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The ConsciousLibrary

Capítulo 5 de 97

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« L’ainé de ces frères, Asamandjas fut banni par son père de la ville, où ce héros exterminateur des ennemis s’appliquait à nuire aux citadins. Mais Asamandjas eut un fils, nommé Ançoumat, prince estimé par tout le monde et qui avait pour tout le monde une parole gracieuse.

« Ensuite et longtemps après, noble fils de Raghou, cette pensée naquit en l’esprit de Sagara: « Il faut, se dit-il, que je célèbre le sacrifice d’un açwa-médha.

« Dans cette contrée où le mont Vindhya et le fortuné beau-père de Çiva, l’Himalaya, ce roi des montagnes, se contemplent mutuellement et semblent se défier; dans cette contrée, dis-je, Sagara le magnanime célébra son pieux sacrifice; car c’est un pays grand, saint, renommé, habité par un noble peuple.

« Là, d’après son ordre, vint avec lui son petit-fils, le héros Ançoumat, habile à manier un arc pesant, habile à conduire un vaste char.

« Tandis que l’attention du roi était absorbée dans la célébration du sacrifice, voici que tout à coup un serpent sous la forme d’Ananta se leva du fond de la terre, et déroba le cheval destiné au couteau du sacrificateur. Alors, fils de Raghou, voyant cette victime enlevée, tous les prêtres officiants viennent trouver le royal maître du sacrifice, et lui adressent les paroles suivantes:

« Qui que ce soit qui, sous la forme d’un serpent, a dérobé le coursier destiné au sacrifice, roi, il faut que tu donnes la mort à ce ravisseur et que tu nous ramènes le cheval; car son absence est dans la cérémonie une grande faute pour la ruine de nous tous. Accomplis donc ce devoir, afin que ton sacrifice n’ait aucun défaut. »

« Quand le prince eut écouté dans cette grande assemblée ces pressantes paroles de ses directeurs spirituels, il fit appeler devant lui ses soixante mille fils, et leur tint ce langage: « Je vois que ni les Rakshasas, ni les Nâgas eux-mêmes n’ont pu se glisser dans cette auguste cérémonie; car ce sont les grands rishis qui veillent sur mon sacrifice. Qui que ce soit des êtres divins qui, sous la forme d’un serpent, s’est emparé du cheval, vous, mes fils, voyant avec une juste colère ce défaut jeté dans les cérémonies introductives de mon sacrifice, allez, soit qu’il se cache dans les enfers, soit qu’il se tienne au fond des eaux, allez, dis-je, le tuer, ramenez-moi le cheval, et puisse le bonheur vous accompagner!

« Fouillant jusque dans les humides guirlandes de la mer et creusant le globe entier avec de longs efforts, cherchez tant que vous ne verrez point le cheval s’offrir enfin à vos yeux. Que chacun de vous brise un yaudjana de la terre; allez tous en vous suivant ainsi les uns les autres, selon cet ordre, que je vous impose, de chercher avec soin le ravisseur de notre cheval.

« Quant à moi, lié par les cérémonies préliminaires de mon sacrifice, je me tiendrai ici, accompagné de mon petit-fils et des prêtres officiants, jusqu’au temps où le bonheur veuille que vous ayez bientôt découvert le coursier. »

« Dès que Sagara eut ainsi parlé, ses fils, Râma, exécutèrent, d’une âme joyeuse, l’ordre paternel et se mirent aussitôt à déchirer la terre. Ces hommes héroïques fendent le sein du globe, chacun l’espace d’un yaudjana, avec une vigueur et des bras égaux à la force du tonnerre. — Ainsi brisée à coups de bêches, de massues, de lances, de hoyaux et de pics, la terre pousse comme des cris de douleur. — Il en sortait un bruit immense de Nâgas, de serpents aux grandes forces, de Rakshasas et d’Asouras ou tués ou blessés.

« En effet, d’une vigueur augmentée par la colère, tous ces hommes eurent bientôt déchiré soixante mille yaudjanas carrés du globe jusqu’aux voûtes des régions infernales.

« Ainsi, creusant de tous côtés la terre, ces fils du roi avaient parcouru le Djamboudwîpa, c’est-à-dire l’Inde, hérissé de montagnes.

