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The ConsciousLibrary

Capítulo 78 de 97

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Sous leurs cuirasses d’or, les noirs Démons apparaissaient dans les ténèbres comme de grandes montagnes, dont le feu consume les forêts et les herbes. Les ours, couleur de la nuit, circulaient pleins de fureur et dévoraient les noctivagues au milieu de cette affreuse obscurité. Remplis de colère, les Rakshasas à la vigueur immense criaient eux-mêmes çà et là, dévorant les quadrumanes au milieu de cette inextricable nuit.

Les singes, élevant, abaissant leur vol, plongeaient à leur tour dans l’empire d’Yama les Rakshasas, qu’ils frappaient avec les poings et les dents. Répétant leurs assauts, ils déchiraient à belles dents, pleins d’une violente colère, et les coursiers aux riches panaches d’or, et les drapeaux semblables à la flamme du feu. Répétant leurs assauts, ils mettaient en pièces avec l’ongle et la dent les chars, les conducteurs, les fantassins, les éléphants et les guerriers habitués à combattre sur les éléphants.

Râma et Lakshmana, visant avec justesse aux plus excellents des noctivagues, les frappaient de leurs flèches pareilles à la flamme du feu.

Déroulée par le sabot des chevaux et soulevée par les roues des chars, une poussière épaisse dérobait aux yeux et les armées et toutes les plages du ciel.

Le bruit confus des tambours, des tymbales et des patahas, mêlé d’un côté au son des conques et des flûtes, jouées par les terribles Démons aux formes changeantes, d’un autre aux gémissements des Rakshasas blessés, aux cliquetis des armes, aux hennissements des chevaux, frappaient les oreilles du plus épouvantable fracas. Le champ du combat, affreux à voir, affreux à marcher dans un bourbier de chair et de sang, n’offrait là que des bouquets d’armes au lieu de ses présents de fleurs.

Alors, enflammé de colère, Indradjit, furieux, se mit à ravager de toutes parts l’armée d’Angada par une averse de flèches.

Angada, ce roi vigoureux de la jeunesse, arrache, l’âme tout enveloppée de colère, un vaste rocher à la force de ses bras et pousse trois et quatre fois un cri. Submergé sous un torrent de flèches, le prince simien lance rapidement son roc et brise le char de son ennemi sous la chute impétueuse de cette masse. Indradjit, à qui le terrible singe avait tué ses chevaux et son cocher, abandonne son char à l’instant, et, puissant magicien, il se rend alors même invisible.

Indradjit, humilié, ce héros méchant, habile à manier toutes les flèches et terrible dans les batailles, courut sacrifier au feu suivant les rites sur la place destinée à consumer les victimes. Tandis qu’il célébrait les cérémonies en l’honneur du feu, les Yâtavas s’empressèrent d’apporter là, où le Râvanide était, des bouquets de fleurs, des habits et des turbans couleur de sang: des flèches à la pointe aiguisée, des morceaux de bois, des myrobolans belerics, des vêtements rouges et une cuiller double en fer noir. De tous côtés, à l’entour du feu, ils jonchèrent le sol de flèches, de leviers en fer et de traits barbelés.

Le guerrier, avide de combats, égorgea vivant un bouc noir et versa dans le feu, suivant les rites, le sang recueilli du cou. Une grande flamme, pure de fumée, s’allume soudain, et des signes, présage de victoire, se manifestent avec elle. Le feu s’enflamme de lui-même, et, tournant au midi la pointe de sa flamme, couleur d’or épuré, il accepte gracieusement l’oblation de beurre clarifié. Ensuite, du milieu des feux sacrés s’élança un char magnifique, attelé de quatre beaux coursiers avec des panaches d’or sur la tête.

Resplendissant comme le feu enflammé, à peine le fortuné Démon, qui s’était rendu invisible, eut-il rassasié du sacrifice le feu, les Asouras, les Dânavas et même les Rakshasas; à peine eut-il fait prononcer par la voix des Brahmanes les bénédictions et les vœux pour un bon succès, qu’il monta dans ce char éblouissant, nonpareil, brillant de sa propre substance, tel enfin que l’or épuré. Attelé de quatre chevaux sans frein, il marchait invisible, couvert de riches vêtements, approvisionné de traits divers, armé de grandes lances à l’usage des chars, muni partout de bhallas et de flèches ressemblantes à des lunes demi-pleines. Un serpent d’or massif, paré de lapis-lazuli et pareil en éclat au soleil adolescent, se déroulait sur le char: c’était le drapeau qu’arborait Indradjit.

