Ir al contenido
The ConsciousLibrary

Capítulo 64 de 97

· 14

La femme aux yeux de gazelle dit alors ces douces paroles au singe d’une voix suffoquée par ses larmes, mais où la joie se mêlait avec le chagrin:

« Je veux offrir au temps convenable un sacrifice aux Dieux en reconnaissance de cet événement, ô le plus grand des singes. Quel bonheur! mon époux jouit encore de la vie! Lakshmana, oh! bonheur! vit encore! Je suis toute satisfaite d’apprendre ici par ton récit, après tant de jours écoulés, que mon époux et le héros Lakshmana se portent bien l’un et l’autre. »

Elle dit ensuite au fils du Vent: « Je suis contente de toi, singe, puisses-tu jouir d’une longue vie! Sois heureux! toi, par qui me fut annoncé que mon époux est en bonne santé avec son frère puîné. Certes! je ne crois pas, noble singe, que tu sois un quadrumane vulgaire, toi, à qui ce Râvana n’inspire ni terreur, ni frémissement! Tu es bien digne de converser avec moi, ô le plus excellent des singes, puisque tu viens, envoyé par mon époux, qui a la science de son âme. Il est sûr que Râma n’eût pas envoyé, surtout en ma présence, un affidé qu’il n’aurait pas étudié et dont il n’eût pas expérimenté le courage!

« Râma n’est-il pas dans le trouble? N’est-il pas rongé de chagrin?

« Emploie-t-il sa main à des actions viriles et même à des œuvres divines? Est-ce que l’absence n’a point effacé mon amour dans le cœur de ce noble héros? Non! c’est lui, qui doit m’arracher de cette horrible calamité, lui, toujours digne des biens et jamais digne des maux!

« Plongé dans une douleur profonde, Râma ne s’y noie donc pas? On le verra donc bientôt, singe, venir à cause de moi dans ces lieux, ce rejeton auguste de Raghou, ce Râma, fils du monarque des hommes!

« Puissé-je vivre, Hanoûmat, jusqu’au temps où mon époux ait reçu tes nouvelles! Viendra-t-elle bientôt à cause de moi l’armée complète, l’épouvantable armée du magnanime Bharata, commandée par ses généraux et rassemblée sous les étendards? Est-ce que les singes à la force terrible viendront ici? Le beau Lakshmana, ce fils, qui est la joie de Soumitrâ, va-t-il de sa main habile à tirer l’arc jeter l’épouvante chez les Rakshasas avec la multitude de ses flèches? Mon vœu est que je puisse voir bientôt Râvana tué dans un combat, lui, ses parents, ses conjoints et ses fils, sous la main de Râma si terrible avec son arc sans égal! »

À ces belles paroles de Sîtâ, le fils du Vent lui répondit en ces termes d’une voix douce et les mains réunies en coupe à ses tempes: « Reine, ton Raghouide ne sait pas encore que tu es ici: à mon retour, ses flèches consumeront bientôt cette ville.

« Là, si la Mort, si les habitants du ciel avec Indra osent tenir pied devant lui, ce noble fils de Kakoutstha leur fait mordre à tous la poussière du champ de bataille!

« Plongé dans une grande affliction par ton absence de ses yeux, Râma ne trouve de calme nulle part, comme un taureau assailli par un lion.

« Troublé de ce chagrin, né du malheur qui le sépare de toi, il ne pense ni à l’héroïsme, ni à l’exercice des armes, ni à la volupté, ni aux festins. Le seul plaisir qu’il trouve est celui, Vidéhaine, que lui donne son âme en se reportant vers toi: il gémit sans cesse, femme craintive; il se plonge mainte fois dans sa douleur profonde.

« Son âme toujours avec toi n’a pas d’autre pensée: il rêve de toi dans le sommeil; à son réveil, il pense encore à toi. « Sîtâ! » dit le prince d’une voix douce à l’aspect, ou d’un fruit, ou d’une fleur, ou d’un autre objet qui ravit le cœur des femmes; et, courant saisir la jolie chose: « Ah! mon épouse! » fait-il, s’imaginant que c’est toi-même! « ah! Sîtâ! ah! femme au corps séduisant! ah! toi, de qui la vue est la merveille de mes yeux! où demeures-tu, Vidéhaine? où es-tu? » s’écrie-t-il en pleurant toujours. Du moment qu’il a vu dans les nuits se lever le charme de la nature, cette lune, ravissante par l’immense réseau de ses rayons froids, les yeux de Râma ne cessent point d’accompagner jusqu’au mont Asta la reine des étoiles, car l’amour, dont il est esclave, chasse le sommeil de ses paupières! »

Quand elle eut écouté ce discours, Sîtâ, au visage beau comme la lune dans sa pléoménie, répondit au singe Hanoûmat ces paroles, où le juste se mariait à l’utile: « Ce langage que tu m’as tenu est de l’ambroisie mêlée à du poison, car si d’un côté Râma n’a pas une pensée dont je ne sois l’objet, son amour d’une autre part le rend malheureux.

« Je l’espère, ô le meilleur des singes, mon époux viendra bientôt; car mon âme est pure et de nombreuses qualités sont en lui. Persévérance, force, énergie, courage, activité, reconnaissance, majesté: voilà, singe, les qualités de mon noble Raghouide.

