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Capítulo 14 de 97

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Quand il se fut incliné devant le roi son père, le Raghouide, éclatant de lumière, monta dans son char; puis, environné de foules nombreuses, il revint dans son palais.

Après le départ des citadins, le monarque, ayant délibéré une seconde fois avec ses ministres, arrêta une résolution, en homme qui sait prendre une décision. « Demain, l’astérisme Poushya doit se lever sur l’horizon; que mon fils Râma, à la prunelle dorée comme la fleur des lotus, soit donc sacré demain dans l’hérédité présomptive du royaume! » Ainsi parla ce puissant monarque.

Entré dans sa maison, Râma en sortit au même instant et se dirigea vers le gynæcée de sa mère.

Là, il vit cette mère inclinée, revêtue de lin, sollicitant la Fortune dans la chapelle de ses Dieux. — Ici déjà s’étaient rendus avant lui Soumitrâ, Lakshmana et Sitâ, elle, que l’agréable nouvelle du sacre avait rendue toute joyeuse.

Râma, s’étant approché, s’inclina devant sa mère ainsi recueillie, et dit ces paroles faites pour lui causer de la joie: « Mère chérie, mon père m’a désigné pour gouverner ses peuples; on doit me sacrer demain: c’est l’ordre de mon père. Il faut que Sitâ passe avec moi cette nuit dans le jeûne, comme le roi me l’a prescrit avec le ritouidj et nos maîtres spirituels. Veuille donc répandre sur moi et sur la Vidéhaine, ma belle épouse, ces paroles heureuses, d’une si grande efficacité pour mon sacre, dont le jour que celui-ci précède verra l’auguste cérémonie. »

Ayant appris cette nouvelle, objet de ses vœux depuis un long temps, Kâauçalyâ répondit à Râma ces mots, troublés par des larmes de joie: « Mon bien-aimé Râma, vis un grand âge! Périsse l’ennemi devant toi! Puisse ta félicité réjouir sans cesse ma famille et celle de Soumitrâ!

« Tu es né en moi, cher fils, sous une étoile heureuse et distinguée, toi, à qui tes vertus ont gagné l’affection du roi Daçaratha, ton père. Ô bonheur! ma dévotion pour l’Homme-Dieu aux yeux de lotus ne fut pas stérile, et j’augure que sur lui va se poser aujourd’hui cette félicité merveilleuse du saint roi Ikshwâkou! »

Après ce langage de sa mère, Râma, jetant sur Lakshmana, assis devant lui, son corps incliné et ses mains jointes, un regard accompagné d’un sourire, lui adressa les paroles suivantes: « Lakshmana, gouverne avec moi ce monde; tu es ma seconde âme, et ce bonheur qui m’arrive est en même temps pour toi! Fils de Soumitrâ, goûte ces jouissances désirées et savoure ces doux fruits de la royauté; car, si j’aime et la vie et le trône, c’est à cause de toi! »

Quand il eut ainsi parlé à son cher Lakshmana, Râma, s’étant incliné devant ses deux mères, fit prendre congé à Sitâ et retourna dans son palais.

La rue royale se trouvait alors dans Ayodhyâ tout obstruée par les multitudes entassées des hommes, dont cet événement avait excité la curiosité, et de qui les danses joyeuses dispersaient un bruit semblable à celui de la mer, quand le vent soulève ses humides flots. La noble cité avait arrosé et balayé ses grandes rues, elle avait orné de guirlandes sa rue royale, elle s’était pavoisée de ses vastes étendards.

En ce moment tous les habitants d’Ayodhyâ, hommes, femmes, enfants, par le désir impatient de voir le sacre de Râma, soupiraient après le retour du soleil. Chacun désirait contempler cette grande fête.

Râma se purifia d’une âme recueillie; puis, avec la belle Vidéhaine, son épouse, comme Nârâyana avec Lakshmi, il entra dans le sanctuaire domestique. Alors il mit sur sa tête, suivant la coutume, une patère de beurre clarifié et versa dans le feu allumé cette libation en l’honneur du grand Dieu. Ensuite, quand il eut mangé ce qui restait de l’oblation et demandé aux Immortels ce qui était avantageux pour lui, ce fils du meilleur des rois, voué au silence et méditant, sur le dieu Nârâyana, se coucha dans une sainte continence avec la charmante Vidéhaine sur un lit de verveine, jonchée avec soin dans la brillante chapelle consacrée à Vishnou.

Au temps où la nuit fermait sa dernière veille, il sortit du sommeil et fit arranger tout avec un ordre soigné dans les meubles de son appartement. — Puis, quand il entendit les brillantes voix des poètes et des bardes entonner les paroles de bon augure, il adora l’aube naissante, murmurant sa prière d’une âme recueillie. Dévotement prosterné, il célébra même l’ineffable meurtrier de Madhou, et, revêtu d’un habit de lin sans tache, il donna l’essor à la voix des brahmes.

