Ir al contenido
The ConsciousLibrary

Capítulo 75 de 97

· 25

« Voici Gavaya, que la colère pousse vers toi, singe plein de splendeur et qui nourrit un corps dont la teinte est ressemblante à l’or. Dix milliers et dix centaines de kotis lui obéissent, tous singes prompts et d’une grande vigueur. À leur tête, il peut te vaincre sur un champ de bataille, ô toi qui domptes les cités des ennemis! »

Après qu’il eut contemplé cette armée simienne aux nobles âmes, examiné la vigueur et l’héroïsme, entendu rapporter le nombre des singes, le monarque pâlit dans tout son corps et sentit faiblir sa résolution.

Quand Sârana, le magnanime Rakshasa, eut fini de parler, Çouka saisit l’occasion, et, contemplant toute l’armée, il dit à Râvana:

« Ces deux jeunes princes que tu vois là avec des formes célestes, sont Maînda et Dwivida: ils n’ont point d’égal au combat. Ils ont obtenu de Brahma la permission de manger l’ambroisie: aussi proclament-ils que leur seule force peut broyer la ville de Lankâ!

« Ces deux autres, qui, semblables à des montagnes, se tiennent à leurs côtés, sont Dourmoukha et Soumoukha, fils du Trépas, égaux à leur père. Environnés par cent millions de guerriers, ils observent la ville et se vantent que leur force va réduire en poussière la cité de Lankâ!

« Celui que tu vois là se tenir comme un éléphant enivré pour les combats; ce guerrier qui peut dans sa colère agiter, quoi qu’elle fasse, la mer elle-même par sa vigueur seule, est ce même singe qui a déjà triomphé de Lankâ et qui a déjà vu Sîtâ: vois-le revenu devant ces murs, lui que tes yeux ont vu dès avant ce jour. C’est le fils aîné de Kéçari, ou plutôt, dit la renommée, c’est le fils du Vent. On l’appelle Hanoûmat, et c’est lui-même qui a franchi la mer. On ne peut mettre obstacle à son chemin, comme il est impossible d’arrêter le vent dans sa route. Un jour, au temps qu’il était un enfant, comme il vit le soleil qui se levait, il s’élança vers lui; ce fait est certain: il franchit une route, qu’il parcourut jusqu’à trois mille yodjanas: « Je prendrai le soleil, avait-il dit, et le soleil n’ira plus sur moi! » Il avait arrêté cette résolution dans son âme, que sa force déjà enivrait d’orgueil. Mais, sans atteindre le soleil, ce Dieu, le plus invincible des êtres aux Dânavas, aux Rishis, aux Dieux mêmes, il tomba sur la montagne, où se lève chaque jour l’astre qui donne la lumière. Le singe au corps solide, précipité sur la face d’un rocher, s’y brisa quelque peu l’une des mâchoires: c’est de là qu’il est appelé Hanoûmat. Voilà ce que j’ai appris sur lui dans cette excursion même, où j’ai mis toute mon attention. Sa vigueur, ses formes, sa puissance est chose impossible à décrire.

« Ce héros, qui est là tout près de lui; cet homme au teint bleuâtre, aux yeux comme les pétales du lotus; ce guerrier, le plus grand des Ikshwâkides; lui, de qui la valeur est célèbre dans le monde; lui, de qui le devoir ne s’écarte jamais et qui n’abandonne jamais le devoir; lui, qui est le plus instruit des hommes instruits dans les Védas et qui sait manier la céleste flèche de Brahma; ce prince, en qui réside avec la destruction même l’assemblage de toutes les armes; lui, qui pourrait fendre le ciel et déchirer la terre avec ses flèches; lui, de qui la colère est comme celle de la mort et le courage est comme celui d’Indra, c’est Râma le Daçarathide, à qui naguère tu es allé dans un ermitage du Djanasthâna ravir son épouse et qui vient ici te livrer bataille!

« Ce guerrier, qui est à son côté droit avec un éclat d’or épuré, une large poitrine, les yeux dorés, les cheveux noirs et bouclés, c’est Lakshmana, l’exterminateur des ennemis, son frère, qu’il tient pour égal à sa vie. Habile à gouverner autant qu’il est habile à combattre, il a épuisé toute la science des armes; il est impétueux, difficile à vaincre, fort, courageux dans le combat, victorieux; c’est le bras droit de Râma; il est continuellement comme son âme qui se meut autour de lui.

« Ce guerrier, qui, environné par un peloton d’Yâtavas est venu se placer au flanc gauche de Râma, c’est ton frère lui-même, Vibhîshana. Dans sa colère contre toi, il s’en est allé prêter l’appui de ses conseils au Raghouide; et ce roi fortuné des rois a fait sacrer Vibhîshana comme monarque de Lankâ.

