva, l’âme troublée de chagrin. Le singe alors de raconter, et le nom, et la forme, et l’exil de son maître sur le mont Rishyamoûka, et de porter enfin toute l’histoire de son roi à la connaissance de Râma, dans une assez longue extension.

À ces mots, Lakshmana, que Râma invite à répondre: « Il fut, dit-il au magnanime fils de Mâroute, il fut un roi, nommé Daçaratha, plein de constance, ami du devoir, et de qui ce héros appelé Râma est le fils premier né, de haute renommée, dévoué au devoir, tempéré, doux, trouvant son bonheur dans le bien de tous les êtres, secourable à ceux qui ont besoin de secours, accomplissant ici les ordres de son père. En effet, ce Raghouide à l’éclatante splendeur fut renversé du trône et banni dans les bois par son père asservi à la vérité: je l’accompagnai; et Sîtâ, son épouse aux grands yeux, le suivit elle-même dans l’exil, comme la lumière à la fin du jour suit, dans l’autre hémisphère, le soleil aux clartés flamboyantes. Plongé dans une vaste mer de chagrins, quoiqu’il fût digne du bonheur, le grand monarque, père de ce héros et l’essence même du bien pour l’univers entier, s’en est allé dans le Paradis.

« Apprends, singe, que Lakshmana est mon nom; que je suis le frère de Râma, venu avant moi dans la condition humaine, et que ses vertus m’attachent à son service. Dans le temps que ce prince à la vive splendeur habitait, dépouillé de sa couronne et banni, dans les bois déserts, un Rakshasa mit la fraude en jeu pour lui dérober son épouse. Mais il ne connaît pas le Démon ravisseur de sa bien-aimée. Il est un fils de Lakshmî, nommé Danou, et tombé dans la condition des Rakshasas par l’effet d’une malédiction. Suivant lui, Sougrîva, le roi des singes, peut nous donner ce renseignement. »

Hanoûmat, se tenant face à face de Lakshmana, répondit comme il suit: « Les hommes, doués d’intelligence, secourables aux créatures, qui ont dompté la colère, qui ont vaincu les organes des sens, qui sont tels que vous êtes, méritent de gouverner la terre. »

Il dit; et, quand il eut d’une voix douce prononcé gracieusement ces mots: « Allons, reprit-il, où m’attend le singe Sougrîva. En guerre déclarée avec son frère, en butte aux vexations répétées de Bâli et renversé du trône, comme toi, ce prince, qui s’est vu aussi ravir son épouse, tremble sans cesse au milieu des bois. Accompagné de nous, Sougrîva, compatissant aux peines de Râma, ne peut manquer de s’associer à vous dans la recherche de la Vidéhaine. »

Alors ce noble singe à la couleur d’or bruni, Hanoûmat, à la science bien étendue, reprit ses formes naturelles et dit tout joyeux: « Monte, ô le meilleur des rois, monte sur mon dos avec ton frère Lakshmana; et viens, dompteur des ennemis, viens promptement voir Sougrîva. » À ces mots, le fils du Vent, Hanoûmat au grand corps s’en alla, portant les deux héros, où Sougrîva se tenait dans l’attente.

Arrivé du mont Rishyamoûka aux cimes du Malaya, Hanoûmat fit connaître les deux vaillants guerriers au magnanime Sougrîva: « Voici le sage Râma aux longs bras, le fils du roi Daçaratha, qui vient se réfugier sous ta protection avec son frère Lakshmana.

« Né dans la famille d’Ikshwâkou, il reçut un jour, de son magnanime père, enchaîné par la vérité, l’injonction de s’en aller vivre au milieu des forêts. Là, tandis qu’il habitait dans les bois, accomplissant les ordres paternels, un Rakshasa lui a ravi Sîtâ, son épouse, avec le secours de la magie. Dans son infortune, ce Râma, que sa force n’a trompé jamais et de qui le devoir est comme l’âme, vient chercher avec Lakshmana, son frère, un appui à ton côté. »

Le roi des singes prit soudain la forme humaine, et, revêtu d’un extérieur admirable, tint ce langage à Râma: « Ta grandeur est façonnée au devoir, elle est pleine de vaillance, elle est amie du bien: c’est avec raison que le fils du Vent attribue à ta grandeur ces belles qualités. Aussi l’honneur même que j’ai maintenant de vous recevoir est-il une riche acquisition pour moi, ô le meilleur des êtres qui ont reçu la voix en partage. Si tu veux, sans dédain pour ma nature de singe, t’unir d’amitié avec moi; si tu désires mon alliance, je tends mon bras vers toi, serre ma main dans la tienne, et lions entre nous un attachement solide. »

