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The ConsciousLibrary

Capítulo 27 de 97

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« Relève-toi promptement, Bharata, et ne veuille pas te désoler: car les hommes de ta condition, qui ont médité sur les causes et sur les effets du chagrin, ne s’abandonnent point ainsi aux gémissements. Ton père est descendu dans la tombe, après qu’il eut gouverné la terre avec justice, sacrifié suivant les rites, versé des largesses et des aumônes, tu n’as donc pas à le plaindre. Le roi Daçaratha, ton père, attaché d’un lien ferme au devoir et à la vérité, s’en est allé dans une région plus heureuse; tu n’as donc pas, mon fils, à déplorer sa fortune. »

Elle dit: à ces mots déchirants de Kêkéyî, Bharata, dans une extrême douleur, adressa de nouveau ces paroles à sa mère: « Peut-être, me disais-je, le roi va-t-il sacrer le vaillant Râma: peut-être va-t-il célébrer un sacrifice: » telles étaient les espérances dont se berçait mon esprit et qui me faisaient accourir en toute hâte.

« — Mère, de quelle maladie le roi est-il mort avant que je fusse arrivé? Heureux, vous, Râma et Lakshmana, qui avez pu environner mon père de vos tendres soins!

— « Mère, quel enseignement suprême t’a laissé pour mon bien le plus excellent des sages, Daçaratha, mon père? »

Il dit, et Kêkéyî interrogée tint alors ce langage à Bharata: « Magnanime fils de roi, écoute donc la vérité entièrement; et, ce récit fait, prends garde, ô toi qui donnes l’honneur, de t’abandonner au désespoir. Écoute de quelle manière, ayant quitté la vie, ton père, la justice elle-même incarnée, s’en est allé dans le ciel: je vais te raconter en même temps ce que ton père a dit: « Ah! mon fils Râma! s’est-il écrié; ah! Lakshmana, mon fils! » et, quand il eut plusieurs fois jeté cette plainte, c’est alors que ton père a quitté la vie. Ton père s’en est allé au ciel, après qu’il eut prononcé encore cette parole, qui fut la dernière: « Heureux les hommes qui pourront voir mon fils Râma de retour ici des bois avec Sîtâ et Lakshmana, une fois expiré le temps convenu! »

À ces mots, Bharata que la crainte d’une seconde infortune déchirait comme un poison mortel, interrogea de nouveau sa mère: « Où Râma demeure-t-il maintenant? s’écria-t-il, d’un visage consterné. Et pourquoi s’est-il retiré dans les bois? Pourquoi sa belle Vidéhaine et Lakshmana ont-ils suivi Râma dans les forêts? »

À ces questions, Kêkéyî de répondre un langage plus horrible encore, bas, odieux même, tout en croyant ne dire à son fils qu’une chose agréable: « Couvert d’un valkala pour vêtement, accompagné de sa Vidéhaine, et suivi de Lakshmana, Râma s’en est allé dans les bois sur l’ordre même de son père; et c’est moi, qui ai su faire exiler ce frère, ton rival, au sein des forêts.« Quand ton père l’eut banni, Daçaratha, consumé de chagrins à cause de son fils, quitta ce monde pour le ciel. »

À ces mots, Bharata, soupçonnant malgré lui un crime dans une telle mère, Bharata, qui aspirait de tous ses désirs à la pureté de sa famille, se mit à l’interroger en ces termes: « Râma, tout sage qu’il est, n’aurait-il point usurpé le bien des brahmes? Ce digne frère n’aurait-il pas maltraité quelqu’un, riche ou pauvre; offense, pour laquelle mon père a banni de sa présence un fils plus cher à ses yeux que la vie même! »

Ensuite de ces paroles entendues, Kêkéyî, racontant son action et s’en glorifiant même avec une légèreté de femme, répondit à Bharata: « Il n’a point enlevé le bien des brahmes; il n’a maltraité qui que ce soit.

« Il a mérité l’amour du monde entier par son dévouement à son devoir: aussi le roi désirait-il sacrer son fils aîné comme associé à sa couronne.

« Mais, aussitôt parvenue à moi cette nouvelle que le monarque avait conçu une telle pensée, je conjurai l’auguste souverain d’abandonner ce dessein et de reporter sur ta noble tête l’onction royale qu’il destinait à Râma. J’ai demandé au roi l’exil de Râma dans les forêts pendant neuf ans ajoutés à cinq années, et ton père a banni Râma hors de la ville.

