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The ConsciousLibrary

Capítulo 87 de 97

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Dans cette conjoncture, le puissant Lakshmana prit avec colère sept flèches, et, d’une main vigoureuse, il envoya ces dards à la grande fougue trancher le drapeau du resplendissant monarque, dans le champ duquel une tête d’homme se détachait pour insigne. Puis, avec un seul trait, ce héros fortuné fit tomber à bas du char de ce roi magnanime la tête de son cocher, parée de pendeloques flamboyantes; et, dans le moment que le souverain des Rakshasas courbait son arc, semblable à une trompe d’éléphant, Lakshmana le rompit dans ses mains avec cinq et cinq flèches.

De son côté, Vibhîshana d’assommer sous les coups de sa massue, au timon du char même de son frère, les bons coursiers pareils à des montagnes et couleur des sombres nuages. Ses chevaux tués, le rapide monarque saute légèrement à bas de son grand char et s’enflamme d’une colère violente contre le héros son frère. Aussitôt l’auguste souverain saisit et lance à Vibhîshana une longue pique de fer, qui flamboyait comme la flamme du feu. Mais Râma de la briser avec trois flèches avant qu’elle ait touché le but: cette lance, autour de laquelle s’enroulait une guirlande d’or, tombe cassée en trois morceaux.

À la vue de cette arme que le magnanime Raghouide avait rompue dans ce grand combat, un immense cri de victoire s’éleva au milieu des singes.

Râvana s’arme d’une autre lance de fer, luisante, inaffrontable, rayonnante d’une lumière innée et plus redoutable que la mort elle-même. Balancée dans la main du vigoureux et magnanime Démon, cette pique, d’une impétuosité nonpareille, flamboya au milieu du ciel comme un éclair.

Mais soudain l’héroïque Lakshmana de s’élancer au même instant près de Vibhîshana exposé au danger de sa vie. Ce vaillant guerrier bande son arc et inonde avec une pluie de ses flèches Râvana, sa pique à la main et prêt de la darder en guise de javelot. Submergé dans cette averse de traits décochés par ce magnanime, le tyran ne pensa plus à diriger sa lance contre Vibhîshana et sa colère fut contrainte à se détourner de lui.

Voyant que son frère était sauvé par Lakshmana, il tourna sa face vers le Soumitride et lui tint ce langage: « Puisque c’est toi qui sauves de la mort ce Vibhîshana si renommé pour sa force, eh bien! ma lance épargne le Rakshasa, mais elle va tomber sur toi! » Il dit; et, brandissant à ces mots sa lance au grand bruit, aux huit clochettes, au coup toujours sûr, meurtrière des ennemis et flamboyante d’une splendeur innée, Râvana, bouillant de colère, vise Lakshmana, lui darde sa pique, ouvrage enchanté de Maga le magicien, et pousse un cri.

Enveloppée d’une lumière égale à celle de la foudre même de Çakra, cette pique, envoyée d’une effroyable vitesse, fondit sur le Soumitride au front de la bataille. Tandis que volait cette arme de fer, soudain Râma de lui adresser ces paroles à elle -même: « Que la fortune sauve Lakshmana! Sois vaine! N’arrive pas à ton but! »

Il dit; mais pendant cette pensée le trait, à la grande splendeur et flamboyant comme la langue du roi des serpents, s’abattit avec une grande fougue sur la grande poitrine de Lakshmana. Celui-ci tomba sur la terre, le cœur fendu sous le coup de cette lance que le bras impétueux du tyran avait enfoncée bien profondément. À peine Râma, qui se trouvait à ses côtés, l’eut-il vu dans ce déplorable état, que son cœur en fut tout rempli de tristesse par le vif amour qu’il portait à son frère; il demeura un instant absorbé en lui -même, les yeux troublés de larmes; mais bientôt, flamboyant comme le feu à la fin d’un youga: « Ce n’est pas le moment de se laisser abattre! » L’héroïque Daçarathide, impatient d’arracher la vie au Démon, recommença contre lui un combat des plus tumultueux avec des flèches bien aiguisées.