« Ensuite, les Dieux avec les Gandharvas, avec le peuple même des grands serpents, courent, l’âme troublée, vers l’aïeul suprême des créatures, et, s’étant prosternés devant lui, tous les Souras, agités d’une profonde épouvante, adressent au magnanime Brahma les paroles suivantes: « Heureuse Divinité, toute la terre est creusée en tous lieux par les fils de Sagara, et ces vastes fouilles causent une destruction immense des créatures vivantes. « Voici, disent-ils, ce Démon, perturbateur de nos sacrifices, le ravisseur du cheval! » et, parlant ainsi, les fils de Sagara détruisent l’une après l’autre toutes les créatures. Informé de ces troubles, Dieu, à la force puissante, daigne concevoir un moyen dans ta pensée, afin que ces héros, qui cherchent le cheval dévoué au sacrifice, n’ôtent plus à tous les animaux une vie qu’ils ont reçue de toi. »

« À ces mots, le suprême aïeul des créatures répondit en ces termes à tous les Dieux tremblants d’épouvante: « Le ravisseur du cheval est ce Vasoudéva-Kapila, qui soutient seul tout l’univers et de qui l’origine échappe à toute connaissance. S’il a dérobé la victime, c’est parce qu’il en avait jadis vu dans l’avenir ces conséquences: le déchirement de la terre et la perte des Sagarides à la force immense: voilà quel est mon sentiment. »

« Après qu’ils eurent entendu parler ainsi l’antique père des créatures, les Dieux, les Rishis, les mânes des ancêtres et les Gandharvas s’en retournèrent, comme ils étaient venus, dans leurs palais du triple ciel.

« Ensuite, bruyante comme le tonnerre de la foudre, s’éleva la voix des vigoureux fils de Sagara, occupés à fouir la terre. Ayant fouillé entièrement ce globe et décrit un pradakshina autour de lui, tous les Sagarides s’en vinrent à leur père et lui dirent ces paroles:

« Nous avons parcouru toute la terre et fait un vaste carnage d’animaux aquatiques, de grands serpents, de Daityas, de Dânavas, de Rakshasas; et cependant nulle part, ô roi, le perturbateur de ton sacrifice ne s’est offert à nos yeux. Que veux-tu, père chéri, que nous fassions encore? Réfléchis là-dessus, et donne-nous tes ordres. »

« Alors Sagara se mit à songer, et fit cette réponse à ce discours de tous ses fils: « Cherchez de nouveau mon cheval, creusez même ces régions infernales, et, quand vous aurez saisi le ravisseur de mon coursier, revenez enfin, couronnés du succès. »

« À ces mots de leur auguste père, les soixante mille fils de Sagara courent de tous les côtés aux régions infernales.

« Mais, tandis qu’ils travaillent de toutes parts à creuser la terre, voici qu’ils aperçoivent devant eux l’auguste Nârâyana et le cheval, qui se promène en liberté auprès de ce Dieu, nommé aussi Kâpila. À peine ont-ils cru voir en Vishnou le ravisseur du cheval, que, tout furieux, ils courent sur lui avec des yeux enflammés de colère, et lui crient: « Arrête! arrête là! »

« Alors ce magnanime, infini dans sa grandeur, envoie sur eux un souffle de sa bouche, qui rassemble tous les fils de Sagara et fait d’eux un monceau de cendres. »

« Étant venu à penser, noble rameau de l’antique Raghou, que ses fils étaient déjà partis depuis longtemps, Sagara tint ce langage à son petit-fils, qu’enflammait un héroïsme naturel: « Va-t’en à la recherche de tes oncles et du méchant qui a dérobé mon coursier; mais songe que dans les cavités de la terre habite un grand nombre d’êtres. Ne marche donc pas sans être muni de ton arc et préparé contre leurs attaques. Quand tu auras, bien-aimé fils, trouvé tes oncles et tué l’être qui met des entraves à mon vœu, reviens alors, couronné du succès, et conduis-moi à l’accomplissement de mon sacrifice: tu es un héros, tu possèdes maintenant la science, et ta bravoure est égale à celle de tes aïeux. »

« À ces paroles du magnanime Sagara, Ançoumat prit son arc avec son épée, Râma, et se mit en route d’un pas accéléré. Sans délai, suivant le même chemin qu’ils avaient déjà parcouru, l’adolescent marcha d’une grande vitesse à la recherche de ses oncles.