« Ainsi donc, saisis-toi du royaume; fais produire son fruit à ma peine; remplis, terrible immolateur de tes ennemis, remplis de joie le cœur de tes amis et le mien! Va, mon fils, va trouver bien vite les brahmes et Vaçishtha, leur chef; puis, quand tu auras acquitté les honneurs funèbres que tu dois à ton père, fais-toi sacrer aussitôt, suivant les rites, comme souverain de cet empire, qui t’appartient! »

Ayant donc ouï dire à sa mère que son père était mort et ses deux frères bannis, lui, consumé par le feu de sa douleur, il répondit à Kêkéyî dans les termes suivants: « Femme en butte maintenant au blâme et criminelle en tes pensées, tu es abandonnée par la vertu, Kêkéyî, pour avoir enlevé son diadème à Râma, qui ne fit jamais de mal à personne.

« Pourquoi, si tu veux, grâce à ton désir impatient du trône, aller au fond des enfers, pourquoi m’y entraîner moi-même après toi dans ta chute?

« Est-ce que ton époux avait commis une offense envers toi? Quelle injustice devais-tu au magnanime Râma, pour les châtier également tous deux, celui-là par la mort, celui-ci par l’exil!

« Puisse être ce monde pour toi, puisse être même pour toi l’autre monde stérile de bonheur, homicide fatale de ton mari! Va dans les enfers, Kêkéyî, écrasée par la malédiction de ton époux! Hélas! je suis foudroyé, je suis anéanti par ton avide ambition du royaume! Qu’ai-je besoin maintenant ou de l’empire ou des voluptés, quand tu m’as consumé dans le feu de l’ignominie? Séparé de mon père, séparé de mon frère, qui était un second père à mes yeux, qu’ai-je à faire de la vie même, à plus forte raison d’un empire? »

Dès qu’ils virent arrivée la fin de cette nuit, les chefs de l’armée, les brahmes et tous les colléges des conseillers divers s’étant réunis, entrèrent dans le château royal, veuf d’un souverain qui, vivant, ressemblait au grand Indra lui-même. Cette illustre assemblée s’assit autour de Bharata, qu’elle voyait affligé, ses yeux remplis de larmes, plongé dans le chagrin, étendu sur la terre et semblable à un homme qui n’a plus sa connaissance.

Vaçishtha, le vénérable saint, dit à cet enfant désolé de Raghou, qui, le front baissé, traçait des lignes sur le sol avec la pointe du pied: « L’homme ferme qui, sans perdre la tête dans l’adversité, remplit comme il faut les obligations qu’il doit nécessairement acquitter est appelé un sage par les maîtres de la science. Ainsi, revêts-toi de fermeté, rejette le chagrin de ton cœur, et veuille bien célébrer sans délai, d’une âme rassise, les obsèques de ton père. Oui! il a fini comme un être sans appui, ce vigoureux appui du monde, ton père, juste comme la justice elle-même. Alors, nous avons agité cette question: « N’y aurait-il pas un moyen de procéder aux funérailles sans Bharata? » et nous avons déposé le corps du feu roi, ton père, dans un vaisseau d’huile exprimée du sésame. Veuille donc, ô mon ami, célébrer ses royales obsèques.

« Remets la force dans ton âme, Bharata, et ne sois pas un esprit faible. La mort est forte: on ne peut la vaincre, fils de Kakoustha; nous tous bientôt nous ne serons plus: cette grande affliction ne te sied donc pas! »

À ces paroles de l’anachorète, Bharata, le plus éminent des hommes intelligents, jeta les yeux sur Vaçishtha, et, plus affligé encore, lui répondit en ces termes: « Quand ta sainteté me parle ainsi, pieux ermite, je sens mon âme se déchirer en quelque sorte. L’empereur du monde, Râma vit, quel empire ai-je donc ici? Mais conduisez-moi où est le roi mon père: c’est mon désir assurément de célébrer là ses funérailles, aidé par vous; si toutefois il est possible que mon cœur n’éclate point à cet heure en mille fragments! Que vos éminences me fassent donc voir mon père, hélas! privé de la vie. »

Entré dans le palais de Kâauçalyâ avec les veuves du roi, Bharata vit alors son père inanimé chez la mère de Râma. À la vue de son père gisant ainsi la vie éteinte et la splendeur effacée, il jeta ce cri: « Hélas! mon roi! » et tomba sur la face de la terre. On eût dit un homme, de qui l’âme s’est échappée.

