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The ConsciousLibrary

Capítulo 82 de 97

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Il vit la charmante demeure du monarque des Rakshasas, vaste habitation; revêtue d’une immense richesse et qui offrait l’aspect du soleil, père de la lumière. Il s’approche du palais, il entre dans l’enceinte, il voit son auguste frère assis, le cœur troublé, dans le char Poushpaka.

Alors le prince à la grande force, Koumbhakarna, d’embrasser les pieds de son frère, assis dans un palanquin. Mais Râvana se lève et, plein de joie, lui donne une accolade. Ensuite Koumbhakarna, embrassé et comblé par son frère des honneurs qu’exigeait l’étiquette, prit place sur un trône sublime et céleste. Quand le Démon à la grande vigueur se fut assis dans le siège, il adressa, les yeux rouges, avec colère, ces mots à Râvana:

« Pourquoi, sire, m’as-tu fait réveiller sans aucun égard? Dis-moi d’où te vient cette crainte? À qui dois-je maintenant donner la mort? Ce danger te vient-il du roi des Dieux, sire, ou du monarque des eaux? »

« Noctivague, mon frère, il y avait bien longtemps, répondit l’autre, que durait le sommeil, dont nous t’avons retiré aujourd’hui. Tu n’as donc pu connaître, plongé dans ce doux repos, en quelle infortune m’a jeté Râma. Jamais, ni les Gandharvas, ni les Daîtyas, les Asouras ou même les Dieux ne m’ont fait courir un péril égal au danger qui me vient de cet homme.

« Tu n’as pu savoir comment Sîtâ fut jadis enlevée par moi. Râma, que ce rapt consume de colère et de chagrin, nous a précipités dans ces horribles transes. Accompagné de Sougrîva, ce vigoureux Daçarathide a franchi la mer, et maintenant il coupe sans pitié les racines de notre existence. Vois, hélas! aux portes mêmes de Lankâ nos bosquets d’agrément, que les singes, arrivés par une chaussée inouïe, revêtent d’une couleur tannée. Ils ont tué dans la guerre mes Rakshasas les plus éminents.

« Sors donc, armé de ta lance et ton lasso à la main, comme la Mort!

« Guerrier à la vigueur infinie, qu’aujourd’hui, rendu au bonheur, tout mon peuple, défendu par la vitesse et la force de ton bras, soit affranchi de ce péril extrême: immole, ennemi des Dieux, Râma et toute son armée! »

Dès qu’il eut ouï ce discours, Koumbhakarna lui répondit en ces termes: « C’est assez t’abandonner aux soucis, tigre des Rakshasas! dépose ton chagrin et ta colère, veuille bien être calme. J’immolerai celui qui est la cause de tes chagrins.

« Aujourd’hui, guerrier aux longs bras, sois dans la joie et Sîtâ dans la douleur, en voyant la tête de Râma, que je vais te rapporter du combat!

« Amuse-toi, selon tes fantaisies, bois des liqueurs spiritueuses, vaque à tes affaires, chasse de toi le souci: aujourd’hui que son époux sera plongé dans l’empire de la Mort, Sîtâ va pour longtemps devenir ton esclave! »

Le colosse saisit rapidement sa lance aiguë, exterminatrice des ennemis; arme épouvantable, flamboyante, toute de fer, pareille à la foudre du puissant Indra et d’un poids à l’équipollent du tonnerre. Quand il eut pris cette lance, ornée d’un or épuré, teinte du sang des ennemis, émoulue, qui avait mainte fois brisé l’orgueil des Dânavas et des Dieux, arraché à la vie des Yakshas et des Gandharvas, Koumbhakarna à la grande splendeur tint ce langage à Râvana: « J’irai seul, moi-même! Que ton armée reste ici! »

Son cocher à l’instant de lui amener son char céleste, attelé de cent ânes et sur lequel flottaient des drapeaux de guerre; vaste char, semblable au sommet du mont Kêlâsa, monté sur huit roues, bruyant comme les grands nuages et long de cinq stades.

Inondé par des pluies de fleurs, le front abrité d’une ombrelle, une pique émoulue à sa main, ivre du sang dont il s’était gorgé, et dans la fureur de l’ivresse, tel sortait le plus terrible combattant des Yâtavas.

Grand, terrible, large de cent arcs, haut de six cents brasses, les yeux comme les roues d’un char, il ressemblait au sommet d’une montagne.

« Au reste, la racine des maux de Lankâ, c’est l’aîné des Raghouides avec Lakshmana; lui mort, tout est mort, se disait-il: je vais donc le tuer dans cette bataille. »

Tandis que le Rakshasa Koumbhakarna s’avançait, des prodiges d’un aspect sinistre se manifestaient de tous les côtés.

