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Capítulo 20 de 97

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À ces mots, prononcés d’un accent mélodieux, la belle Mithilienne au doux parler, triste, navrée de sa douleur, tout enveloppée à la fois de colère et de chagrin, éclata en pleurs, arrosant le désespoir avec les gouttes brûlantes de ses larmes.

Quoiqu’elle fût ainsi tourmentée, larmoyante, amèrement désolée, Râma ne se décida pas encore à lui permettre de partager son exil; mais il arrêta ses yeux un instant sur l’amante éplorée, baissa la tête et se mit à rêver, considérant sous plusieurs faces les peines semées dans un séjour au milieu des bois.

La source, née de sa compassion pour sa bien-aimée, ruissela de ses yeux, où débordaient ses tristes pleurs, comme on voit la rosée couler sur deux lotus. Il releva doucement cette femme chérie de ses pieds, où elle était renversée, et lui dit ces paroles affectueuses pour la consoler:

« Le ciel même sans toi n’aurait aucun charme pour moi, femme aux traits suaves! Si je t’ai dit, ô toi, en qui sont rassemblés tous les signes de la beauté, si je t’ai dit, quoique je pusse te défendre: « Non, je ne t’emmènerai pas! » c’est que je désirais m’assurer de ta résolution, femme de qui la vue est toute charmante. Et puis, Sîtâ, je ne voulais pas, toi, qui as le plaisir en partage, t’enchaîner à toutes ces peines qui naissent autour d’un ermitage au sein des forêts. Mais puisque, dans ton amour dévoué pour moi, tu ne tiens pas compte des périls que la nature a semés au milieu des bois, il m’est aussi impossible de t’abandonner qu’au sage de répudier sa gloire.

« Viens donc, suis-moi, comme il te plaît, ma chérie! Je veux faire toujours ce qui est agréable à ton cœur, ô femme digne de tous les respects!

« Donne en présents nos vêtements et nos parures aux brahmes vertueux et à tous ceux qui ont trouvé un refuge dans notre assistance. Ensuite, quand tu auras dit adieu aux personnes à qui sont dus tes hommages, viens avec moi, charmante fille du roi Djanaka! »

Joyeuse et au comble de ses vœux, l’illustre dame, obéissant à l’ordre qu’elle avait reçu de son héroïque époux, se mit à distribuer aux plus sages des brahmes les vêtements superbes, les magnifiques parures et toutes les richesses.

Quand le beau Raghouide eut ainsi parlé à Sîtâ, il tourna ses yeux vers Lakshmana, modestement incliné, et, lui adressant la parole, il tint ce langage:« Tu es mon frère, mon compagnon et mon ami; je t’aime autant que ma vie: fais donc par amitié ce que je vais te dire. Tu ne dois en aucune manière venir avec moi dans les bois: en effet, guerrier sans reproche, il te faut porter ici un pesant fardeau. »

Il dit; à ces mots, qu’il écouta d’une âme consternée et le visage noyé dans ses larmes, Lakshmana ne put contenir sa douleur. Mais il tomba à genoux, et, tenant les pieds de son frère serrés fortement avec les pieds de Sîtâ:« Il n’y a qu’un instant, dit à Râma cet homme plein de sens, ta grandeur m’a permis de la suivre au milieu des bois, pour quelle raison me le défend-elle maintenant? »

Râma dit ensuite à Lakshmana, qui se tenait devant lui prosterné, la tête inclinée, tremblant et les mains jointes:« Si tu quittes ces lieux pour venir avec moi dans les forêts, Lakshmana, qui soutiendra nos mères, Kâauçalyâ et Soumitrâ, cette illustre femme? Ce monarque des hommes, qui versait à pleines mains ses grâces sur nos deux mères, ne les verra sans doute plus avec les mêmes yeux que dans les jours passés, maintenant qu’il est tombé sous le pouvoir d'un autre amour. Un jour, enivrée par les fumées de la toute-puissance, Kêkéyî, incapable de modérer son âme, fera sentir quelque dureté à ses rivales. C’est pour consoler surtout et défendre nos mères, fils de Soumitrâ, qu’il te faut rester ici jusqu’à mon retour. Tu seras ici pour elles deux, comme je l’étais moi-même, un bras où elles pourront s’appuyer dans les chemins difficiles et un refuge assuré contre les persécutions. »

Il dit; à ces mots de son frère, Lakshmana, le mieux doué entre les hommes, sur lesquels Çrî a répandu ses faveurs, joignit les mains et répondit en ces termes à Râma:« Seigneur, il serait possible à Kâauçalyâ d’entretenir, pour sa défense, plusieurs milliers d’hommes de mon espèce, elle, à qui dix centaines de villages furent données pour son apanage; et d’ailleurs, sans aucun doute, par considération pour toi, Bharata ne peut manquer jamais d’honorer nos deux mères: on le verra même apporter le plus grand zèle à protéger Kâauçalyâ et Soumitrâ.

« Je suis ton disciple, je suis ton serviteur, je te suis entièrement dévoué, je t’ai jusqu’ici même suivi partout: sois donc favorable à ma prière; emmène-moi, vertueux ami! »

Charmé de ce langage, Râma dit à Lakshmana:« Eh bien! fils de Soumitrâ, viens! suis-moi! prends congé de tes amis. »

Après que Râma, assisté par son illustre Vidéhaine, eut donné aux brahmes ses richesses, il prit ses armes et les instruments, c’est-à-dire la bêche et le panier; puis, sortant de son palais avec Lakshmana, il s’en alla voir son auguste père. Il était accompagné de son épouse et de son frère.