Mais, quand il a recouvré la connaissance, il tourne les yeux vers son père, et, tout plein de tristesse, lui tient ce langage comme s’il était vivant: « Roi magnanime, lève-toi! Pourquoi dors-tu? Me voici arrivé sur ton ordre avec hâte, moi Bharata, et Çatroughna m’accompagne. Mon aïeul te demande, ô mon père, comment va ta majesté: ainsi fait mon oncle Youdhadjit, prosternant sa tête devant toi. D’où vient qu’autrefois, incliné devant toi, à mon retour de quelque pays, tu me faisais monter sur ton sein, roi des hommes, tu me donnais sur le front un baiser, tu me comblais des caresses de ton amour? Et pourquoi, dans ce moment, ne m’adresses-tu pas une parole à mon arrivée? Jamais je n’ai commis une offense envers toi; regarde-moi donc maintenant avec bienveillance.

« Heureux ce Râma, par qui ton ordre fut exécuté, roi de la terre! Heureux encore ce Lakshmana, qui a suivi Râma dans l’exil! Mais infortune et souillure à moi par cela même que, pénétré d’une vive douleur, tu as quitté la vie plein de ressentiment contre moi! Sans doute, Râma et Lakshmana ne connaissent point ta mort; car ils auraient quitté les bois à l’instant même, et leur affliction les eût amenés dans ces lieux!

« Si, pour la faute de ma mère, je te suis maintenant odieux, roi des hommes; voici Çatroughna; daigne au moins lui dire en ce moment quelque chose. »

Quand elles entendirent le magnanime Bharata se lamenter ainsi, les épouses du monarque se répandirent en pleurs dans une profonde affliction. Ce fut alors que le plus vertueux des hommes qui murmurent la prière, Vaçishtha et Djâvâli même avec lui tinrent ce discours au gémissant Bharata, que torturait sa douleur: « Ne t’abandonne pas aux larmes, sage Bharata! le maître de la terre ne doit pas être plaint. Veuille bien t’occuper de ses funérailles avec un esprit calme. Les parents et les amis, qui pleurent d’une affection désolée, ne font-ils pas tomber du ciel par la chute de ces larmes, fils de Raghou, l’homme à qui ses vertus avaient mérité le Swarga? »

À ces mots de Vaçishtha, Bharata, qui n’ignorait pas le devoir, Bharata, le plus éloquent des êtres qui ont reçu la voix en partage, secoua ce trop vif chagrin et répondit en ces termes: « Cet amour si fort de mon cœur à l’égard de mon père me trouble en quelque sorte jusqu’à la démence. Néanmoins, fortifié par les sages conseils de vos saintetés, mes vénérables institutrices, je dépose mon chagrin et je vais célébrer, comme il faut, les obsèques de mon père. »

Quand cette nuit fut écoulée, les poëtes de la cour et les bardes officiels de réveiller Bharata dans le sommeil et de chanter ses louanges avec une voix mélodieuse. Soudain les tambours sont battus à grand bruit, et, d’un autre côté, le souffle des musiciens fait résonner une foule de conques et de flûtes aux harmonieux concerts. Le bruit des instruments à la voix si grande qu’elle remplissait, pour ainsi dire, toute la ville, réveilla Bharata, l’âme encore dans le trouble du chagrin.

Aussitôt, arrêtant ces bruyants accords, Bharata de crier à ces réveilleurs officiels: « Je ne suis pas le roi! » Ensuite, il dit à Çatroughna: « Vois, Çatroughna, quel écrasant déshonneur Kêkéyî a fait tomber sur ma tête innocente par cette action blâmée dans tout l’univers! La couronne impériale, que le droit de sa naissance avait mise au front de mon père, flotte incertaine maintenant qu’elle est séparée de lui, comme un navire sans gouvernail erre, jouet du vent et des flots. »

Après qu’on eut écarté le peuple et que l’astre auteur du jour fut monté sur l’horizon, Vaçishtha de parler ainsi à Bharata, comme à tous les ministres: « Tu vois rassemblés devant toi et chargés des choses nécessaires aux funérailles du roi tous les notables de la ville et tes sujets du plus haut rang.

« Lève-toi promptement, Bharata! Qu’il n’y ait ici, mon seigneur, aucune perte du temps!

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· 27 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library