« Il contempla ce vaste carnage d’Yakshas et de Rakshasas, que les nobles fossoyeurs avaient exécuté, et vit enfin debout devant lui ce pilier vivant de la plage orientale, l’éléphant Viroûpâksha. — Ançoumat lui rendit l’honneur d’un pradakshina, lui demanda comment il se portait, et s’informa ensuite de ses oncles, puis de l’être inconnu qui avait dérobé le cheval. À ces questions d’Ançoumat, l’éléphant, soutien de ce quartier, répondit au jeune homme, debout près de lui: « Ton voyage sera heureux. » — Ces paroles entendues, le neveu de soixante mille oncles reprit son chemin et continua à s’enquérir successivement avec le respect convenable auprès des trois autres éléphants de l’espace. Cette réponse même fut rendue au jeune et bouillant héros Ançoumat: « Tu retourneras chez toi, honoré et maître du cheval. »

« Quand il eut recueilli ces bonnes paroles des éléphants, il s’avança d’un pied léger vers l’endroit où les Sagarides, ses oncles, n’étaient plus qu’un monceau de cendres. Et, devant le funèbre spectacle de ce tumulaire amas, le fils d’Asamandjas, accablé sous le poids de sa douleur, se répandit en cris plaintifs.

« Il vit aussi errer non loin de là ce coursier qu’un serpent avait enlevé, un jour de pleine lune, dans le bois de la Vélà.

« Ce héros à la splendeur éclatante désirait célébrer, en l’honneur de ces fils du roi, la cérémonie d’en arroser les cendres avec les ondes lustrales: il avait donc besoin d’eau, mais nulle part il ne voyait une source. Tandis qu’il promène autour de lui ses regards, voici qu’il aperçoit en ce lieu, vaillant Râma, l’oncle maternel de ses oncles, Garouda, le monarque des oiseaux. Et ce rejeton de Vinatâ aux forces puissantes lui tint ce langage: « Ne t’afflige pas, ô le plus éminent des hommes; cette mort sera glorifiée dans les mondes. C’est Kapila même, l’infini, qui a consumé ces guerriers invincibles: voici, héros, la seule manière dont tu puisses verser de l’eau sur eux. La fille aînée de l’Himalaya, la purificatrice des mondes, la Gangâ, cette reine des fleuves, doit laver de ses ondes tes infortunés parents, dont Kapila fit un monceau de cendres. Aussitôt que le Gangâ, chérie des mondes, aura baigné cet amas de leurs cendres, tes oncles, mon bien-aimé, s’en iront au ciel!

« Amène, s’il t’est possible, du séjour des Immortels, la Gangâ sur la face de la terre; procure ici-bas, et puisse le bonheur sourire à ton noble dessein! procure ici-bas la descente du fleuve sacré. Prends ce coursier et retourne chez les tiens, comme tu es venu: il est digne de toi, vaillant héros, de mener à bonne fin le sacrifice de ton aïeul. »

« Docile aux paroles de Garouda, le vigoureux autant qu’illustre Ançoumat s’empara du cheval et revint d’un pied hâté au lieu où cette victime devait être immolée.

« Arrivé devant le roi au moment où celui-ci venait enfin d’achever les cérémonies initiales de son açwamédha, il répéta à son aïeul, noble fils de Raghou, les paroles de l’oiseau Garouda; et le monarque, ému au récit affreux d’Ançoumat, termina le sacrifice avec une âme pleine de tristesse. — Quand il eut achevé complètement sa grande cérémonie, ce maître sage d’un vaste empire s’en retourna dans sa capitale, mais il n’arriva point à trouver un moyen pour amener la Gangâ sur la terre; et, ce dessein échoué, il paya son tribut à la mort, après qu’il eut gouverné le monde l’espace de trente mille années. »

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· 5 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library