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The ConsciousLibrary

Capítulo 24 de 97

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Alors, quand il eut salué d’un adieu Soumantra, Gouha et ses ministres: « Entre dans ta barque, heureux nautonnier, dit le Kakoutsthide au pilote; délie ce bateau et conduis-nous à l’autre bord! »

À cet ordre, le chef de la barque fit traverser le Gange à ces deux héroïques frères.

Quand ils ont abordé le rivage, ces deux princes magnanimes sortent de la barque, et, d’une âme bien recueillie, ils adressent à la Gangâ une humble adoration. Alors ce fléau des ennemis, ce héros, de qui l’aspect ne montrait plus rien qui ne fût de l’anachorète, se mit en route, les yeux noyés de larmes, avec son frère et son épouse.

Mais d’abord ce prince judicieux, voué au séjour des forêts, tint ce langage au brave Lakshmana, douce joie de sa mère: « Marche en avant, fils de Soumitrâ, et que Sîtâ vienne après; j’irai, moi, par derrière, afin de protéger Sîtâ et toi! C’est aujourd’hui que ma chère Vidéhaine connaîtra les maux d’une habitation au milieu des bois: il faudra qu’elle supporte les sauvages concerts des sangliers, des tigres et des lions! » Puis, tournant un dernier regard vers cette plage, où se tenait encore Soumantra, nos deux frères, l’arc en main, de marcher avec Sîtâ vers ces grandes forêts. Mais, quand les enfants du roi se furent avancés jusqu’au point de n’être plus visibles, Gouha et le cocher s’en retournèrent de là, remportant avec eux leur amour.

Les trois nouveaux ascètes s’enfoncent dans la forêt immense; et, promenant leur vue çà et là sur différentes portions de terre, sur des régions délicieuses, sur des lieux qu’ils n’avaient pas encore vus, ils arrivent au pays qui était leur but, cette contrée où l’Yamounâ rencontre les saintes eaux de la Bhâgîrathî. Quand il eut suivi longtemps un chemin sans péril et contemplé des arbres de plusieurs essences, Râma dit à Lakshmana vers le temps où le soleil commence à baisser un peu: « Vois, fils de Soumitrâ, vois, près du saint confluent s’élever cette fumée, comme le drapeau d’un feu sacré: nous sommes, je pense, dans le voisinage d’un anachorète. Sans doute, nous voici bientôt arrivés à l’endroit heureux où l’Yamounâ mêle ses ondes au cours de la Gangâ: en effet, ce grand bruit qui vient à nos oreilles ne peut naître que de ces deux rivières, dont les vagues s’entrechoquent et se brisent. Ce ne peut être que les anachorètes nés dans la forêt qui ont fendu ce bois pour le feu du sacrifice; et voici différentes espèces d’arbres, comme en en voit dans l’ermitage de Bharadwâja. »

Quand ils eurent marché encore à leur aise un peu de temps, l’arc en main, ils arrivèrent, accablés de fatigue, après le coucher de l’astre qui donne le jour, à la sainte chaumière de Bharadwâja.

Parvenu avec son frère à l’endroit où se cachait l’ermitage de l’anachorète, le jeune Raghouide y pénétra, sans quitter ses armes, effrayant les gazelles et les oiseaux endormis. Amené par le désir de voir le solitaire à la porte même de son ermitage, le beau Râma s’y arrêta avec son épouse et Lakshmana.

L’anachorète, averti que deux frères, Râma et Lakshmana, se présentaient chez lui, fit introduire aussitôt les voyageurs dans l’intérieur de son ermitage. Râma se prosterna, les mains jointes, avec son épouse et son frère, aux pieds de l’éminent solitaire, qui, assis devant son feu sacré, venait d’y consumer ses religieuses oblations. L’anachorète, environné de pieux ermites, d’oiseaux même et de gazelles accroupies autour de lui, accueillit avec honneur l’arrivée du jeune prince et le félicita.

L’aîné des Raghouides se fit connaître au solitaire en ces termes: « Nous sommes frères, et fils du roi Daçaratha; on nous appelle Râma et Lakshmana. Mon épouse, que voici, est née dans le Vidéha; c’est la vertueuse fille du roi Djanaka. Attachée fidèlement aux pas de son époux, elle est venue avec moi dans cette forêt de la pénitence.