Quand celui-ci eut sacrifié au feu avec les formules des prières consacrées chez les Rakshasas, il se tint à lui-même ce langage: « Aujourd’hui que j’aurai tué ces deux insensés, qui méritent la mort et que leur folle audace engage dans un combat, je vais rapporter une victoire délicieuse à Râvana, mon père! »

Monté dans le char aérien et se tenant invisible aux yeux, il blesse alors de ses dards aiguisés Râma et Lakshmana. Les deux frères, enveloppés dans une tempête de ses flèches, saisissent leurs arcs et lancent dans les cieux des traits épouvantables. Mais ce couple de héros à la grande force eut beau couvrir le ciel par des nuages de flèches, aucun trait ne vint toucher le Rakshasa, pareil à un grand Asoura.

Ayant fait naître des ténèbres, grâce à cette puissance de la magie dont il était doué, le Râvanide voilà toutes les plages du ciel, enveloppées de brouillards et d’obscurité. Tandis qu’il se promenait ainsi dans les airs, on n’entendait, ni le bruit du char, ni celui des roues, ni le son de la corde vibrante à son arc: on n’entrevoyait même aucune forme de son corps.

Enfin la colère fit parler Lakshmana: « Je vais, dit-il plein de courroux à son frère, décocher la flèche de Brahma pour la mort de tous les Rakshasas! »

« Garde-toi bien, répondit celui-ci, de tuer pour un seul Rakshasa tous ceux qui vivent sur la terre et de confondre avec les Rakshasas qui nous font la guerre ceux qui ne combattent pas, ceux qui dorment, ceux qui sont cachés, ceux qui fuient et ceux qui viennent à nous les mains jointes! »

Dans l’intervalle à peine d’un clin d’œil, le Râvanide lia par la vertu d’une flèche enchantée les deux frères, qui, tombés sur le champ de bataille, ne pouvaient plus même remuer les yeux. Tous les membres percés, couverts l’un et l’autre de javelots et de flèches, en vain cherchaient-ils à briser le charme, ils gisaient comme deux bannières du grand Indra qu’on plie après une fête et qu’on lie d’une corde.

Héros, ils étaient couchés maintenant sur la couche des héros, ces deux frères ensevelis dans la douleur, baignés de sang et tous les membres hérissés de flèches! Il n’était pas dans tout le corps de ces deux guerriers une largeur de doigt sans blessure; il n’était pas si minime partie que les dards n’eussent percée ou même détruite.

Ensuite les singes, hôtes des bois, portant leurs yeux dans le ciel et sur la terre, virent gisants les deux frères Daçarathides, que les flèches tenaient là garrottés.

Vibhîshana et tous les singes furent saisis d’une vive douleur à la vue de ces deux héros, tombés sur la terre et couverts d’une grêle de flèches. Parcourant des yeux le firmament et toutes les plages du ciel, les simiens ne virent pas dans tout ce vaste champ de bataille Indradjit, qui se dérobait sous le voile de la magie. Mais Vibhîshana, regardant lui-même dans les airs avec des yeux éclairés de la même science, aperçut le fils de son frère, qui s’y tenait caché grâce aux prestiges de la magie.

Le Râvanide, habile à trouver les articulations dans tous les membres, se mit à fatiguer de ses épouvantables flèches, présent d'Agni, tous les chefs des quadrumanes, et, les enchaînant avec la magie de ses dards, il faisait tomber ces héros fascinés sur la face de la terre. Quand il eut semé les blessures et la terreur au milieu des singes par les torrents de ses flèches, il éclata d’un rire bruyant et dit ces paroles: « Ces deux frères, compagnons de fortune, je les ai garrottés à la face même de l’armée avec cet affreux lien d’une flèche: voyez, Rakshasas! » À ces mots, charmés de cet exploit, tous les noctivagues, accoutumés à combattre avec l’arme de la fraude, sont ravis dans la plus haute admiration. Tous alors de crier à grand bruit, comme les nuées tonnantes; et tous, à cette nouvelle: « Râma est tué! » d’honorer à l’envi ce vaillant Râvanide.

