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The ConsciousLibrary

Capítulo 25 de 97

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À ces mots: « traversé le fleuve, » ils s’écrièrent, les yeux baignés de larmes: « Oh! douleur! » et, continuant à gémir: « Nous sommes frappés à mort! » disaient-ils. Alors Soumantra entendit courir autour de lui ces mots proférés d’une bande à l’autre: « Il faut qu’il n’ait pas de honte, cet homme, qui revient ici, après qu’il a délaissé Râma au fond d’un bois! Comment pourrions-nous, joyeux dans l’absence d’un prince, le plus noble des hommes, comment pourrions-nous, sans avoir dépouillé toute pitié, goûter encore le plaisir dans ces grandes fêtes, où l’on vient en foule de toutes parts! Où sera désormais une chose agréable à ce peuple? Quelle chose, d’où lui vienne un plaisir, peut-il maintenant désirer? » Ainsi pensaient les foules de ce peuple autour de Soumantra, qui évitait de blesser personne avec son char. Il entendait aussi les voix des femmes, qui, accourues à leurs fenêtres, disaient: « Comment, ce malheureux! il est revenu, après avoir quitté Râma! »

Le cocher, navré de chagrin, avait recueilli dans sa route ces paroles et d’autres mots semblables, quand il arriva au palais, où le roi Daçaratha fixait sa résidence. Descendu promptement de son char, il entra dans l’habitation royale aux sept enceintes, mais dépouillée maintenant de son auguste splendeur et toute pleine d’une cour noyée dans la douleur.

Le roi jeta un regard de ses yeux noyés de pleurs à Soumantra, qui s’avançait les mains jointes, et fit ces questions au cocher tout couvert encore de la poussière du char: « Où est allé Râma? dis-moi, Soumantra! où va-t-il habiter? En quel lieu était ce digne enfant de Raghou, quand il t’a quitté? Comment, élevé avec une extrême délicatesse, mon fils pourra-t-il supporter de n’avoir que le sol même pour unique siège? Ou comment dormira-t-il à ciel nu dans un bois, ce fils du maître de la terre? Qu’est-ce que dit Râma à la vive splendeur? Quelles paroles m’envoie Lakshmana? Que me fait dire Sîtâ, cette femme vertueuse et dévouée à son époux? Raconte-moi les haltes, les discours, les festins de Râma, sans rien omettre et de la manière que tout s’est passé, depuis qu’il est parti de ces lieux pour habiter les forêts. »

Ainsi invité par l’Indra des hommes, le cocher parla donc au roi, mais d’une voix craintive et balbutiante. Il raconta les événements depuis son départ de la ville jusqu’à son retour:

« Lorsque ces deux héros eurent disposé leurs cheveux en djatâ et que, revêtus d’un habit fait simplement d’écorce, ils eurent traversé le Gange, ils marchèrent, la face tournée vers le confluent. Ensuite, ô mon roi, à l’instant où je m’en retournai, voici que mes coursiers, émus jusqu’à verser eux-mêmes des larmes et suivant Râma de leurs yeux, poussent des hennissements plaintifs.

« Quand j’eus présenté à ces deux fils de mon roi les paumes de mes deux mains jointes et creusées en patère, je suis revenu ici, prince, malgré moi, dans la crainte d’offenser ta majesté.

« Dans ces contrées, ô le plus noble des hommes, on voit les arbres mêmes, avec toutes les feuilles, les bouquets de fleurs et les pousses nouvelles, se faner, languissants d’affliction pour l’infortune de Râma. — Les fleuves semblaient eux-mêmes pleurer avec des eaux tristes et des ondes troublées: les étangs de lotus, dépouillés de splendeur, n’offraient aux yeux que des fleurs toutes fanées. Les volatiles et les quadrupèdes, immobiles, fixant les yeux sur un seul point et plongés dans leurs sombres pensées, oubliaient d’errer çà et là sous les ombrages: toute la forêt, comme en deuil par les chagrins du magnanime, était sans gazouillement.

« Dans la ville, dans le royaume, entre les habitants de la cité, parmi ceux des campagnes, je ne vois pas un être, ô mon roi, qui ne s’afflige pour ton fils!

