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The ConsciousLibrary

Capítulo 55 de 57

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140. — Si on fait complètement abstraction de l’existence supposée, on ne peut en concevoir l’inexistence. Donc si une existence est fausse, son inexistence l’est évidemment aussi.

141. Un homme rêve que son fils est mort: l’idée fausse de son inexistence élimine celle de son existence, idée également fausse.

142-143. Il résulte de cette critique que rien n’existe dans les antécédents pris à part ou dans leur ensemble, que rien ne vient d’ailleurs, ne subsiste ou ne disparaît. En quoi donc diffère d’une illusion magique ce que les sots prennent pour la réalité?

144. Ce qui est créé par la magie et ce qui est créé par les causes, d’où cela vient-il, où cela va-t-il? Voilà ce qu’il faut rechercher.

145. Ce qui apparaît par le concours d’autres éléments et qui disparaît s’ils sont absents, ce phénomène artificiel, pareil à un reflet, comment aurait-il le caractère de la réalité?

146-147. Pour la chose qui existe, à quoi bon une cause? Et si une chose n’existe pas, à quoi bon encore une cause? Des milliards de causes ne modifieraient pas le néant. Ce qui est dans cet état ne peut exister, et quel autre cependant peut arriver à l’existence?

148-149a. Si l’être n’est pas au temps du néant, quand naîtra-t-il? Car le néant ne disparaîtra pas tant que l’être ne sera pas né, et celui-ci ne peut se produire tant que le néant n’a pas disparu.

149b. De même l’être ne peut passer au néant, car une même chose posséderait cette double nature.

150-151. Donc il n’y a ni cessation ni existence. L’univers ne connaît ni naissance ni destruction. Les destinées des êtres sont pareilles à un rêve, à la tige du bananier. Il n’y a aucune différence réelle entre ceux qui sont dans le Nirvâṇa et ceux qui n’y sont pas.

152-153. Les choses étant vides, que pourrait-on recevoir ou prendre? Qui pourrait être honoré ou méprisé, et par qui? D’où viendrait le plaisir et la douleur? Qu’est-ce qui peut être agréable ou odieux? Qu’est-ce que la Soif? Et où trouver cette Soif dont on cherche la nature?

154. Si on examine le monde des vivants, qui meurt? qui naîtra? qui est né? qui est un parent ou un ami?

155-156. Comprenons, mes frères, que tout est vide comme l’espace. On s’irrite ou on se réjouit, en querelles ou en fêtes. Désirant notre bonheur, nous passons péniblement notre vie dans le chagrin, la lutte, le découragement, en nous blessant les uns les autres, en maux de toutes sortes.

157-158. Les morts tombent dans les enfers pour y endurer de longues, de cuisantes tortures, et retournent de temps en temps aux cieux pour y prendre l’habitude du bonheur. Le Saṃsâra comporte des chutes multiples: il n’y a rien d’aussi peu existant. Tout y est contradiction: il ne saurait être vrai.

159-161. Il renferme des océans de douleur, sans pareils, terribles, infinis. Il est le domaine des forces débiles et des existences brèves. Là, on use rapidement ses jours inutiles dans les soins de sa vie et de sa santé, parmi la faim, la maladie, la fatigue, le sommeil, les accidents, les relations stériles avec les sots: il est ardu d’y atteindre le discernement. Où trouver, au milieu de tout cela, le moyen de refréner l’habitude de la dissipation?

162-163. Là, Mâra s’efforce de nous précipiter dans les enfers. Là, les mauvaises destinées sont nombreuses; la perplexité est invincible. Et il est bien difficile d’obtenir à nouveau l’instant opportun, l’apparition d’un Buddha; difficile d’endiguer le torrent des passions. Ah! quelle succession de douleurs!

164-165. Hélas! qu’ils sont à plaindre ces malheureux entraînés par le torrent de la douleur, qui ne voient pas leur triste condition et qui n’en sont que plus infortunés! Comme celui qui chaque fois qu’il s’est baigné entrerait dans le feu, ainsi, en croyant que leur condition est bonne, ils ne font que l’empirer.

166. Agissant comme s’ils ne devaient ni vieillir ni mourir, ils se trouvent en butte à de terribles calamités, la mort en tête.

167. À ces hommes tourmentés par le feu de la douleur, quand pourrai-je apporter l’apaisement par des pluies de bonheur issues du nuage de mes mérites? Quand pourrai-je, au moyen de la vérité apparente, enseigner la Vacuité à ceux qui croient à l’existence réelle, leur enseigner avec soin l’approvisionnement du mérite spirituel affranchi de toute foi dans la réalité des choses!

54. Les Vijñânavâdins (idéalistes) enseignent que la pensée seule existe réellement.

55. Le poison absorbé par le rat ne produit ses effets que plus tard, lorsque le tonnerre en provoque la décomposition. De même on se rappelle par association une perception antérieure.

56. La vacuité (çûnyatâ): la doctrine du vide ou de l’irréalité de tous les phénomènes.

57. Nous laissons de côté les vers 50-52 qui sont avec raison rejetés par le Commentaire comme interpolés.

58. Ces partisans de l’éternité de l’atome sont les Mîmâmsakas et les Vaiçeshikas; ils sont réfutés IX, 87.

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9 · 5 · La entrada en la conducta del bodhisattva (Bodhicaryāvatāra) — Śāntideva · The Conscious Library