Aussitôt le son doux et grave de leurs chants, auxquels se mêlaient dans ce jour de fête les accords des instruments de musique, remplit toute la ville d’Ayodhyâ. À la nouvelle que le noble enfant de Raghou avait accompli avec son épouse la cérémonie du jeûne, tous les habitants de se livrer à l’effusion de la joie; et les citadins, n’ignorant pas que le sacre de Râma venait avec ce jour déjà si près de paraître, se mirent tous à décorer la ville une seconde fois, aussitôt qu’ils virent la nuit s’éclairer aux premières lueurs du matin.

Sur les temples des Immortels, dont les faîtes semblent une masse blanche de nuages, dans les carrefours, dans les grandes rues, sur les bananiers sacrés, sur les plateformes des palais, sur les bazars des trafiquants, où sont amoncelées toutes les sortes infinies des marchandises, sur les splendides hôtels des riches pères de famille, sur toutes les maisons destinées à réunir des assemblées, sur les plus majestueux des arbres, flottent dressés les étendards et les banderoles de couleurs variées. De tous les côtés on entend les troupes des danseurs, des comédiens et des chanteurs, dont les voix se modulent pour le délicieux plaisir de l’âme et des oreilles.

Quand fut arrivé le jour du sacre, les hommes s’entretenaient, assis dans les cours ou dans leurs maisons, de conversations qui roulaient toutes sur les éloges de Râma; et, de tous côtés, les enfants mêmes, qui s’amusaient devant les portes des maisons, désertant le jeu, s’entretenaient aussi de conversations, qui roulaient toutes sur les éloges de Râma. Pour fêter le sacre du jeune prince, les citadins avaient brillamment décoré, parfumé de la résine embaumée de l’encens, paré de fleurs et de présents la rue royale; et, par une sage prévoyance contre l’arrivée de la nuit, afin de ramener le jour dans les ténèbres, ils avaient planté au long des rues dans toute la ville des arbres d’illuminations.

Dans ce temps, une suivante de Kêkéyî, sa parente éloignée, qui l’avait emmenée avec elle dans Ayodhyâ, monta d’elle-même sur la plate-forme du palais; et là, promenant ses yeux, elle vit la rue du roi brillamment décorée, la ville pavoisée de grands étendards, ses voies remplies d’un peuple nombreux et rassasié.

À cet aspect de la cité riante et pleine de monde en habits de fête, elle s’approcha d’une nourrice placée non loin d’elle, et fit cette demande: « D’où vient aujourd’hui cette joie extrême des habitants? Dis-le moi! Quelle chose aimée des citoyens veut donc faire le puissant monarque? Pour quelle raison, au comble d’un enchantement suprême, la mère de Râma verse-t-elle aujourd’hui ses trésors comme une pluie de largesses? »

Interrogée ainsi par cette femme bossue, la nourrice, toute ravie de plaisir, commence à lui raconter ce qui en était du sacre attendu pour l’association à la couronne: « Demain, au moment où la lune se met en conjonction avec l’astérisme Poushya, le roi fait sacrer comme héritier du trône son fils Râma, cette mine opulente de vertus. C’est pour cela que tout ce peuple est en joie dans l’attente du sacre, que les habitants ont décoré la ville et que tu vois la mère de Râma si heureuse. »

À peine eut-elle ouï ce langage désagréable pour elle, soudain, transportée de colère, la femme bossue descendit précipitamment de cette plate-forme du palais. La Mantharâ, qui avait conçu une mauvaise pensée, vint donc, les yeux enflammés de fureur, tenir ce langage à Kêkéyî, qui n’était pas encore levée: « Femme aveugle, sors du lit! Quoi! tu dors! Un affreux danger fond sur toi! Malheureuse, ne comprends-tu pas que tu es entraînée dans un abîme! »

Kêkéyî, aux oreilles de qui cette bossue à l’intention méchante avait jeté dans sa fureur ces mots si amers, lui fit à son tour cette demande: « Pourquoi es-tu si en colère, Mantharâ? Apprends-moi quelle est cette chose que tu ne peux supporter: en effet, je te vois toute pleine de tristesse et le visage bouleversé. »

À ces paroles de Kêkéyî, la Mantharâ, qui savait ourdir un discours artificieux, lui répondit ainsi, les yeux rouges de colère et d’envie, pour augmenter le trouble de sa maîtresse et la séparer enfin de Râma, dont cette femme à la pensée coupable désirait la perte: « Une chose bien grave te menace, une chose que tu ne dois pas tolérer, ô ma reine: c’est que le roi Daçaratha se dispose à consacrer son fils Râma comme héritier de sa couronne.