« Cette ville sans joie, sans travail, sans prières ni sacrifices, cette ville, résonnante d’un bruit larmoyant et qui n’a plus d’autre son que des sanglots ou des gémissements; ta cité, avec ses hommes tristes, malades, consternés, avec les arbres fanés de ses jardins, elle est sans aucun resplendissement depuis l’exil de Râma! »

Après qu’il eut écouté ces paroles touchantes et d’autres encore de Soumantra, le monarque, saisi par une subite défaillance de son esprit, tomba de son trône une seconde fois, semblable à un corps d’où s’est retiré le souffle de la vie. — Mais, tandis que le prince gémissait ainsi d’une façon touchante, et que, tombé de nouveau, il gisait hors de lui-même sur la terre, la mère de Râma se plaignait sur un ton plus déplorable encore, tout affaissée sous un poids beaucoup plus lourd de chagrin et d’excessive douleur.

Aussitôt que Râma, le tigre des hommes, fut parti avec Lakshmana pour les forêts, Daçaratha, ce roi si fortuné naguère, tomba dans une grande infortune. Depuis l’exil de ses deux fils, ce monarque semblable à Indra fut saisi par le malheur, comme l’obscurité enveloppe le soleil au sein des cieux, à l’heure que vient une éclipse. Le sixième jour qu’il pleurait ainsi Râma, ce monarque fameux, étant réveillé au milieu de la nuit, se rappela une grande faute, qu’il avait commise au temps passé.

À ce ressouvenir, il adressa la parole à Kâauçalyâ en ces termes: « Si tu es réveillée, Kâauçalyâ, écoute mon discours avec attention. Quand un homme a fait une action ou bonne ou mauvaise, noble dame, il ne peut éviter d’en manger le fruit, que lui apporte la succession du temps. — Quiconque, dans les commencements des choses, n’en considère pas la pesanteur ou la légèreté, pour éviter le mal et faire le bien, est appelé un enfant par les sages.

« Jadis, Kâauçalyâ, dans mon adolescence, imprudent jeune homme, fier de mon habileté à toucher un but et vanté pour mon adresse à percer d’un trait la bête que je voyais de l’oreille seulement, il m’est arrivé de commettre une faute. C’est pourquoi mon action coupable a mûri ce fruit de malheur, que je recueille aujourd’hui, comme l’efficacité du poison est de tuer la vie dans l’être animé qui en a bu la substance. Mais cette mauvaise action des jours passés, je l’ai commise par ignorance, de même qu’à son insu tel homme boirait un poison.

« Je ne t’avais pas encore épousée, reine, et je n’étais encore moi-même que l’héritier présomptif de la couronne: en ce temps, la saison des pluies arrivée répandait la joie dans mon âme.

« En effet, le soleil, ayant brûlé de ses rayons la terre et ravi au sol tous les sucs humides, las de parcourir les régions du nord, était passé dans l’hémisphère hanté par les Mânes. On voyait des nuages délicieux couvrir tous les points du ciel, et les grues, les cygnes, les paons s’ébattre en des mouvements de joie. Cette arrivée des nuages forçait toutes les rivières élargies à déverser leurs flots d’une eau trouble et vaseuse par-dessus les chaussées trop étroites. La terre, égayée par cette riche ondée, conçue au sein des nuées, brillait sous sa verte parure de gazons nouveaux, où se jouaient le paon et le coucou radié.

« Tandis que cette agréable saison marchait ainsi dans sa carrière, j’attachai, dame bien faite, deux carquois sur mes épaules, et, mon arc à la main, je m’en allai vers la rivière Çarayoû. J’arrivai de cette manière sur les rives désertes de cette belle rivière, où m’attirait le désir de tirer sur une bête, sans la voir, à son bruit seul, grâces à ma grande habitude des exercices de l’arc. Là, je me tenais caché dans les ténèbres, mon arc toujours bandé en main, près de l’abreuvoir solitaire, où la soif amenait, pendant la nuit, les quadrupèdes habitants des forêts. Là, dirigeant une flèche du côté que j’avais entendu sortir le bruit, il m’arrivait de tuer soit un buffle sauvage, soit un éléphant ou tel autre animal venu au bord des eaux.