« Jadis, lancé par le vent, un grain de poussière entra dans l’œil gauche du maître des créatures, et le contact de cet hôte incommode lui causa une impression douloureuse. Brahma le prit donc avec la main gauche et l’envoya tomber au loin; puis cette pensée lui vint à l’esprit: « Que va-t-il naître de cela? »

« À l’instant même s’éleva une forme de jeune fille aux yeux de lotus, aux regards tremblants comme l’éclair, au visage rond comme le disque de la lune, et brillant comme un flocon d’écume, sur lequel vacille un rayon de lumière. Brahma lui-même n’avait jamais rien vu, ni Pannagî, ni Asourî, ni Gandharvî, ni Déesse elle-même d’une égale beauté. Les gardiens célestes du monde, à sa vue, d’accourir en ce lieu. Alors, s’étant approché de Brahma, le soleil de lui parler en ces termes: « De qui est cette nymphe à la figure charmante? Quelle raison l’a conduite ici? Pourquoi cette fille des Nâgas, quittant sa ville de Bhogavatî, est-elle venue ici? Est-ce la Grandeur, la Perfection, Lakshmî, la Satisfaction, la Splendeur ou l’Aurore? Aussitôt le Pradjâpati de raconter cette histoire au Soleil.

« Un jour qu’elle s’était baignée sur le sein du Mandara, le soleil dit ces mots à la nymphe, toute fière de sa jeunesse et de sa beauté: « Par l’opération d’une force écoulée de ma splendeur, il te naîtra un fils d’une immense vigueur, invincible dans les grandes batailles aux Rakshasas, aux Pannagas, aux Yakshas, aux Démons, aux Dieux; un fils, à qui les Tridaças eux-mêmes n’auraient pas la puissance d’ôter la vie. »

« Dès qu’il eut gratifié la nymphe de cette faveur éminente, le Dieu partit aussitôt. Elle fut appelé Bâlâ par le soleil, parce qu’elle était dans la fleur de l’adolescence.

« Ensuite, dans la saison qui abonde en toutes les espèces de fleurs, un jour que le bienheureux Indra se promenait, agité par l’amour, il vit cette jeune fille belle en toute sa personne; et ce Dieu, que tous les Dieux honorent, en fut ravi dans la plus haute admiration. De qui, lui dit-il, de qui es-tu la fille entre les Rakshasas, les Pannagas et les Yakshas? Tu ravis mon âme, belle timide, car tu es ce que j’ai vu de plus beau! »

« Alors il toucha de sa main fraîche comme l’onde, par la nature de son essence divine, cette nymphe bien séduisante et lui dit encore ces paroles: « Deux singes d’une forme céleste, possédant toutes les sciences, prenant à leur gré toutes les formes, naîtront de toi, noble nymphe: bannis donc ta crainte. Ces glorieux jumeaux seront appelés Bâli et Sougrîva. Il est une caverne sainte, riche de fruits et de fleurs célestes; on la nomme Kishkindhyâ. C’est là qu’ils doivent exercer l’empire sur tous les héros simiens. Il naîtra dans la race d’Ikshwâkou un prince fameux, nommé Râma, qui sera Vishnou même sous une forme humaine: un de tes jumeaux est pour s’unir d’une alliance avec lui. »

« Cet invincible seigneur de tous les rois simiens est celui-là même que tu vois debout ici tout près de Lakshmana: il surpasse les singes en splendeur, en renommée, en intelligence, en force, en noblesse, autant que l’Himâlaya dépasse en hauteur les montagnes. Il habite avec les principaux chefs la Kishkindhyâ, caverne pleine de singes, impénétrable et située au milieu d’une montagne. C’est autour de lui que resplendit cette guirlande d’or, où s’entrelacent cent lotus et dans laquelle réside la fortune, non moins agréable aux Dieux qu’elle est aimée des hommes. Cette guirlande et la belle Târâ, et l’empire éternel des singes, sont les dons que Râma fit à Sougrîva quand sa main eut donné la mort à Bâli.

« Maintenant que tu as vu, grand monarque, cette armée impatiente de combattre et pareille à la planète qui vomit des flammes, déploie tes plus héroïques efforts de manière que tu remportes la victoire et non la défaite. »

Râvana, saisi de colère, éclata en menaces à la fin du récit, et, courroucé, il jeta aux deux héros Çouka et Sârana, ces reproches d’une voix bégayante de fureur: « Tenir un discours si blessant au roi qui dispense et les faveurs et les peines, c’est un langage qui, certes, ne convient pas dans la circonstance à des conseillers qui vivent dans sa dépendance! Des paroles comme celles que vous avez dites l’un et l’autre siéent à des ennemis déclarés et qui s’avancent pour le combat; mais dans votre bouche, elles ne sont point à louer.

