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The ConsciousLibrary

Capítulo 4 de 19

Texte entier · 4

Hier au soir le directeur de nos consciences, en sortant de la Mosquée, se dirigea vers la taverne! Ô amis! quelle doit être notre conduite après un tel exemple[41]!

Nous, pauvres brebis, comment pourrions-nous avoir la face tournée vers la Kaaba, notre pasteur ayant la sienne tournée vers le cabaret?

Réunissons-nous donc tous chez le marchand de vin, puisque, de toute éternité, notre sort l’a ainsi décidé.

Oh! si l’intelligence savait combien le cœur se trouve bien suspendu à une belle chevelure, tous les hommes d’esprit deviendraient fous pour la chaîne qui nous tient en si douce captivité.

Mon cœur avait enfin saisi comme une proie un instant de repos, lorsque, hélas! en dénouant ta merveilleuse chevelure, tu l’exaspéras derechef et le replongeas dans ses cruels tourments[42].

Ton joli visage est pour nous un échantillon de la beauté divine; voilà pourquoi, dans nos poétiques narrations, il n’est question que de charmes et d’attraits.

Ton cœur de pierre sera-t-il enfin une fois au moins touché par nos lamentations cuisantes, par nos soupirs brûlants, qui, la nuit, nous tourmentent?

Le zéphyr doucement éparpilla tes belles tresses et mes yeux, à cette vue éblouis, furent aussitôt envahis de ténèbres. Voilà, cruelle, tout le profit qui m’est revenu de l’admiration que m’inspira ta belle chevelure.

La flèche de mes soupirs franchit les limites du monde. Ô Hafiz[43], tais-toi donc, aie pitié de ton âme! mets-là à l’abri de ses terribles atteintes.

Quel est celui qui se chargera de porter ma supplique à ma reine et osera lui dire: par égard pour ta souveraineté, ne chasse pas loin de tes regards ce pauvre mendiant?

Je cherche constamment refuge auprès de Dieu contre mes rivaux, dans l’espoir que le Chouhab, avec sa flèche acérée, viendra au secours de la pauvre Souha[44].

Tu n’as qu’à dévoiler ton beau visage pour enflammer tous les cœurs! Mais quel peut être ton profit, dis, à agir ainsi sans modération?

Si tes noirs sourcils te suggèrent l’idée de ma mort, défie-toi, ô beauté ravissante, de leurs conseils trompeurs et mets fin à tes erreurs.

Je passe toutes mes nuits dans l’espoir que le zéphyr du matin m’apportera une de ces nouvelles qui, embaumées du parfum de l’amour, viennent réjouir le cœur de l’ami qui attend!

Pour l’amour de Dieu, verse une gorgée de vin à Hafiz, lui qui est si matinal, afin que sa prière du matin puisse avoir quelque effet favorable[45].

Voyez où sont les actes pies, et voyez où je suis, moi, pris de vin; vois la distance qui nous sépare, où elle commence et où elle finit.

Quelle comparaison entre un débauché tel que moi, les bonnes œuvres et la dévotion! Quelle différence énorme entre entendre un sermon ou les accords d’un violon[46]!

Mon cœur se détache de la Mosquée, il rejette ce froc fait d’hypocrisie. Montrez-moi la taverne, oh! dites-moi où est ce vin limpide?

Le beau temps de la présence de ma mie est passé, puisse ce ravissant souvenir demeurer dans mon esprit! Mais elle, elle, animée d’une vaine colère, où est-elle allée? Qu’est-elle devenue?

Un cœur indifférent, quel plaisir trouve-t-il à contempler les charmes de l’objet chéri[47]? Quelle différence entre des flambeaux éteints et la lumière resplendissante du soleil?

Regarde ce menton arrondi comme une pomme, mais prends garde au puits[48] creusé au milieu du chemin. [Oh! mon cœur, dans quel sentier périlleux tu t’es engagé], où vas-tu donc avec tant de précipitation[49]?

La poussière de tes pieds est l’unique collyre de mes yeux, où puis-je me retirer, dites? en quittant ces lieux, où voulez-vous que je porte mes pas?

Le calme, le sommeil, ne demandez donc pas ces choses à Hafiz, car qu’est-ce donc pour lui, le calme, la patience, le sommeil?

Oh! échanson! verse, fais resplendir notre coupe par l’éclat du vin. Chanteur! continue ton refrain, car les douceurs de ce monde répondent à nos désirs.

Nous avons vu, reflétée dans la coupe[50], l’image de l’objet aimé, sachez-le, ô vous qui ignorez les délices de nos constantes libations!

Quels que soient la grâce, les mignardises délicates, les gestes amoureux de ces grandes et belles créatures, elles sont éclipsées dès qu’apparaît ma bien-aimée, à la taille élancée comme celle d’un cyprès, à la démarche lente et gracieuse.

Celui à qui l’amour a donné la vie ne mourra jamais. C’est pourquoi l’éternité de notre existence est inscrite sur les feuillets de l’univers.

Je crains bien qu’au jour du jugement dernier le pain licite du cheikh[51] n’ait aucun mérite sur notre illicite boisson.

Ô Zéphyr, si tu viens à passer par l’Élysée où sont réunis nos amis, n’oublie pas notre mie[52] et en lui présentant nos saluts, dis-lui:

Pourquoi, dès à présent et de propos délibéré, nous oublier ainsi? Assez tôt viendra le temps où tu oublieras jusqu’à notre nom[53].

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Texte entier · 4 · Diván: gazales — Hafez · The Conscious Library