Ensuite l’indomptable Indradjit, victorieux dans cette bataille, entra d’un pied hâté dans la ville de Lankâ, rapportant la joie à tous les Naîrritas.

Là, il s’approcha de Râvana, il s’inclina devant son père, les mains jointes, et lui annonça l’agréable nouvelle que Râma et Lakshmana n’étaient plus. À peine eut-il ouï que ses deux ennemis gisaient morts, Râvana joyeux de s’élancer vers son fils et de l’embrasser au milieu des Rakshasas. Il baisa d’une âme toute satisfaite son fils sur le front; et celui-ci répondit aux questions de son père, en lui racontant sa bataille entièrement. Aussitôt que Râvana eut ouï le récit de ce guerrier au grand char, il rejeta le souci, que le vaillant Daçarathide avait déjà fait naître dans son âme, inondée par un torrent de plaisir, et, dans les transports de sa joie, il congratula son fils.

Le roi manda vers lui une vieille Rakshasî, personne éminente, dévouée, exécutant les choses à son moindre signe: elle était au-dessus des autres et se nommait Tridjatâ. Quand le monarque des Rakshasas vit la Démone accourue à la parole de son maître, celui-ci tint ce langage:

« Dis à la Vidéhaine qu’Indradjit, mon fils, a tué Râma et Lakshmana, fais-la monter sur le char Poushpaka et fais-lui voir les deux frères morts sur le champ de bataille. Sans incertitude, sans crainte, sans préoccupation maintenant, il est évident que la Mithilienne va s’approcher de moi, souriante et parée de toutes ses parures. »

À peine Tridjatâ et les Démones, ses compagnes, eurent-elles ouï ces paroles de Râvana le méchant, qu’elles s’en allèrent où était le char Poushpaka. Elles s’empressent de tirer le céleste chariot de sa remise, et viennent trouver la Mithilienne dans le bocage d’açokas.

Le monarque des Rakshasas fit pavoiser Lankâ de drapeaux, de banderolles, d’étendards, et, plein de joie, fit proclamer dans toute la ville: « Râma et Lakshmana sont morts: c’est Indradjit qui les a tués! »

Alors Sîtâ, du char, où elle était assise avec Tridjatâ, vit la terre couverte par des armées de héros quadrumanes, les Rakshasas, l’âme remplie de joie, mais l’aspect épouvantable, et les singes consumés par la douleur à côté de Râma et de Lakshmana. À la vue de ces deux héroïques Daçarathides, étendus sur le sein de la terre, la cuirasse détruite, l’arc échappé des mains, le corps, pour ainsi dire, tout revêtu de flèches, alors, noyée dans les pleurs du chagrin, tremblante, consumée par la douleur, elle se mit à gémir d’une manière lamentable.

« Tous les doctes interprètes des marques naturelles, qui m’ont dit: « Tu seras mère et tu ne seras jamais veuve! » n’avaient donc pas dit la vérité, puisque Râma fut tué aujourd’hui! Les savants, qui m’appelaient tous: « Fortunée, parce que tu seras, disaient-ils, l’épouse d’un héros et d’un roi, » ne disaient donc pas la vérité, puisque Râma fut tué aujourd’hui! Quand ces doctes sacrificateurs, qui ont sans cesse les Çâstras dans leurs mains, me prédisaient tous que je serais une reine couronnée, ils ne disaient donc pas la vérité, puisque Râma fut tué aujourd’hui! Tous ces brahmes savants, qui m’ont assuré dans l’audition des prières que je serais bienheureuse et que j’étais fortunée, ils assuraient donc eux-mêmes un mensonge, puisque Râma fut tué aujourd’hui! »

La Rakshasî Tridjatâ dit à l’infortunée, qui soupirait ces plaintes: « Reine, ne te livre pas au désespoir, car ton époux est vivant. On voit des marques certaines accompagner toujours la défaite des héros. En effet, quand le roi est tué, les chefs des guerriers ne sont pas si bouillants de colère et si brûlants d’exercer leur courage et leur impatiente ardeur.

« Une armée qui a perdu son général est sans vigueur, sans énergie; elle se débande; elle est dans une bataille ce qu’est au milieu des eaux un navire qui a perdu son gouvernail. Au contraire, cette armée, pleine d’ardeur, sans trouble, ses légions en bon ordre, garde ici le Kakoutsthide, étendu sur le champ de bataille.

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· 28 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library