Dès qu’il eut ouï ces mots prononcés par Sougrîva, aussitôt Râma de serrer la main du singe dans sa main; celui-ci prit à son tour la main de Râma dans la sienne; puis, enflammé d’amour et d’amitié pour son hôte, d’embrasser l’Ikshwâkide étroitement. Voyant ainsi formée cette union, objet de leurs mutuels désirs, Hanoûmat fit naître le feu, suivant les rites, en frottant le bois contre le bois. Il orna le feu allumé avec une parure de fleurs, et, joyeux, il déposa entre les nouveaux alliés ce brasier à la flamme excitée. Ensuite ces deux princes, qui s’étaient liés d’amitié, Râma et Sougrîva, de célébrer un pradakshina autour du feu allumé, et, se regardant l’un l’autre d’une âme joyeuse, le Raghouide et le singe ne pouvaient s’en rassasier les yeux.

Alors Sougrîva, de qui l’âme était fixée dans une seule pensée, Sougrîva à la grande splendeur tint ce langage au fils du roi Daçaratha, à ce Râma, de qui la science tenait embrassées toutes choses.

« Écoute, ô le plus éminent des Raghouides, écoute ma parole véridique: dépose ta douleur, guerrier aux longs bras! Je te le jure, ami, par la vérité! je sais à la ressemblance des situations qui enleva ton épouse: car c’est ta Mithilienne, sans doute, que j’ai vue; c’est elle qu’un Rakshasa cruel emportait, criant d’une manière lamentable: « Râma!… Lakshmana!… Râma! Râma! » et se débattant sur le sein du monstre comme l’épouse du roi des serpents dans les serres de Garouda. Elle me vit elle-même sur un plateau de montagne, où j’étais moi cinquième avec ces quatre singes; elle nous jeta rapidement alors son vêtement supérieur et ses brillants joyaux. Ces objets recueillis par nous sont ici, fils de Raghou: je vais te les apporter; veuille bien les reconnaître. »

« Apporte-les vite, répondit le Daçarathide à ces nouvelles agréables, que Sougrîva lui racontait: ami, pourquoi différer? »

Hâté par l’envie de faire une chose qui plût à son hôte, Sougrîva d’entrer à ces mots de Râma dans une caverne inaccessible de la montagne.

Là, il prit la robe et les bijoux éclatants, revint, les mit sous les yeux du héros et lui dit: « Regarde! »

À peine le Raghouide eut-il reconnu dans ces objets le vêtement et les joyaux de Sîtâ que ses yeux se remplirent de larmes: « Hélas! s’écria-t-il; hélas, bien-aimée Djanakide! » et, toute sa fermeté l’abandonnant, il tomba sur la terre. Plusieurs fois, avec désespoir, il porta ces parures à son cœur; plusieurs fois il poussa de longs soupirs, comme les sifflements d’un reptile en colère.

« Sougrîva, dis-moi! Vers quels lieux as-tu vu se diriger le féroce Démon, ravisseur de ma bien-aimée, non moins chère que ma vie? Où habite ce Rakshasa, qui m’a frappé d’une si grande infortune, lui, pour l’offense duquel j’exterminerai tous les Rakshasas? »

Le roi des singes alors serra le Raghouide avec amour dans ses bras, et, vivement affligé, ses mains jointes, il tint ce langage à l’époux de Sîtâ, qui fondait en larmes:

« Je ne connais pas du tout ni l’habitation de ce méchant, ni la puissance, ni la bravoure, ni la race de ce vil Démon. Secoue néanmoins ton chagrin, dompteur invincible des ennemis; car je te promets que j’emploierai mes efforts à te rendre la noble Djanakide.

« Loin de toi ce trouble d’esprit, où je te vois tombé! souviens-toi de cette fermeté, qui est la vertu des natures énergiques. Certes, une telle légèreté d’âme ne sied pas à tes pareils. Moi aussi, j’ai senti cette grande infortune que fait naître dans un cœur le rapt d’une épouse; mais je ne me désole pas, comme tu fais, et je n’abandonne pas ma fermeté.