Des chacals aux formes horribles glapirent et leurs gueules jetèrent des bouffées de flammes; les oiseaux annoncèrent des augures sinistres. Un vautour s’abattit sur le char du héros en marche pour le combat; son œil gauche tressaillit et son bras gauche trembla. Son pied frémit, son poil se hérissa, sa voix même changea de nature au moment qu’il entra sur le champ de bataille. Un météore igné tomba flamboyant du ciel avec un fracas épouvantable, la clarté du soleil fut éclipsée et le vent fut sans haleine.

Mais, sans tenir compte de ces grands signes, qui tous se levaient pour annoncer la fin de sa vie, Koumbhakarna sortit, l’âme égarée par la puissance de la mort.

Aussitôt que le vigoureux colosse eut passé le seuil de la cité, il poussa une clameur immense, qui fit résonner tout l’Océan, produisit au milieu des airs l’effet d’un ouragan impétueux et fit trembler, pour ainsi dire, les montagnes. Dès qu’ils virent s’avancer le monstre aux yeux épouvantables, que n’auraient pu tuer Yama, Maghavat et Varouna, tous les singes de courir çà et là.

À la vue de Gavâksha, de Çarabha, de Nîla et du robuste Koumouda, qui s’enfuyaient, oublieux de leur vaillance, de leurs familles et d’eux -mêmes, le fils de Bâli, Angada, leur jeta ces paroles: « Où allez-vous, tremblants comme des singes vulgaires? Vous courez là? Revenez! Quoi! vous croyez sauver ainsi votre vie? Mais où irez-vous, chefs des singes, que la mort n’y soit pour vous? Puisque la mort est une nécessité, ce qui va le mieux à des gens tels que vous, c’est de mourir en combattant. »

Rassurés avec peine et s’appuyant l’un sur l’autre, les singes restent enfin de pied ferme sur le front de la bataille, tenant à leurs mains des rochers et des arbres. Revenus sur leurs pas, les sylvicoles guerriers, bouillants d’ardeur, comme des éléphants pleins d’ivresse, se mettent à frapper dans une extrême fureur Koumbhakarna de tous les côtés; mais en vain le frappait-on avec des rochers, avec des sommets élevés de montagnes, avec des arbres aux cimes fleuries, il n’en était pas ébranlé.

Irrité, Koumbhakarna de broyer dans un souverain effort les armées des singes vigoureux, comme un feu allumé dévore les forêts.

Enfin, battus par le terrible Démon, les singes tremblants se sauvent dans la route même par laquelle tous ils avaient traversé la mer. Traversant d’un bond ce large détroit, courant en avant, le visage consterné d’épouvante, ils ne s’arrêtaient pas à regarder ces lieux profonds. Les uns franchissent la mer, les autres s’envolent dans les cieux; il en est qui grimpent sur les arbres; il en est qui plongent dans l’Océan. Ceux-ci de gravir sur les montagnes, ceux-là de se réfugier dans les cavernes; en voici qui tombent; en voilà qui ne se tiennent plus en bon ordre. Voyant les simiens rompus; « Arrêtez, singes! leur crie Angada; combattons! Que vous sert-il de fuir?

« Si nous sauvons nos vies par la fuite, rompus en si grand nombre sous le bras d’un seul, notre renommée dans la guerre est à jamais perdue! »

Aussitôt neuf généraux des armées quadrumanes, tenant levées de pesantes roches, courent sur le géant à la grande vigueur. Mais, rompus par le corps du géant, les rochers, pareils à des montagnes, ne broyent sous leur chute que son drapeau, son char, ses ânes et son cocher. Le héros en toute hâte se jette à bas du char, tenant levée sa lance, et s’envole rapidement au milieu des airs, tel qu’une montagne ailée.

Il se promenait dans les armées des singes, foulant aux pieds les guerriers, comme un vigoureux éléphant, ses tempes baignées par une sueur de rut, brise de ses piétinements une forêt de roseaux.

En ce moment du combat, Nîla de lancer une cime de montagne à Koumbhakarna; mais celui-ci voit arriver cette masse et la frappe de son poing. Sous l’atteinte de ce vigoureux coup, le sommet de montagne se brisa et tomba sur la face de la terre, en semant des étincelles et dispersant des flammes.

On vit alors des milliers de simiens se précipiter à la fois contre le géant; et, grimpant sur Koumbhakarna, ils escaladèrent le colosse, tels qu’on eût cru voir des collines s’élever sur une montagne.

Le vigoureux Démon, entraînant tous les simiens entre ses bras, se mit à les dévorer dans sa fureur, comme Garouda mange les serpents. Mais les singes, que le monstre jetait dans sa bouche, aussi grande que les enfers, trouvaient le moyen d’en sortir, ceux-ci par ses oreilles, ceux-là par ses fosses nasales.

Ceux-ci, fuyant la mort, courent s’abriter sous la protection de Râma, qui s’élance et prend son arc, cette perle des arcs.

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· 32 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library