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The ConsciousLibrary

Capítulo 34 de 97

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Alors, s’inclinant, celle-ci salua cette vénérable Anasoûyâ, ferme dans ses vœux, et se hâta de lui dire: « Je suis la princesse de Mithila. »

Anasoûyâ mit un baiser sur la tête de la vertueuse Mithilienne, et lui dit ces mots d’une voix que sa joie rendait balbutiante: « Je veux, de ce pouvoir surnaturel, attribut de la pénitence, trésor que m’ont acquis différentes austérités, je veux tirer un don maintenant, Sîtâ, pour t’en gratifier.

« Noble fille du roi Djanaka, tu marcheras désormais ornée de parures et les membres teints avec un fard céleste, présents de mon amitié. À compter de ce jour, le tilaka, signe heureux que tu portes sur le front va durer, n’en doute pas, éternel; et ce fard ne s’effacera pas de bien longtemps sur ton corps. Toi, chère Mithilienne, avec ce liniment que tu reçois de mon amitié, tu raviras sans cesse ton époux bien-aimé, comme Çri, la déesse aux formes charmantes fait les délices de Vishnou. »

La princesse de Mithila reçut encore avec cet onguent céleste des vêtements, des parures et même des bouquets de fleurs, présent incomparable d’amitié. Reposée de ses fatigues, la Mithilienne accepta, dans toute la joie de son âme, une couple de robes d’une propreté inaltérable et brillantes comme le soleil dans sa jeunesse du matin, les bouquets de fleurs, les parures et le fard de la beauté.

Quand la nuit se fut écoulée, Râma vint présenter ses adieux au solitaire, qui brûlait dans le feu sacré les oblations du matin.

Et quand ces brahmes magnanimes eurent prononcé, les mains jointes, leurs bénédictions pour son voyage, le héros immolateur des ennemis pénétra dans la forêt, accompagné de son épouse et de Lakshmana, comme le soleil entre dans une masse de nuages.

Alors Sîtâ aux grands yeux présente aux deux frères les carquois tout resplendissants, leurs arcs et les deux épées, dont le tranchant moissonne les ennemis. Ensuite Râma et Lakshmana s’attachent les deux carquois sur les épaules, ils prennent les deux arcs à leur main, ils sortent et s’avancent pour continuer leur visite à cette partie des ermitages qu’ils n’avaient pas encore vus.

Quand la fille du roi Djanaka vit en marche les deux héros, armés de leurs solides arcs, elle dit à son époux d’une voix tendre et suave: « Râma, les hommes de bien atteignent à coup sûr une condition heureuse de justice, au moyen d’une bonté qui les préserve d’offenser aucun être quelconque; mais il y a, dit-on, sept vices qui en sont le venin destructeur. Quatre, assure-t-on, naissent de l’amour, et trois de ces vices, noble fils de Raghou, se disent les enfants de la colère. Le premier est le mensonge, que fuit toujours l’homme vertueux; ensuite, vient le commerce adultère avec l’épouse d’un autre; puis, la violence sans une cause d’inimitié.

« Il est possible de les comprimer tous à ceux qui ont vaincu leurs sens: les tiens obéissent à ta volonté, je le sais, Râma, et la beauté de l’âme inspire tes résolutions. On n’a jamais trouvé, seigneur, et jamais on ne trouvera dans ta bouche une parole menteuse: combien moins ne peux-tu faire de mal à quelqu’un! combien moins encore séduire une femme! Mais je n’aime pas, vaillant Râma, ce voyage à la forêt Dandaka.

« Je vais en dire la cause; écoute-la donc ici de ma bouche.

« Te voici en chemin pour la forêt, accompagné de ton frère, avec ton arc et tes flèches à la main. À la vue des animaux qui errent dans ces futaies, comment ne voudrais-tu pas leur envoyer quelques flèches? En effet, seigneur, l’arc du kshatrya est, dit-on, comme le bois aliment du feu? Placée dans sa main, l’arme augmente malgré lui et beaucoup plus sa bouillante ardeur: aussi, l’effroi de saisir à l’instant les sauvages hôtes des bois, quand ils voient l’homme de guerre s’avancer ainsi. Les armes inspirent même à ceux qui vivent dans une solitude l’envie de tuer et de répandre le sang.

« Jadis s’était confiné dans les bois je ne sais quel ascète, qui, vainqueur de ses organes des sens, était arrivé à la perfection dans la forêt des pénitents. Là, quelqu’un étant venu trouver l’anachorète, qui se maintenait dans une grande vertu, laissa dans ses mains, à titre de dépôt, une épée excellente et bien affilée.