Après que le noctivague eut livré cette terrible bataille au Raghouide, il s’écarta un peu du combat, fatigué de cette lutte, et se reposa. Alors, mettant à profit ce moment de répit que lui donnait la retraite de son ennemi, Râma, ayant relevé dans son sein la tête de son frère, se mit, plein de tristesse, à pleurer d’une manière touchante son Lakshmana aux signes heureux: « Hélas! mon frère! toi que j’aimais d’un amour infini! Hélas! mon frère! toi qui étais ma vie! Renonçant à tous les plaisirs, tu m’avais suivi dans la forêt. Là, inspiré sans cesse par la tendresse fraternelle, tu fus toujours mon consolateur quand le malheur fondit sur moi, quand le rapt de Sîtâ m’eut rempli de chagrin: « Je vaincrai, disais-tu, le monarque des Rakshasas et je ramènerai ta Mithilienne! » Où t’en es-tu allé, Soumitride aux longs bras, si dévoué à ton frère? »

Ensuite le monarque des simiens, Sougrîva à la grande science, réunissant les mains en coupe, dit ces mots à Râma, noyé dans sa douleur: « Ne conçois pas d’inquiétude à l’égard du Soumitride; abandonne, guerrier aux longs bras, abandonne ce chagrin et ne te laisse pas abattre. En effet, il est un médecin nommé Soushéna; qu’il vienne examiner le fils de Soumitrâ, ton frère bien-aimé… »

Celui-ci venu se mit à examiner Lakshmana de tous les côtés.

Puis, quand il eut promené son examen sur tous les membres et sur les sens intimes du malade, Soushéna tint ce langage à l’aîné des Raghouides:

Ce Lakshmana, de qui l’existence accroît ta prospérité, n’a point quitté la vie; en effet, sa couleur n’a pas changé et son teint n’est pas devenu livide. Examinez son visage: il est clair et brillant; les paumes de ses mains ont la rougeur des lotus! Voyez reluire ses yeux!

« Que l’ordre soit donné d’apporter ici le simple du Gandhamâdana! Qu’un homme blessé voie cette plante, c’est assez pour qu’il soit guéri de ses blessures. Ainsi, que les singes prennent leur vol sans tarder et qu’ils s’en aillent rapidement la chercher! » Les paroles de Soushéna entendues, Râma tint ce langage: « Sougrîva, consie cette mission au vigoureux Hanoûmat et laisse-moi lui dire: « Va, héros à la grande science, va au mont Gandhamâdana! car je ne vois pas un autre homme aussi capable de nous apporter cette panacée. »

Il dit, à ces mots, le fils du Vent, habile dans l’art de manier le discours, Hanoûmat répondit en ces termes au noble fils de Raghou: « Si le sacrifice de ma vie pouvait rendre la vie à Lakshmana, je subirais volontiers la mort pour lui; à plus forte raison, la fatigue d’un voyage. »

À peine le plus vaillant des singes eut-il parlé ainsi, que Sougrîva lui adressa la parole en ces termes: « Élève ton vol au-dessus de la mer, et dirige-toi, héros à la grande vigueur, à la vaste science, vers le mont Gandhamâdana! Explore ces lieux où croît la plante fortunée, qui fait tomber les flèches des blessures. Là, sont deux rois Gandharvas, nommés Hâhâ et Hoûhoû. Trente millions de guerriers Gandharvas à la force immense habitent cette montagne délicieuse, couverte de lianes et d’arbres variés. Il te faudra soutenir contre eux, on ne peut en douter, un combat épouvantable. Va! que ta route soit heureuse! Fais une bonne traversée! »

Le fils du Vent les salua, ses mains en coupe, et se mit en chemin. Le héros Hanoûmat, qui voyageait par la cinquième voie[18], passa donc intrépidement au-dessus de Lankâ.

Mais Râvana, car il aperçut le Mâroutide en sa course aérienne, tint alors ce langage à Kâlanémi, insurmontable Démon, le plus difficile à vaincre de tous les Rakshasas, monstre aux quatre faces, aux quatre bras, aux huit yeux, et de qui la seule vue inspirait la terreur: « Écoute ici mes paroles, noctivague éloquent! Le héros Hanoûmat, que tu vois là-haut, va au Gandhamâdana, où croît le simple fortuné qui extrait les flèches et guérit les blessures. Si tu réussis à l’arrêter, je te donne la moitié de mon royaume. »

Kâlanémi se hâte vers le mont Gandhamâdana. Parvenu là, ce noctivague à la grande force bâtit dans un clin d’œil par la vertu de sa magie un délicieux ermitage, où ne manquaient ni les offrandes au feu, ni les sacrés tisons allumés, ni les habits d’anachorète faits d’écorce. Il se trouve au même instant revêtu avec le costume des ermites, les cheveux renoués dans une gerbe sainte, les ongles et la barbe longs, le ventre amaigri par le jeûne, un chapelet à sa main et des prières sur ses lèvres murmurantes. Quand il se fut donné ces traits sous les apparences d’une forme qui n’était pas la sienne, il se tint là, attendant l’arrivée du singe.

Pendant ce temps, le sage Hanoûmat s’avançait d’une vigueur immense; les deux bras étendus à travers le ciel, ce héros aux longs bras nageait dans les airs bien au-dessus de la mer avec des mouvements accélérés.