« Certes! j’enverrais à la mort ces deux coupables, qui osent vanter les forces de mes ennemis, si leurs anciens services n’inclinaient mon courroux à la clémence: ils iraient voir à l’instant même, envoyés par moi, le Dieu sombre Yama!

« Que ces deux méchants sortent d’ici et s’éloignent vite de ma présence! je ne veux plus vous avoir sous les yeux, vous de qui les paroles offensent! »

À ces paroles, les deux ministres Çouka et Sârana, tout confus, de saluer ce monarque aux dix têtes avec le mot d’usage: « Triomphe! » et de sortir à l’instant.

Il manda le Rakshasa Vidyoudjihva, magicien au grand corps, à l’immense vigueur; puis il entra dans le bocage où était la Mithilienne. Quand le puissant magicien fut venu, le monarque des Rakshasas lui dit: « Je veux au moyen de ta magie fasciner l’âme de Sîtâ, cette fille du roi Djanaka. Fais-moi donc à l’instant une tête enchantée avec un grand arc et sa flèche: puis, reviens à moi, noctivague, une fois ton œuvre finie. »

« Oui! » répondit à ces mots le coureur de nuit Vidyoudjihva, qui bientôt mit sous les yeux de Râvana ce travail de magie parfaitement exécuté. Le roi, content de lui, gratifia d’une parure l’habile enchanteur et, d’un pas empressé, il entra dans le joli bosquet d’açokas.

Là, il vit la triste Djanakide, venue elle-même dans ce bocage, plongée dans une affliction qu’elle ne méritait pas, rêvant à son époux et surveillée de loin par ses épouvantables Rakshasîs. Le monarque à l’âme vicieuse dit ces mots à l’adolescente fille du roi Djanaka, qui, tristement assise, détournait de lui sa face et tenait son visage baissé vers la terre:

« J’ai toujours été avec toi comme un flatteur, esclave des femmes; mais, à chaque fois, tu m’as traité comme un être à qui l’on paye en mépris la douceur de ses paroles. Je refrène ma colère soulevée contre toi, Sîtâ, comme un habile cocher, abordant un chemin difficile, modère la course de ses chevaux. Ton époux, noble Dame, vers lequel ton âme se reporte sans cesse, quand elle répond à mes flatteries, est mort dans un combat. Ainsi, de toutes les manières, j’ai coupé ta racine et j’ai terrassé ton orgueil: grâce à ton malheur, tu seras donc mon épouse, Sîtâ!

« Écoute quelle fut la mort de ton époux, aussi épouvantable que la mort de Vritra lui-même! Il est vrai que ton Raghouide, environné d’une armée nombreuse, commandée par Sougrîva, le roi des singes, a franchi l’Océan pour me tuer!

« Abordé sur la rive méridionale de la mer, à l’heure où le soleil s’inclinait vers son couchant, il s’est campé avec une grande armée. Nos espions, se glissant au milieu de la nuit, ont d’abord visité ces troupes, qu’ils ont trouvées lasses du voyage et dormant un agréable sommeil. Ensuite une grande armée de moi, que Prahasta commandait, a surpris dans cette nuit même le camp, où reposaient Râma et Lakshmana. Pleuvent alors de toutes parts au milieu des singes les kampanas, les crocs aigus, les bhallas, les tchakras-de-la-mort, les haches, une grêle de flèches, une tempête de pattiças, de bâtons en fer massif, de pilons, de massues, de lances, de maillets d’armes et de marteaux de guerre luisants, de traits, de grands disques, de moushalas et d’effrayants leviers tout en fer. Bientôt le terrible Prahasta d’une main ferme coupa de plusieurs coups avec une grande épée la tête de Râma, plongé dans le sommeil. Blessé dans le dos à l’instant qu’il se levait en sursaut, Lakshmana, mettant de lui-même un frein à sa valeur, s’enfuit avec les singes vers la plage orientale.

« C’est ainsi que mon armée immola ton époux avec son armée. Sa tête me fut apportée ici couverte de poussière avec les yeux remplis de sang. »

En ce moment, le monarque des Rakshasas dit aux oreilles mêmes de Sîtâ à l’une des Rakshasîs: « Fais entrer Vidyoudjihva aux actions féroces, qui m’apporta lui-même du champ de bataille la tête du Raghouide. À ces mots, la Rakshasî d’aller en courant vers le Rakshasa et d’introduire avec empressement le rôdeur impur des nuits. Vidyoudjihva, portant la tête et l’arc, se prosterna, le front jusqu’à terre, et se tint devant le monarque. Ensuite le puissant Râvana dit à l’épouvantable Démon, placé debout et près de lui:

« Mets, sans différer, la tête de ce Daçarathide sous les yeux de Sîtâ! Allons! qu’elle voie, cette malheureuse, la dernière condition de son époux. »

Usa las flechas ← → del teclado para pasar de capítulo.

· 25 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library