« Alors et comme il n’était rien que mes yeux pussent distinguer entre les objets sensibles, j’entendis le son d’une cruche qui se remplissait d’eau, bruit tout semblable même au barit que murmure un éléphant. Moi aussitôt d’encocher à mon arc une flèche perçante, bien empennée, et de l’envoyer rapidement, l’esprit aveuglé par le Destin, sur le point d’où m’était venu ce bruit.

« Dans le moment que mon trait lancé toucha le but, j’entendis une voix jetée par un homme qui s’écria sur un ton lamentable: « Ah! je suis mort! Comment se peut-il qu’on ait décoché une flèche sur un ascète de ma sorte? À qui est la main si cruelle, qui a dirigé son dard contre moi? J’étais venu puiser de l’eau pendant la nuit dans le fleuve solitaire: qui est cet homme, dont le bras m’a blessé d’une flèche! À qui donc ai-je fait ici une offense? Cette flèche va pénétrer, à travers le cœur expiré de son fils, dans le sein même d’un anachorète vieux, aveugle, infortuné, qui vit d’aliments sauvages au milieu de ce bois! Cette fin malheureuse de ma vie, je la déplore avec moins d’amertume que je ne plains le sort de mon père et de ma mère, ces deux vieillards aveugles. Ce couple d’aveugles, chargé d’ans et nourri longtemps par moi, comment vivra-t-il après mon trépas, ce couple misérable et sans appui? Qui est l’homme au cœur méchant, de qui la flèche nous a frappés tous les trois, eux et moi, d’un même coup, infortunés, qui vivions innocemment ici de racines, de fruits et d’herbes? »

« Il dit; et moi, à ces lamentables paroles, l’âme troublée et tremblant de la crainte que m’inspirait cette faute, je laissai échapper les armes que je tenais à la main. Je me précipitai vers lui et je vis, tombé dans l’eau, frappé au cœur, un jeune infortuné, portant la peau d’antilope et le djatâ des anachorètes. Lui, profondément blessé dans une articulation, il fixa les yeux sur moi, non moins infortuné, et me dit ces mots, reine, comme s’il eût voulu me consumer par le feu de sa rayonnante sainteté: « Quelle offense ai-je commise envers toi, kshatrya, moi, solitaire, habitant des bois, pour mériter que tu me frappasses d’une flèche, quand je voulais prendre ici de l’eau pour mon père? Ces vieux auteurs de mes jours, sans appui dans la forêt déserte, ils attendent maintenant, ces deux pauvres aveugles, dans l’espérance de mon retour. Tu as tué par ce trait seul et du même coup trois personnes à la fois, mon père, ma mère et moi: pour quelle raison? n’ayant jamais reçu aucune offense de nous! Sans doute que ni la pénitence, ni la science sainte ne produisent, je pense, aucun fruit sur la terre, puisque mon père ne sait pas, homme insensé, que tu m’as donné la mort! Et même, quand il le saurait, que ferait-il dans l’état d’impuissance où le met sa triste cécité? Il en est de lui comme d’un arbre, qui ne peut sauver à ses côtés un autre arbre que sape la hache du bûcheron. Va promptement, fils de Raghou, va trouver mon père et raconte-lui cet événement fatal, de peur que sa malédiction ne te consume, comme le feu dévore un bois sec! Le sentier, que tu vois, mène à l’ermitage de mon père: hâte-toi de t’y rendre et fléchis-le, de peur que, dans sa colère, il ne vienne à te maudire! Mais, avant, retire-moi vite la flèche; car ce trait au contact brûlant comme le feu de la foudre, ce trait, lancé par toi dans mon cœur, ferme la voie à ma respiration. Arrache-moi ce dard! Que la mort ne vienne pas me saisir avec cette flèche dans ma poitrine! Je ne suis pas un brahme; ainsi, mets de côté la terreur qu’inspire le meurtre commis sur un brahmane. Un brahme, il est vrai, un brahme qui habite ces bois, m’a engendré, mais dans le sein d’une çoudrâ. »