« Médite cette maxime dans ta pensée: « Un esprit ferme ne souffre pas que rien abatte sa constance; mais l’homme qui laisse toujours le souffle du trouble agiter son âme est un insensé. Il est malgré lui submergé dans le chagrin, comme un vaisseau battu par le vent. »

« Le chagrin tue la force: ne veuille donc plus t’abandonner à cette douleur! Je ne prétends point ici, Râma, t’enseigner ce qui est bon, car c’est un don que tu as reçu de ta nature. Mais écoute mes paroles, venues d’un cœur ami et cesse de gémir. »

Ainsi consolé doucement par Sougrîva, l’auguste Kakoutsthide essuya son visage baigné de larmes avec l’extrémité de son vêtement; et, replacé dans sa nature même par ces bonnes paroles, il embrassa le roi des singes et lui tint ce discours: « Toute chose digne et convenable que doit faire un ami tendre et bon, tu l’as faite, Sougrîva. Un ami tel que toi est un trésor bien rare surtout dans ce temps-ci. Il te faut employer tes efforts à la recherche de ma chère Mithilienne et du cruel Démon à l’âme méchante qui a nom Râvana. Trace-moi en toute confiance quelle marche je dois suivre; et que mon bonheur naisse de toi comme les moissons naissent d’une heureuse pluie dans une terre féconde. »

Joyeux de son langage, Sougriva le quadrumane lui répondit comme il suit en présence de Lakshmana: « Les Dieux veulent sans doute verser de toute manière les faveurs sur moi, puisqu’ils m’ont amené dans ta grandeur un ami digne et plein de vertus. Certes! aujourd’hui que ta grandeur est mon alliée, je pourrais, secondé par ton héroïsme, conquérir même l’empire des Dieux: à plus forte raison puis-je, ami, reconquérir avec toi mon royaume! De mes parents et de mes amis, c’est moi que la fortune a le mieux partagé, héros à la grande force, puisqu’elle a joint nos mains dans une alliance où nous avons pris le feu à témoin. »

Ensuite, le roi des quadrumanes, voyant Râma debout avec le vigoureux Lakshmana, fit tomber de tous les côtés ses regards curieux dans la forêt, et, non loin, il aperçut un shorée robuste avec un peu de fleurs, mais riche de feuilles et paré d’abeilles voltigeantes. Il en cassa une branche touffue de fleurs et de feuilles, l’étendit sur la terre et s’assit dessus avec l’aîné des Raghouides. Quand Hanoûmat les vit assis tous deux, il s’approcha d’un sandal, rompit une branche de cet arbre, en joncha la terre et fit asseoir Lakshmana.

Alors, d’une voix douce, Sougriva joyeux prononce affectueusement ces paroles, dont sa tendresse émue lui fait bégayer quelque peu les syllabes: « Les persécutions me forcent, Râma, d’errer çà et là dans cette terre… Après que mon frère m’eut enlevé mon épouse, je suis venu chercher un asile dans les bois du Rishyamoûka; mais, redoutant le vigoureux Bâli, en guerre déclarée avec lui, en butte à ses vexations, mon âme tremble sans cesse au milieu des forêts. Veuille bien me protéger, fils de Raghou; moi, qui n’ai pas de protecteur, infortuné, que tourmente la crainte de Bâli, terreur du monde entier! »

À ces mots, le resplendissant Kakoutsthide, qui savait le devoir et chérissait le devoir, lui répondit en souriant: « Comme j’ai reconnu dans ta grandeur un ami capable de me prêter son aide, je donnerai aujourd’hui même la mort au ravisseur de ton épouse. »

« Commence par écouter, répondit Sougrîva, quel est le courage, l’énergie, la vigueur, la fermeté de Bâli, et décide ensuite ce qui est opportun. Avant que le soleil ne soit levé, Bâli, secouant déjà la torpeur du sommeil, s’en va de la mer occidentale à l’Océan oriental, et de l’Océan méridional à la mer septentrionale. Dans sa vigueur extrême, il empoigne les sommets et les grandes cimes des montagnes, les jette dans les cieux rapidement et les rempaume dans sa main. Pense donc à le tuer par un seul coup de flèche; autrement, nous aurons allumé la colère de Bâli, et nous subirons nous-mêmes, Kakoutsthide, cette mort, que nous lui destinons. »

Lakshmana répondit en souriant à ces paroles de Sougrîva: « Tous les oiseaux, les serpents, les hommes, les Yakshas et les Daityas, réunis aux Dieux mêmes, ne pourraient tenir en bataille contre lui, son arc à la main! Mais quelle action lui faudrait-il faire ici pour te persuader qu’il est capable de tuer Bâli? »

« Autrefois Bâli transperça d’une flèche trois palmiers d’un seul coup dans les sept que voici, répondit le singe à Lakshmana: eh bien! que Râma les perce tous à la fois d’une seule flèche et je crois à l’instant qu’il peut tuer Bâli! »

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· 46 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library