Capítulo 96 de 97
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La Mithilienne alors de lui faire aussi une grâce non-pareille: « Que les différentes choses à manger, fils de Mâroute, se présentent d’elles-mêmes à toi sur la terre! Que les chœurs des Apsaras, les Gandharvas, les Dânavas et les Dieux t’honorent comme un Immortel en tous lieux où tu seras. Que partout il naisse pour l’amour de toi ou ruisselle à ton gré, quadrumane sans péché, des fruits pareils à l’ambroisie et des ondes limpides! »
« Ainsi soit-il! » reprit le singe, qui partit les yeux mouillés de larmes; et tous ses compagnons de s’en aller, comme ils étaient venus, à leurs différentes habitations, s’entretenant tout le voyage, tant ils aimaient Râma, des grandes aventures de ce noble Raghouide.
Après le départ de tous les singes, l’homicide généreux des ennemis tint ce langage au vertueux Lakshmana, qui toujours lui fut si dévoué: « Gouverne avec moi, ô toi qui sais le devoir, cette terre qu’ont habitée les rejetons des monarques nos ancêtres, et porte, comme roi de la jeunesse, ce timon des affaires, qui n’a rien de supérieur à ta force et que nos aïeux ont jadis porté. »
Chaque jour, l’auguste et vertueux Râma étudiait lui-même avec ses frères toutes les affaires de son vaste empire. Pendant son règne plein de justice, toute la terre, couverte de peuples gras et joyeux, regorgea de froment et de richesses. Il n’y avait pas de voleur dans le monde, le pauvre ne touchait à rien, et jamais on n’y vit des vieillards rendre les honneurs funèbres à des enfants. Tout vivait dans la joie: la vue de Râma enchaîné au devoir maintenait le sujet dans son devoir, et les hommes ne se nuisaient pas les uns aux autres.
Tant que Râma tint les rênes de l’empire, on était sans maladie, on était sans chagrin, la vie était de cent années, chaque père avait un millier de fils. Les arbres, invulnérables aux saisons et couverts sans cesse de fleurs, donnaient sans relâche des fruits; le Dieu du ciel versait la pluie au temps opportun et le vent soufflait d’une haleine toujours caressante.
Tant que Râma tint le sceptre de l’empire, les classes vivaient renfermées dans leurs devoirs et dans leurs occupations respectives; les créatures s’adonnaient à la pratique de la vertu.
Doué de tous les signes heureux, dévoué à tous ses devoirs, c’est ainsi que Râma, dans lequel étaient réunies toutes les qualités, gouvernait la monarchie du monde. Devenu maître de tout l’empire et victorieux de ses ennemis, ce prince, à la haute renommée, offrit mainte espèce de grands sacrifices, où les brahmes furent comblés de riches honoraires.
Ce poëme fortuné, qui donne la gloire, qui prolonge la vie, qui rend les rois victorieux, est l’œuvre primordiale que jadis composa Valmîki.
Il sera délivré du péché, l’homme, qui pourra tenir dans le monde son oreille sans cesse occupée au récit de cette histoire admirable ou variée du Raghouide aux travaux infatigables. Il aura des fils, s’il veut des fils; il aura des richesses, s’il a soif de richesses, l’homme qui écoutera lire dans le monde ce que fit Râma.
La jeune fille qui désire un époux obtiendra cet époux, la joie de son âme: a-t-elle des parents bien-aimés qui voyagent dans les pays étrangers, elle obtiendra qu’ils soient bientôt réunis avec elle. Ceux qui dans le monde écoutent ce poëme, que Valmîki lui-même a composé, acquièrent du ciel toutes les grâces, objets de leurs désirs, telles qu’ils ont pu les souhaiter.
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