Aussitôt, pour jouir de leur vue, les femmes, les villageois et les habitants de la cité montent de tous les côtés sur le faîte des maisons et sur les plates-formes des palais. Dans la rue royale, toute couverte de campagnards, on n’eût pas trouvé un seul espace vide, tant était grand alors cet amour du peuple, accourant saluer à son départ ce Râma d’une splendeur infinie. Quand ils virent l’auguste prince marcher à pied, avec Lakshmana, avec Sîtâ même, alors, saisis de tristesse, leur âme s’épancha en divers discours: « Le voilà, suivi par Lakshmana seul avec Sîtâ, ce héros, dans les marches duquel une puissante armée, divisée en quatre corps, allait toujours devant et derrière son char! Ce guerrier, plein d’énergie, dévoué, juste comme la justice elle-même, ne veut pas que son père fausse une parole donnée, et cependant il a goûté la saveur exquise du pouvoir et du plaisir!

« Elle, Sîtâ, dont naguère les Dieux mêmes qui voyagent dans l’air ne pouvaient obtenir la vue, elle est exposée maintenant à tous les regards du vulgaire dans la rue du roi! Le vent, le chaud, le froid vont effacer toute la fraîcheur de Sîtâ; elle, de qui le visage aux charmantes couleurs est paré d’un fard naturel. Sans aucun doute, l’âme du roi Daçaratha est remplacée par une autre âme, puisqu’il bannit aujourd’hui sans motif son fils bien-aimé!

« Laissons nos promenades, les jardins publics, nos lits moelleux, nos siéges, nos instruments, nos maisons; et, suivant tous ce fils du roi, embrassons une infortune égale à son malheur.

« Que la forêt où va ce noble enfant de Raghou soit désormais notre cité! Que cette ville, abandonnée par nous, soit réduite à l’état d’une forêt! oui, notre ville sera maintenant où doit habiter ce héros magnanime! Quittez les cavernes et les bois, serpents, oiseaux, éléphants et gazelles! Abandonnez ce que vous habitez, et venez habiter ce que nous abandonnons! »

Promenant ses regards en souriant au milieu de cette multitude affligée, le jeune prince, affligé lui-même sous l’extérieur du contentement, allait donc ainsi, désirant voir son père et comme impatient d’assurer à la promesse du monarque toute sa vérité.

Mais avant que Râma fût arrivé, accompagné de son épouse et de Lakshmana, le puissant monarque, plein de trouble et dans une extrême douleur, employait ses moments à gémir.

Alors Soumantra se présenta devant le maître de la terre, et, joignant ses mains, lui dit ces mots, le cœur vivement affligé: « Râma, qui a distribué ses richesses aux brahmes et pourvu à la subsistance de ses domestiques; lui-même, qui, la tête inclinée, a reçu ton ordre, puissant roi, de partir dans un instant pour les forêts; ce prince, accompagné de Lakshmana, son frère, et de Sîtâ, son épouse; ce Râma enfin, qui brille dans le monde par les rayons de ses vertus, comme le soleil par les rayons de sa lumière, est venu voir ici tes pieds augustes; reçois-le en ta présence, s’il te plaît! »

Il dit, et le roi, de qui l’âme était pure comme l’air, poussa de brûlants soupirs, et, dans sa vive douleur, il répondit ainsi:

« Soumantra, conduis promptement ici toutes mes épouses, je veux recevoir, entouré d’elles, ce digne sang de Raghou! »

À ces mots, Soumantra de courir au gynæcée, où il tint ce langage: « Le roi vous mande auprès de lui, nobles dames; venez là sans tarder! » Il dit, et toutes ces femmes, apprenant de sa bouche l’ordre envoyé par leur époux, s’empressent d’aller voir le gémissant monarque.

Toutes ces dames, égales en nombre à la moitié de sept cents, toutes charmantes, toutes richement parées, vinrent donc visiter leur époux, qui se trouvait alors en compagnie de Kêkéyî.

Le monarque ensuite promena ses yeux sur toutes ses femmes, et les voyant arrivées toutes, sans exception: « Soumantra, fit-il, adressant la parole au noble portier, conduis mon fils vers moi sans délai! »

Du plus loin qu’il vit Râma s’avancer, les mains jointes, le roi s’élança du trône où il était assis, environné de ses femmes: « Viens, Râma! viens, mon fils! » s’écria le monarque affligé, qui s’en alla vite à lui pour l’embrasser; mais, dans le trouble de son émotion, il tomba avant même qu’il fût arrivé jusqu’à son fils. Râma, vivement touché, accourut vers le roi qui s’affaissait, et le reçut dans ses bras qu’il n’était pas encore tombé tout à fait sur la terre; puis, avec une âme palpitante d’émotion, il releva doucement son père; et, secondé par Lakshmana, aidé même par Sîtâ, il remit le monarque évanoui dans son trône. Ensuite, le voilà qui s’empresse de rafraîchir avec un éventail le visage du roi sans connaissance.

Alors toutes les femmes remplirent de cris tout le palais du roi; mais, au bout d’un instant, il revint à la connaissance; et Râma, joignant ses mains, dit au monarque, plongé dans une mer de tristesse:

« Grand roi, je viens te dire adieu; car tu es, prince auguste, notre seigneur. Jette un regard favorable sur moi, qui pars à l’instant pour habiter les forêts. Daigne aussi, maître de la terre, donner congé à Lakshmana comme à la belle Vidéhaine, mon épouse. Car tous deux, refusés par moi, n’ont pu renoncer à la résolution qu’ils avaient formée de s’en aller avec moi habiter les forêts. Veuille donc bien nous donner congé à tous les trois. »

Quand le maître de la terre eut connu que le désir de prendre congé avait conduit Râma dans son palais, il fixa le regard d’une âme consternée sur lui et dit, ses yeux noyés de larmes:

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· 20 · Rāmāyaṇa (La gesta de Rāma) — Vālmīki · The Conscious Library