« Voilà en quels termes me parla ce jeune homme, que j’avais percé d’une flèche. À la vue de ce faible adolescent qui se lamentait de cette manière, gisant ainsi dans la Çarayoû, le corps mouillé de ses ondes, poussant de longs soupirs et déchiré par l’atteinte mortelle de ma flèche, je tombai dans un extrême abattement.--Ensuite, hors de moi, je retirai à contre-cœur, mais avec un soin égal à mon désir extrême de lui conserver la vie, cette flèche entrée dans le sein de ce jeune ermite languissant. Mais à peine mon trait fut-il ôté de sa blessure, que le fils de l’anachorète, épuisé de souffrances et respirant d’un souffle, qui s’échappait en douloureux sanglots, se convulsa un instant, roula hideusement ses yeux et rendit son dernier soupir.

« Quand le fils du grand saint eut quitté la vie, faisant crouler d’une chute rapide et ma gloire et moi-même, je restai l’âme entièrement consternée, car on ne pouvait douter que je ne fusse tombé dans une calamité sans rivage.

« Après que j’eus retiré au jeune homme la flèche brûlante et semblable au poison d’un serpent, je pris sa cruche et me dirigeai vers l’ermitage de son père. Là, je vis ses deux parents, vieillards infortunés, aveugles, n’ayant personne qui les servît et pareils à deux oiseaux, les ailes coupées. Assis, désirant leur fils, ces deux vieillards affligés s’entretenaient de lui: eux, que j’avais frappés dans leur enfant, ils aspiraient au bonheur que ferait naître en eux sa présence! Tel je vis ce couple inquiet de pénitents se tenir dans son ermitage, quand je m’approchai d’eux, l’âme bourrelée du crime si grand que j’avais commis par ignorance.

« Mais ensuite, comme il entendit le bruit de mon pas, l’anachorète m’adressa la parole: « Pourquoi as-tu donc tardé si longtemps, mon fils? Apporte-moi l’eau promptement! Yadjnyadatta, mon ami, tu t’es bien attardé à jouer dans l’eau: ta bonne mère et moi aussi, mon fils, nous étions affligés d’une si longue absence. Si j’ai fait, ou même ta mère, une chose qui te déplaise, pardonne et ne sois plus désormais si longtemps, en quelque lieu que tu ailles. Tu es le pied de moi, qui ne peux marcher; tu es l’œil de moi, qui ne peux voir; c’est en toi que repose toute ma vie… Pourquoi ne me parles-tu pas? »

« À ces mots, m’étant approché doucement de ce vieillard, à qui le désir de voir son fils inspirait des paroles si touchantes, je lui dis, agité par la crainte, les mains jointes, la gorge pleine de sanglots, tremblant et d’une voix que la terreur faisait balbutier, mais dont ma fermeté cherchait à soutenir la force: « Je suis un kshatrya, on m’appelle Daçaratha; je ne suis pas ton fils: je viens chez toi, parce que j’ai commis un forfait épouvantable, en horreur à tous les hommes vertueux. J’étais allé, saint anachorète, mon arc à la main, sur les rives de la Çarayoû, épier les bêtes fauves, que la soif conduirait à ses eaux, où mon plaisir était de les atteindre sans les voir. Dans ce temps, le son d’une cruche qui s’emplissait vint frapper mon oreille: je dirigeai une flèche sur ce bruit et je blessai ton fils, croyant que c’était un éléphant. Aux pleurs que lui arracha mon dard en lui perçant le cœur, je courus tout tremblant au lieu d’où ils partaient, et je vis un jeune pénitent. C’est bien la pensée que j’avais un éléphant vis-à-vis de moi, saint anachorète, et mon adresse à percer une bête, sans la voir, à son bruit seul, qui m’ont fait décocher vers les eaux cette flèche de fer, dont, hélas! fut blessé ton fils. Après que j’eus retiré ma flèche de sa blessure, il exhala sa vie et s’en alla au ciel; mais, avant, il avait déploré bien longtemps le sort de vos saintetés. C’est par ignorance, vénérable anachorète, que j’ai frappé ton fils bien-aimé… Tombé ainsi moi-même sous les conséquences de ma faute, je mérite que tu déchaînes contre moi ta colère. »