« Une fois qu’il eut cette arme, l’ermite se dévouant au soin de conserver son dépôt, ne s’en fiait qu’à lui seul et ne quittait pas même cette épée dans les forêts. En quelque lieu qu’il aille recueillir des fruits ou des fleurs, il n’y va jamais sans porter ce glaive, tant son dépôt le tient dans une continuelle inquiétude. À force d’aller et venir sans cesse autour de cette arme, il arriva que peu à peu l’homme qui avait thésaurisé la pénitence finit par habituer sa pensée à la cruauté et perdit ses bonnes résolutions de pénitent. Ensuite, arraché au devoir par son âme, que cette familiarité avec une épée avait menée ainsi jusqu’à l’endurcissement, l’anachorète alors de tomber dans l’abîme infernal.

« C’est un souvenir que mon amour, que mon culte envers toi rappelle à ta mémoire: n’y vois pas une leçon que je veuille ici te donner. Il te faut de toute manière éviter l’impatience, maintenant que tu as pris ton arc à la main. On ne déchaîne pas la mort contre les Rakshasas mêmes sans un motif d’hostilité.

« Quelle différence il y a des armes, des combats, des exercices militaires aux travaux de la pénitence! Celle-ci est ton devoir maintenant; observe-le: tous les autres te sont défendus.

« La culture des armes enfante naturellement une pensée vaseuse d’injustice. Mais d’ailleurs qu’es-tu, depuis le jour où tu as cédé le trône? Un humble anachorète! Le devoir est le père de l’utile; le devoir engendre le bonheur: c’est par le devoir que l’on gagne le ciel; ce monde a pour essence le devoir. Le paradis est la récompense des hommes qui ont déchiré eux-mêmes leur corps dans les pénitences; car le bonheur ne s’achète point avec le bonheur. Bel enfant de Raghou, fais ton plaisir de la mansuétude; sois dévoué à ton devoir!… Mais il n’est rien dans le monde, qui ne te soit bien connu dans toute sa vérité.

« Médite néanmoins ces paroles dans ton esprit avec ton jeune frère, et fais-en, roi des hommes, ce qu’il te plaira. »

Quand il eut ouï ce discours si doux et si conforme au devoir, que venait de prononcer la belle Vidéhaine, Râma de répondre en ces termes à la princesse de Mithila:« Reine, ô toi à qui le devoir est si bien connu, ces bonnes paroles, sorties de ta bouche avec amour, dépassent la grandeur même de ta race, noble fille du roi Djanaka. Pourquoi dirais-je, femme charmante, ce qui fut dit par toi-même? L’arme est dans la main du kshatrya pour empêcher que l’oppression ne fasse crier le malheureux! » n’est-ce point là ce que tu m’as dit? Eh bien, Sîtâ! ces anachorètes sont malheureux dans la forêt Dandaka! Ces hommes accomplis dans leur vœux sont venus d’eux-mêmes implorer mon secours, eux secourables à toutes les créatures! Dans les bois qu’ils habitent, faisant du devoir leur plaisir, des racines et des fruits leur seule nourriture, ils ne peuvent goûter la paix un moment, opprimés qu’ils sont à la ronde par les hideux Rakshasas. Enchaînés à tous les instants du jour dans les liens de leurs différentes pénitences, ils sont dévorés au milieu des bois par ces démons féroces, difformes, qui vaguent dans l’épaisseur des fourrés.

« Ces bonnes paroles, que vient de t’inspirer le dévouement pour moi, sont telles qu’on devait s’attendre, femme charmante, à les trouver dans ta bouche, et conformes à la noblesse de ta race. Oui! ces paroles, que tu m’as dites, inspirées de l’amour et de la tendresse, c’est avec plaisir que je les ai entendues, chère Vidéhaine; car à celui qu’on n’aime pas, jamais on ne donne un conseil. »

Quand ils eurent marché une longue route, ils virent de compagnie, au coucher du soleil, un beau lac répandu sur un yodjana en longueur. Dans ce lac charmant aux limpides ondes, on entendait le chant de voix célestes marié au concert des instruments de musique, et cependant on ne voyait personne. Alors, poussés par la curiosité, Râma, et Lakshmana, s’approchant d’un solitaire nommé Dharmabhrita: « Un spectacle si merveilleux a fait naître en nous tous une vive curiosité. Qu’est-ce que cela, ermite à l’éclatante splendeur? lui demandent ces héros fameux: allons! raconte-nous ce mystère! »