Hanoûmat parvint avec la rapidité du vent au mont Gandhamâdana. Il aperçoit là un ermitage céleste, enveloppé d’arbres variés. L’anachorète, voyant arriver Hanoûmat, se lève, vient à sa rencontre et lui dit: « Sois le bienvenu; voici la corbeille de l’hospitalité, voici de l’eau pour laver tes pieds, voici un siège, assieds-toi! Repose-toi à ton aise dans mon ermitage, ô le plus excellent des singes. »

À ces mots du solitaire, Hanoûmat répondit en ces termes: « Écoute les paroles que je vais dire, ô le plus saint des ermites.

« L’homicide Râvana a blessé dans la poitrine avec une lance de fer un grand héros, nommé Lakshmana, qui est le frère de Râma. Je vais donc au Gandhamâdana à cause d’un simple merveilleux qui naît sur la montagne et qui s’appelle Extracteur-des-flèches: j’ai mission d’en rapporter pour lui cette herbe souveraine, que le médecin a prescrite. »

« Si même il en est ainsi, éminente personne, répondit celui qui d’un ermite n’avait que l’habit, tu peux néanmoins t’asseoir ici un moment. Tu es un hôte venu dans ma chaumière; accepte, héros, mes dons hospitaliers. J’ai obtenu ce lac céleste par la vertu d’une cruelle pénitence. Que je boive un peu de son eau, c’est assez pour apaiser ma faim. »

À ces mots du perfide, Hanoûmat descendit vers ce lac, couvert de nymphæas rouges et de lotus bleus. Mais, tandis qu’il y boit de l’eau, soudain Grâhî, la crocodile[19], happe le singe. Tout saisi qu’il était par elle, Hanoûmat, le singe à la vigueur immense, tira le monstre hors des ondes rapidement, et, levant la Grâhî dans ses bras, il se mit à la déchirer avec ses ongles.

Alors, se pâmant au milieu de l’air, voici que le crocodile tint ce langage: « Écoute, tigre des singes, Hanoûmat, fils du Vent. Sache que je suis une Apsara, nommée Gandhakâlî. Un jour que, montée dans un char couleur du soleil, resplendissant d’or épuré, je m’en allais par l’air au palais de Kouvéra, je ne vis pas, tant ma course était rapide, un saint ermite occupé à mortifier sa chair. Cet anachorète à l’éminente splendeur avait nom Yaksha. Mon char dans ce moment, noble singe, heurta le pénitent, ceint des armes de la malédiction. Alors, de son nimbe radieux, le solitaire aux violentes macérations me jeta ces mots:

« Il est dans la plage du septentrion une montagne qui se nomme le Gandhamâdana. Près d’elle, à son côté méridional, est un grand lac: tu vivras dans ses ondes sous la forme d’un crocodile, ravisseur de tout ce qui a vie. » « Aussitôt je tombai, foudroyée par cette malédiction, sur le sol de la terre. » Et l’anachorète, se laissant fléchir à mes prières, conclut ainsi l’anathème: « Mais au temps où le héros Hanoûmat viendra au mont Gandhamâdana, tu obtiendras, n’en doute pas, la délivrance de cette métamorphose. »

« Mon histoire t’est connue maintenant, quadrumane sans péché; je te l’ai racontée entièrement: c’est à toi, héros, que je dois ma délivrance: adieu! je retourne au palais de Kouvéra! »

À ces paroles de la nymphe, Hanoûmat répondit ces mots: « Va donc avec une pleine assurance! je suis heureux, Apsara, de ce que j’ai brisé ta chaîne! »

Quand il eut affranchi de sa métamorphose la bayadère céleste, le fils du Vent, Hanoûmat s’en alla au charmant ermitage où se tenait le Démon. Aussitôt que le Rakshasa, déguisé en ermite, le voit arriver, il prend des racines et des fruits: « Mange! » lui dit-il. Le chef quadrumane vit cette forme d’emprunt, et resta un moment à cette vue plongé dans ses idées et dans ses réflexions: « Je ne vois pas chez les saints ermites des apparences telles que je les trouve en celui-ci, pensa-t-il. Cette différence nécessairement doit avoir sa cause, et d’ailleurs les gestes de cet homme remplissent malgré soi d’épouvante. Ses traits mêmes ont quelque chose du Rakshasa: on s’aperçoit qu’il a changé de forme. Ne voit-on pas ces Démons, qui excellent dans la magie, circuler par le monde sous quelque forme qu’ils veulent? Évidemment, c’est un émissaire, qui vint ici, envoyé par le monarque des Yâtavas pour me donner la mort: je tuerai donc ce Démon à l’âme cruelle, qui veut m’ôter la vie! »

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· 37 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library