« Ce frère chéri est plus jeune que moi; il est fils de Soumitrâ: ferme dans les vœux qu’il a prononcés, comme kshatrya, il me suit de soi-même dans ces bois, où m’exile mon père. Docile à sa voix, je vais entrer dans la grande forêt; je marcherai là, saint anachorète, sur les pas mêmes du devoir: les fruits et les racines y feront toute ma nourriture. »

À ces mots du sage Kakoutsthide, l’anachorète vertueux comme la vertu elle-même lui présenta l’eau, la terre et la corbeille de l’arghya. Puis, quand il eut honoré ce fils de roi en lui offrant un siège et l’eau pour laver, le solitaire invita son hôte à partager son repas de racines et de fruits, lui, dont les fruits seuls étaient la nourriture quotidienne. À son jeune compagnon assis, quand il eut reçu de tels honneurs, Bharadwâdja tint alors ce langage assorti aux convenances, dont la politesse fait un devoir: « Je remercie la bonne fortune, qui t’a conduit, Râma, sain et sauf dans mon ermitage: assurément! j’ai entendu parler de cet exil sans motif, auquel ton père t’a condamné. Ce lieu solitaire et délicieux, fils de Raghou, est l’endroit célèbre dans le monde par le saint confluent de la Gangâ et de l’Yamounâ. Demeure ici avec moi, Râma, si le pays te plaît: tout ce que tes yeux voient ici appartient en commun aux habitants du bois consacré à la pénitence. »

Râma, joignant les mains, répondit à ces paroles de l’anachorète: « Ce serait une faveur insigne pour moi, brahme vénéré, d’habiter ici avec toi. Mais notre pays, ô le plus saint des pénitents, est à la proximité de ces lieux; et mes parents viendraient, sans nul doute, m’y visiter. Pour ce motif, je ne veux pas d’une habitation ici; mais daigne m’indiquer un autre ermitage isolé dans la forêt déserte, où je puisse habiter avec plaisir, sans trouble, ignoré de mes parents, accompagné seulement de Lakshmana et de ma chaste Vidéhaine. »

Il dit; à ce langage de Râma, le grand anachorète Bharadwâdja réfléchit un instant avec recueillement et lui répondit en ces termes: « À trois yodjanas d’ici, Râma, est une montagne, fréquentée des ours, hantée par les singes et dont les échos répètent les cris des golângoulas[16]. Cette retraite sainte, fortunée, libérale en tous plaisirs, habitée par de grands sages et semblable au mont Gandhamândana, est nommée le Tchitrakoûta: tu peux demeurer là.

« Tant qu’un homme aperçoit les sommets du Tchitrakoûta, la félicité ne cesse pas de lui sourire et toutes ses pensées lui viennent de la vertu. »

Ensuite Râma, quand il eut mangé, se mit à raconter diverses histoires, entremêlées avec celles de Bharadwâdja, et toute la sainte nuit s’écoula ainsi. Quand elle fut passée, le noble exilé récita la prière du matin et vint respectueusement s’incliner devant le grand saint: « Râma, lui dit le solitaire, va d’ici en diligence au mont Tchitrakoûta avec ton épouse et Lakshmana: tu habiteras ces lieux en toute assurance.

« Dirige-toi vers cette montagne heureuse et bien charmante, dont les échos répètent les chants des kokilas, des gallinules et des paons, le bruit des gazelles et les cris de nombreux éléphants ivres d’amour: puis, une fois arrivé dans cet ermitage, occupe-toi d’y poser ton habitation. »

Leur ayant fait connaître le chemin, Bharadwâdja, salué par le sage Râma, Lakshmana et Sîtâ, revint dans son ermitage. Quand l’anachorète fut parti, Râma dit à Lakshmana: « L’intérêt, que l’ermite prend à moi, fils de Soumitrâ, est comme une eau limpide, qui lave mes souillures. » Ainsi causant et marchant derrière Sîtâ, les deux héros voués à la pénitence arrivent sur les bords de la Kâlindi[17].

Là, quand ils ont réuni et lié ensemble des bois et des bambous nés sur le rivage, Râma lui-même prend alors Sîtâ dans ses bras et porte doucement sur le radeau cette chère enfant, tremblante comme une liane. Elle une fois placée, Râma et son frère montent dans la frêle embarcation.