À cette question du magnanime fils de Raghou, le solitaire, qui était comme le devoir même en personne, se mit à lui raconter ainsi l’origine de ce lac:« On dit, Râma, que c’est l’anachorète Mandakarni, qui jadis, grâce au pouvoir de sa pénitence, créa ce bassin d’eau, nommé le lac des Cinq-Apsaras. En effet, ce grand solitaire, assis sur une pierre et n’ayant que le vent pour seule nourriture, soutint dix mille années une pénitence douloureuse. Effrayés d’une telle énergie, tous les dieux, Indra même à leur tête, de s’écrier: « Cet anachorète a l’ambition de nous enlever notre place! » Cinq Apsaras du plus haut rang et parées d’une toilette céleste furent donc envoyées par tous les dieux, avec l’ordre même de jeter un obstacle devant sa pénitence. Arrivées dans ces lieux, aussitôt ces beautés folâtres, nymphes à la taille gracieuse, de s’ébattre et de chanter pour tenter l’anachorète enchaîné au vœu de sa cruelle pénitence.

« La suite de cette aventure, c’est que, pour assurer le trône des Immortels, ces Apsaras firent tomber sous le pouvoir de l’amour ce grand ascète, de qui le regard embrassait le passé et l’avenir du monde. Les cinq Apsaras furent élevées à l’honneur d’être ses épouses et l’ermite créa pour elles dans ce lac un palais invisible. Les cinq belles nymphes demeurent ici autant qu’elles veulent, et, fières de leur jeunesse, elles délassent l’anachorète des travaux de sa pénitence. Ce grand bruit, que vous entendez là, ce sont les jeux de ces bayadères célestes; ce sont leurs chansons ravissantes à l’oreille, qui se marient au son cadencé des noûpouras et des bracelets. »

À ces paroles de l’anachorète contemplateur: « Voilà une chose admirable! » s’écria le Daçarathide à la force puissante et son frère avec lui.

Tandis que le solitaire contait sa légende, Râma vit un enclos circulaire d’ermitages, sur lequel étaient jetés des habits d’écorce et des gerbes de kouças. Il entre, accompagné de son frère et de Sîtâ dans cette enceinte couverte de lianes et d’arbres variés, où tous les anachorètes s’empressent de lui offrir les honneurs de l’hospitalité. Ensuite, dans le cercle fortuné de leurs ermitages, le Kakoutsthide habita fort à son aise, honoré par chacun de ces grands saints. Alors, ce noble fils de Raghou visita l’un après l’autre ces magnanimes, et s’en alla d’ermitage en ermitage porter lui-même les hommages de sa présence à leurs pieds. Là, il demeurait un mois ou même une année; ici, quatre mois; ailleurs, cinq ou six. Chez l’un, Râma vécut avec bonheur plus d’un mois; chez l’autre, plus de quinze jours; chez celui-ci, trois; chez celui-là, huit mois: d’un côté, il habita une couple de mois; d’un autre, la révolution entière d’une année; plus loin, un mois, augmenté d’une moitié.

Tandis qu’il vivait heureux et savourait ainsi de candides plaisirs dans les ermitages des anachorètes, il vit dix années couler pour lui d’un cours fortuné.

« Nous voici arrivés, dit-il un jour, à l’ermitage du saint Agastya: entre devant, fils de Soumitrâ, et annonce au rishi mon arrivée chez lui avec Sîtâ. »

Entré dans la sainte cabane à cet ordre que lui donne son frère, Lakshmana s’avance vers un disciple d’Agastya et lui dit ces paroles:

« Il fut un roi, nommé Daçaratha; son fils aîné, plein de force, est appelé Râma: ce prince éminent est ici et demande à voir l’anachorète. J’ai pour nom Lakshmana; je suis le compagnon dévoué et le frère puîné de ce resplendissant héros avec lequel et son épouse je viens ici moi-même pour visiter le saint ermite. »

À ces paroles de Lakshmana: « Soit! » répondit l’homme riche en pénitences, qui entra dans l’ermitage annoncer la visite. Entré dans la chapelle du feu, il dit ces mots, d’une voix faible et douce, les mains réunies en coupe, à l’invincible anachorète: « Le fils du roi Daçaratha, ce prince à la haute renommée, qui a nom Râma, attend avec son frère et son épouse à la porte de ton ermitage. Il désire voir ta révérence; il vient ici lui apporter son hommage: fais-moi connaître, saint anachorète, ce qui est à faire dans la circonstance à l’instant même. »

À peine le solitaire eut-il appris de son disciple que Râma venait d’arriver, en compagnie de Lakshmana et de l’auguste Vidéhaine: « Quel bonheur! s’écria-t-il; Râma aux longs bras est arrivé chez moi avec son épouse: j’aspirais dans mon cœur à son arrivée ici même! Va! que Râma, dignement accueilli avec son épouse et Lakshmana, soit promptement introduit ici! Et pourquoi ne l’as-tu pas fait entrer? »

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· 34 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library