« Telle qu’une mère, à qui, séduite par un langage artificieux, sa bienveillance a fait recueillir un ennemi: ainsi, toi, imprudente, tu as réchauffé un serpent dans ton sein! En effet, ce que pourrait faire, soit un serpent, soit un ennemi, que tu ne vois pas derrière toi et comme sous tes pieds, Daçaratha le fait aujourd’hui à ton fils et à toi. L’épouse bien-aimée de ce roi au langage traître et mensonger va mettre son Râma sur le trône; et toi, imprévoyante créature, tu seras immolée avec ton enfant! »

À ces paroles de la bossue, Kêkéyî, ravie de joie, ôta de sa parure un brillant joyau et l’offrit en cadeau à la Mantharâ. Quand elle eut donné à la perfide suivante ce magnifique bijou, en témoignage du plaisir que lui inspirait sa nouvelle, Kêkéyî enchantée lui répondit alors en ces termes: « Mantharâ, ce que tu viens de raconter m’est agréable; c’est une chose que je désirais: aussi ai-je du plaisir à te donner une seconde fois ce gage de ma vive satisfaction. Il n’y a dans mon cœur aucune différence même entre Bharata et Râma: je verrai donc avec bonheur que le roi donne l’onction royale à celui-ci. »

À ces mots, rejetant le bijou de Kêkéyî, Mantharâ lui répondit en ces termes, accompagnés d’une imprécation: « Pourquoi, femme ignorante, te réjouis-tu, quand le danger plane sur toi? Ne comprends-tu pas que tu es submergée dans un océan de tristesse? Tu le veux, insensée: eh bien! cœur lâche, que le serpent des soucis te dévore, malheureuse, toi, que la science n’éclaire pas et qui vois les choses de travers! Je l’estime heureuse, cette Kâaucalyâ, qui dans ce jour, où la lune entre en conjonction avec l’astérisme Poushya, verra son fils, au corps semé de signes propices, oint et sacré comme l’héritier du trône paternel! Mais toi, femme ignorante, dépouillée de ta grandeur, tu seras soumise, comme une servante, à Kâaucalyâ grandie et parvenue même à la plus haute domination. On verra l’épouse de Râma savourer les jouissances du trône et de la fortune, mais ta bru à toi sera obscurcie et rabaissée! »

Kêkéyî, fixant les yeux sur la Mantharâ, qui parlait ainsi d’un air vivement affligé, se mit joyeusement à vanter elle-même les vertus de Râma.

À ces paroles de sa maîtresse, la Mantharâ, non moins profondément affligée, répondit à Kêkéyî, après un long et brûlant soupir: « Ô toi, de qui le regard manque de justesse, femme ignorante, ne t’aperçois-tu pas que tu te plonges toi-même dans un abîme, dans la mort, dans un enfer de peines? Si Râma devient roi; si, après lui, son fils monte sur le trône; puis, le fils de son fils; ensuite, le rejeton né de son petit-fils, Bharata ne se trouvera-t-il point, Kêkéyî, rejeté hors de la famille du monarque? En effet, tous les fils d’un roi n’ont pas le trône de leur père chacun dans son avenir. Entre plusieurs fils, c’est un seul, qui reçoit l’onction royale; car si tous avaient droit à ceindre le diadème, ne serait-ce pas une bien grande anarchie? Aussi est-ce toujours dans les mains de leurs fils aînés, vertueux ou non, que les maîtres de la terre, femme charmante, remettent les rênes du royaume? De leur côté, arrivés au terme de la vie, ces fils aînés transmettent à leurs fils aînés le royaume, sans partage; mais à leurs frères, jamais! C’est là une chose incontestable. Que suit-il de là? C’est que ton fils sera dépouillé à perpétuité des honneurs, privé du plaisir, comme un orphelin sans appui, et déchu à jamais de l’hérédité royale. Je suis accourue ici, conduite par ton intérêt; mais tu ne m’as point comprise, toi, qui veux me donner un cadeau quand je t’annonce l’agrandissement de ton ennemie! Car, une chose immanquable! Râma, une fois qu’il aura ceint le diadème, Râma, débarrassant le chemin de cette gênante épine, enverra Bharata en exil, ou, ce qui est plus sûr, à la mort.

« Enivrée de ta beauté, tu as toujours, dans ton orgueil, dédaigné la mère de Râma, épouse comme toi du même époux; comment ne ferait-elle pas tomber maintenant le poids de sa haine sur toi! »

À ces mots de la suivante, Kêkéyî poussa un soupir et répondit ces paroles: « Tu me dis la vérité, Mantharâ; je connais ton dévouement sans égal pour moi. Mais je ne vois aucun moyen par lequel on puisse faire obtenir de force à mon fils ce trône de son père et de ses aïeux. »

À ces paroles de sa maîtresse, la bossue, poursuivant son dessein criminel, délibéra dans son esprit un instant et lui tint ce langage: « Si tu veux, je t’aurai bientôt mis ce Râma dans un bois, et je ferai même donner l’onction royale à Bharata. »

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· 14 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library