Ce fut donc avec ce radeau qu’ils traversèrent l’Yamounâ, cette rivière, fille du soleil, aux flots rapides, aux guirlandes de vagues, aux bords inaccessibles par la masse épaisse des arbres enfants de ses rivages.

Ils se remettent dans la route du Tchitrakoûta, bien résolus d’y fixer leur habitation; ils s’avancent, pleins de vigueur et d’agilité, en hommes de qui les vues sont arrêtées.

Peu de temps après, les voici qui entrent dans le bois du Tchitrakoûta aux arbres variés, et Râma tient ce langage à Sîtâ: « Sîtâ, ma belle aux grands yeux, vois-tu, à la fin de la saison froide, ces kinçoukas déjà fleuris et comme en feu, près du fleuve, dont ils ceignent le front d’une guirlande? Vois encore, le long de la Mandâkinî, cette forêt de karnikâras, tout illuminée de ses fleurs splendides, flamboyantes et comme de l’or! Vois ces bhallâtakas, ces vilvas, ces arbres à pain, ces plaqueminiers et tous ces autres, dont les branches pendent sous le poids des fruits. Il nous est possible, femme à la taille svelte, il nous est possible de vivre ici avec des fruits: oh! bonheur! nous voici donc arrivés à ce mont Tchitrakoûta, semblable au paradis!

« Vois, ma belle chérie, vois comme, sur les bords de la Mandâkinî, la nature, au pied de chaque arbre, nous a jonché des lits brodés avec une multitude de fleurs! »

Tandis qu’ils observaient ainsi les ravissants aspects du fleuve Mandâkinî, ils arrivèrent au mont Tchitrakoûta, ombragé par une variété infinie d’arbres en fleurs. À son pied solitaire, environné d’eaux limpides, Râma et Lakshmana, les deux héroïques frères, se construisent un ermitage.

Ils vont chercher au milieu du bois suave comme un jardin et rapportent de fortes branches, cassées par les éléphants. Fichées dans la terre et rattachées l’une à l’autre avec des lianes épandues, qui remplissent tous les intervalles, elles se forment bientôt sous leurs mains en deux huttes séparées. Ils couvrent le toit avec les feuilles nombreuses des arbres. Lakshmana ensuite nettoie les deux cases terminées; et la Vidéhaine à la taille charmante les enduit elle-même d’argile. Alors, voyant son ermitage édifié, Râma dit à Lakshmana:

« Apporte une gazelle, fils de Soumitrâ, et fais-la cuire, sans tarder: je veux honorer les Dieux de l’ermitage avec ce banquet sacré. »

À ces paroles de son frère, Lakshmana s’en fut tuer une gazelle noire, la rapporta du bois, alluma du feu et fit cuire son gibier parfaitement.

Ensuite Râma lui-même s’assit avec Lakshmana, son frère, et tous deux se mirent à manger sur un plat net et pur, qu’ils se firent avec des feuilles verdoyantes, le reste des choses offertes en sacrifice. Sîtâ avait elle-même servi les mets devant son époux et son beau-frère; puis, s’étant retirée seule à part, elle revint enlever ce qui restait du festin. Dès ce moment, Râma goûta délicieusement avec Lakshmana les charmes de l’habitation, qu’il était venu demander à cette montagne sourcilleuse, embellie par les guirlandes et les bouquets de fleurs les plus variées, au milieu desquelles gazouillait un nombre infini d’oiseaux de toutes les espèces.

Le cocher Soumantra mit assez peu de temps à traverser de nombreux pays, et des fleuves, et des lacs, et des villages et des cités; il arriva enfin avec sa tristesse, après la chute du jour, aux portes d’Ayodhyâ, pleine d’un peuple sans joie. Tout bruit s’était alors éteint parmi ses troupes désolées d’hommes et de femmes. Elle semblait abandonnée, tant le silence était vide de son!

Aussitôt qu’ils virent arriver Soumantra, les habitants de courir à l’envi par centaines de mille derrière son véhicule poudreux, en lui jetant cette question: « Où est Râma? »

« Ce magnanime, leur dit alors celui-ci, m’a congédié sur les bords du Gange; et, quand il eut traversé le fleuve, je suis revenu à la ville. »

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· 24 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library