« Quand donc Râma, ce héros, ou plutôt ce soleil qui sème en guise de rayons un réseau de flèches, dissipera-t-il avec colère ces ténèbres que Râvana fit naître sur notre ciel? »

À Sîtâ, qui parlait ainsi, consumée de chagrin par l’absence de Râma et le visage baigné de larmes, le noble singe répondit en ces termes: « Je vais aujourd’hui même te porter sur le sein de Râma, Mithilienne aux beaux cheveux annelés, comme le feu porte aux Dieux l’offrande sacrifice sur leurs autels.

« Viens! monte sur mon dos, reine; assure tes mains dans ma crinière! Je te ferai voir ton Râma aujourd’hui même, regarde-moi bien! oui! ton Râma à la grande vigueur, assis, comme Pourandara, sur le front d’une montagne-reine, où il se tient dans un ermitage, les efforts de son âme tendus pour atteindre jusqu’à ta vue. Assise sur mon échine, traverse l’Océan par la voie des airs, comme la Déesse Pârvatî, montée sur le taureau. En effet, quand je fuirai, t’emportant avec moi, reine au charmant visage, tous les habitants de Lankâ ne sont point capables de suivre ma route.

« Ou bien, si tu crains de monter sur mon dos, reine, de quel volatile ou quadrupède vivant sur la terre me faut-il emprunter la forme? »

À ces paroles agréables du terrible singe Hanoûmat à la vigueur épouvantable, la Mithilienne en ces termes lui dit avec modestie: « Comment pourrais-tu, noble singe, toi de qui le corps est si petit, me porter de ces lieux jusqu’en présence de mon époux, le monarque des enfants de Manou? »

Hanoûmat répondit à ces mots de Sîtâ: « Eh bien! Vidéhaine, vois seulement la forme que je vais prendre maintenant! » Alors, ce tigre des singes à la grande énergie, lui, auquel était donné de changer sa forme à volonté, il s’augmenta dans ses membres.

Devenu semblable à un sombre nuage, le prince des quadrumanes se mit en face de Sîtâ et lui tint ce langage: « J’ai la force de porter Lankâ même avec ses chevaux et ses éléphants, ses arcades, ses palais et ses remparts, ses parcs, ses bois et ses montagnes! »

Quand la fille du roi Djanaka vit semblable à une montagne le propre fils du Vent, cette princesse aux yeux grands comme les pétales des nymphées lui dit:

« Je sais que tu as la force, singe, de me porter dans cette course; mais il est essentiel de voir si l’affaire peut arriver sans naufrage au succès. Il est impossible que j’aille avec toi par les airs, ô le meilleur des singes: ton impétueuse vitesse, égale à toute la fougue du vent, me ferait tomber. Ensuite, il ne sied pas que l’épouse de ce Râma, aux yeux de qui le devoir siége avant tout, monte sur le dos même d’un être que l’on appelle d’un nom affecté au sexe mâle. Si autrefois, sans protecteur, esclave et n’étant pas la maîtresse de mes actes, il est arrivé que j’ai touché malgré moi le corps de Râvana, est-ce un motif pour que je fasse librement la même chose à présent? »

À ce langage, le singe Mâroutide, aux louables qualités, répondit à Sîtâ: « Ce que tu dis, reine à l’aspect charmant, est d’une forme convenable; ce discours est assorti au caractère d’une femme qui siège au rang des plus vertueuses; il est digne enfin de tes vœux.

« Tous ces détails, reine, et ce que tu as fait, et ce que tu as dit en face de moi, tout sera conté, sans que rien soit omis, au rejeton de Kakoutstha.

« Si tu ne peux venir avec moi par la voie des airs, donne-moi un signe que Râma sache reconnaître. »

À ces paroles d’Hanoûmat, la jeune Sîtâ, semblable à une fille des Dieux, lui répondit ces mots d’une voix que ses larmes rendaient balbutiante: « Dis au roi des hommes: « Sîtâ la Djanakide, vouée au soin de conserver ta faveur, est couchée, en proie à la douleur, au pied d’un açoka et dort sur la terre nue. Les membres pantelants de chagrin, aspirant de tout son cœur à ta vue, Sîtâ est plongée dans un océan de tristesse; daigne l’en retirer. Maître de la terre, tu es plein de vigueur, tu as des flèches, tu as des armes; et Râvana qui mérite le trépas vit encore! Que ne te réveilles-tu?

« Un héros, toi! ceux qui le disent ne parlent pas avec justesse: en effet, quiconque a souillé l’épouse d’un héros ne peut garder la vie. Le héros défend son épouse et l’épouse sert le héros! Mais toi, héros, tu ne me défends pas: quel signe est-ce d’héroïsme? »

« Tu lui diras ces choses et d’autres encore de manière à toucher son cœur de compassion pour moi, car le feu ne brûle pas une forêt, s’il n'est agité par le vent. »

Quand elle eut ainsi donné fin à ces candides et justes paroles, Sîtâ, levant son visage pareil à l’astre des nuits, regarda une seconde fois dans le çinçapâ fait d’or. Cette noble dame vit, assis au milieu des branches avec sa taille d’un empan, le singe au langage aimable, tenant les deux mains réunies en coupe à ses tempes. À sa vue, la chaste Sîtâ, le cœur affligé, poussant un long soupir, adressa une seconde fois la parole au singe, qui se tenait là dans cette respectueuse attitude:

Usa las flechas ← → del teclado para pasar de capítulo.

· 14 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library