« À ces paroles entendues, il demeura un instant comme pétrifié; mais, quand il eut repris l’usage des sens et recouvré la respiration, il me dit à moi, qui me tenais devant lui mes deux mains humblement réunies: « Si, devenu coupable d’une mauvaise action, tu ne me l’avais pas confessée d’un mouvement spontané, ton peuple même en eût porté le châtiment et je l’eusse consumé par le feu d’une malédiction! Kshatrya, si, connaissant d’avance sa qualité, tu avais commis un homicide sur un solitaire des bois, ce crime eût bientôt précipité Brahma de son trône, où cependant, il est fermement assis. Dans ta famille, ô le plus vil des hommes, le paradis fermerait ses portes à sept de tes descendants et sept de tes ancêtres, si tu avais tué un ermite, sachant bien ce que tu faisais. Mais comme tu as frappé celui-ci à ton insu, c’est pour cela que tu n’as point cessé d’être: en effet, dans l’autre cas, la race entière des Raghouides n’existerait déjà plus; tant il s’en faudrait que tu vécusses toi-même!

« Allons, cruel! conduis-moi vite au lieu où ta flèche a tué cet enfant, où tu as brisé le bâton d’aveugle qui servait à guider ma cécité! J’aspire à toucher mon enfant jeté mort sur la terre, si toutefois je vis encore au moment de toucher mon fils pour la dernière fois! Je veux toucher maintenant avec mon épouse le corps de mon fils baigné de sang, le djatâ dénoué et les cheveux épars, ce corps, dont l’âme est tombée sous le sceptre d’Yama. »

« Alors, seul, je conduisis les deux aveugles, profondément affligés, à ce lieu funèbre, où je fis toucher à l’anachorète, comme à son épouse, le corps gisant de leur fils. Impuissants à soutenir le poids de ce chagrin, à peine ont-ils porté la main sur lui que, poussant l’un et l’autre un cri de douleur, ils se laissent tomber sur leur fils étendu par terre. La mère, léchant même de sa langue ce pâle visage de son enfant, se mit à gémir de la manière la plus touchante, comme une tendre vache à qui l’on vient d’arracher son jeune veau:

« Yadjnyadatta, ne te suis-je pas, disait-elle, plus chère que la vie? Comment ne me parles-tu pas au moment où tu pars, auguste enfant, pour un si long voyage? Donne à ta mère un baiser maintenant, et tu partiras après que tu m’auras embrassée: est-ce que tu es fâché contre moi, ami, que tu ne me parles pas? »

« Aussitôt le père affligé, et tout malade même de sa douleur, tint à son fils mort, comme s’il était vivant, ce triste langage, en touchant çà et là ses membres glacés:

« Mon fils, ne reconnais-tu pas ton père, venu ici avec ta mère? lève-toi maintenant! viens! prends, mon ami, nos cous réunis dans tes bras! De qui, dans la forêt, entendrai-je la douce voix me faire une lecture des Védas, la nuit prochaine, avec un désir égal au tien, mon fils, d’apprendre les dogmes saints? Qui, désormais, qui, mon fils, apportera des bois la racine et le fruit sauvage à nous deux, pauvres aveugles, qui les attendrons, assiégés par la faim? Et cette pénitente, aveugle, courbée sous le faix des années, ta mère, mon fils, comment la nourrirai-je, moi, de qui toute la force s’est écoulée et qui d’ailleurs suis aveugle comme elle? car je suis seul maintenant. Ne veuille donc pas encore t’en aller de ces lieux: demain, tu partiras, mon fils, avec ta mère et moi. Avant longtemps le chagrin nous fera exhaler à tous les deux, abandonnés sans appui, le souffle de notre vie dans la mort: oui, la sentence, auguste enfant, est déjà prononcée. Entré chez le fils du soleil[18], je mendierai, infortuné père, je mendierai moi-même, et portant mes pas vers lui: « Dieu des morts, lui dirai-je accompagné par toi, fais l’aumône à mon fils! »

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· 25 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library