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The ConsciousLibrary

Capítulo 42 de 63

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LA DAME. – La paralysie n’est pas indispensable. Le brigand peut être effrayé par une circonstance quelconque, ou, d’une façon quelconque, détourné de son projet.

M. Z… – Peu importe. Le miracle ne consiste pas dans le fait lui-même, mais dans le rapport de conformité finale – paralysie corporelle ou secousse morale quelconque – avec la prière et l’objet moral de celle-ci. En tout cas, le moyen proposé par le Prince pour empêcher une mauvaise action conduit tout de même à la prière qui sollicite un miracle.

LE PRINCE. – Mais… c’est-à-dire… Pourquoi prière?… Et pourquoi le miracle?

M. Z… – Alors, quoi donc?

LE PRINCE. – Mais dès que je crois que le monde est gouverné par un principe bon et raisonnable, je crois que dans le monde rien n’arrive que ce qui est conforme à cela, c’est-à-dire à la volonté divine.

M. Z… – S’il vous plait, quel âge avez-vous?

LE PRINCE. – Que signifie cette question?

M. Z… – Elle n’a rien qui puisse vous offenser, je vous assure. Trente ans?

LE PRINCE. – Un peu plus.

M. Z… – Alors, il vous est certainement arrivé de voir, ou, sinon de voir, d’entendre dire, ou, sinon d’entendre dire, de lire dans les journaux que de mauvaises et d’immorales actions s’accomplissent tout de même dans ce monde.

LE PRINCE. – Eh bien?

M. Z… – Eh bien, alors? Cela signifie que « l’ordre moral » ou la vérité, ou la volonté divine, évidemment, ne s’accomplissent point par elles-mêmes ici-bas.

L’HOMME POLITIQUE. – Voilà enfin quelque chose qui se rapporte à la question. Si le mal existe, c’est que les dieux ne veulent pas ou ne peuvent pas l’empêcher; et, dans les deux cas, il n’y a pas de dieux du tout, en tant que forces toutes-puissantes et bonnes. C’est vieux, mais c’est certain.

LA DAME. – Oh! Comment! vous!

LE GÉNÉRAL. – Voilà donc le résultat de notre conversation! La philosophie fait tourner la tête.

LE PRINCE. – Mais c’est une piètre philosophie que celle-là, comme si la volonté divine avait un lien avec n’importe lesquelles de nos idées sur le bien et sur le mal!

M. Z… – Elle n’est pas liée avec n’importe lesquelles de nos idées, mais elle est liée de la manière la plus intime avec la vraie notion du bien. D’ailleurs, si le bien et le mal sont identiques devant la divinité, vous avez anéanti vous-même votre argument.

LE PRINCE. – Pourquoi donc?

M. Z… – Mais oui. Si, selon vous, il est tout à fait indifférent à la divinité que, sous l’influence d’une passion sauvage, un robuste scélérat détruise une faible créature, alors, et d’autant plus, la divinité ne peut rien reprocher à celui d’entre nous qui, mû par la compassion, extermine le scélérat. Vous n’oserez pas soutenir cette absurdité: que le meurtre d’une faible et inoffensive créature n’est pas un mal devant Dieu, tandis que, devant Dieu, le meurtre d’une bête vigoureuse et méchante est un mal.

LE PRINCE. – Cela vous semble une absurdité parce que vous ne regardez pas où il faut. La question morale concerne, non pas celui qui est tué, mais celui qui tue. Ainsi, vous-même, vous appelez le scélérat une bête sauvage, c’est-à-dire un être sans raison et sans conscience: quel mal moral peut-il y avoir dans ses actions?

LA DAME. – Oh! oh! Mais s’agit-il ici littéralement d’une bête sauvage? C’est absolument comme si je disais à ma fille: quelles sottises tu dis, mon ange! – et comme si, alors, l’idée vous venait de vous récrier en disant: à quoi donc pensez-vous? Est-ce que les anges peuvent dire des sottises? – Quelle pitoyable discussion!

LE PRINCE. – Pardon. Je comprends très bien que, par métaphore, on appelle le scélérat une bête sauvage et que cette bête n’ait point de queue ni de corne; mais, évidemment, la déraison et l’inconscience dont nous parlons ici sont prises dans leur sens littéral. Un homme doué de raison et de conscience ne peut accomplir de telles actions.

M. Z… – Encore un jeu de mots! Certainement, l’homme qui se conduit comme une bête sauvage perd la raison et la conscience, c’est-à-dire qu’il cesse d’écouter leur voix; mais que la conscience et la raison ne parlent plus du tout en lui, voilà ce que vous avez encore à démontrer. En attendant, je continue de penser que l’homme féroce se distingue de nous non point par l’absence de raison et de conscience, mais seulement par sa résolution d’agir à leur encontre, selon les appétits d’une bête sauvage. Réellement, la bête existe en nous, mais, d’ordinaire, nous la maintenons captive, tandis que l’homme en question l’a déchaînée; et il se traîne derrière sa queue. Il dispose toujours d’une chaîne, seulement il ne s’en sert pas.

LE GÉNÉRAL. – C’est bien cela. Et si le Prince ne se rend pas, battez-le vite avec sa propre crosse. Si le scélérat n’est qu’un animal sans jugement et sans conscience, alors il n’y a aucune raison de ne pas le tuer comme un loup, comme un tigre qui se jette sur un homme. Même, il me semble que la Société protectrice des animaux ne s’y oppose point.

LE PRINCE. – De nouveau vous oubliez que, quel que soit l’état d’esprit de cet homme – entière atrophie de la conscience et de la raison, ou bien immoralité consciente, à supposer que cela soit possible – le problème se pose, non dans cet homme, mais en vous. Votre conscience et votre raison ne se sont pas atrophiées. Vous ne pouvez donc pas, en connaissance de cause, enfreindre leurs injonctions. Ainsi, vous ne tueriez pas cet homme, quel qu’il fût.

M. Z… – Naturellement, je ne le tuerais pas si la raison et la conscience me le défendaient d’une manière absolue. Mais supposez que la raison et la conscience m’inspirent une conduite tout opposée et qui me semble plus raisonnable et plus scrupuleuse.

LE PRINCE. – C’est curieux. Nous vous écoutons.

M. Z… – D’abord, la raison et la conscience savent compter au moins jusqu’à trois…

LE GÉNÉRAL. – Oh! oh!

M. Z… – Et c’est pourquoi la raison et la conscience, si elles ne veulent pas tromper, ne diront pas deux, quand, en réalité, trois…

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I · 4 · Tres conversaciones sobre la guerra, el progreso y el fin de la historia universal, con el breve relato del Anticristo — Vladímir Soloviov · The Conscious Library