Capítulo 8 de 57
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31. Ainsi tout dépend d’une cause; et cette cause aussi est dépendante. Contre des automates pareils à des créations magiques, à quoi bon s’irriter?
32. « Mais, dira-t-on, la résistance non plus n’est pas possible: qui résisterait et à quoi? » Si, elle est possible! Puisqu’il y a enchaînement des causes, il y a possibilité d’abolir la douleur.
33. Donc si l’on voit un ami ou un ennemi tenir une conduite répréhensible, il faut se dire: « Ce sont ses antécédents qui agissent », et garder sa sérénité.
34. S’il suffisait à tous les hommes de désirer pour réussir, personne ne souffrirait: car personne ne souhaite la souffrance.
35. Par irréflexion, par colère, par convoitise d’objets inaccessibles, tels que la femme d’autrui, les hommes se déchirent aux ronces, souffrent de la faim et s’infligent toutes sortes de tortures.
36. Il en est qui ont recours au suicide: ils se pendent, se précipitent, s’empoisonnent, se livrent aux excès de la nourriture et de la boisson, commettent un crime capital.
37. Si, sous l’influence des passions, ils détruisent leur corps qui leur est cher, comment épargneraient-ils celui des autres?
38. Envers ces hommes affolés par les passions, acharnés à leur propre perte, loin de manifester de la pitié, on éprouve de la colère: pourquoi?
39. Si la nature de ces insensés est de faire du mal aux autres, il n’est pas plus logique de s’irriter contre eux que contre le feu dont la nature est de brûler.
40. Si, au contraire, cette tare est adventice, et si les hommes sont naturellement droits, la colère est aussi peu justifiée que contre l’air envahi par une âcre fumée.
41. On ne s’irrite pas contre le bâton, auteur immédiat des coups, mais contre celui qui le manie; or cet homme est manié par la haine: c’est donc la haine qu’il faut haïr.
42. Jadis, moi aussi, j’ai infligé aux créatures une pareille souffrance: donc je ne reçois que mon dû, moi qui ai tourmenté les autres.
43. Son épée et mon corps, voilà la double cause de ma souffrance: il a pris l’épée, j’ai pris le corps; contre qui s’indigner?
44. C’est un abcès en forme de corps que je me suis donné là, un abcès qui souffre du moindre contact. Aveuglé par le désir, comment puis-je m’irriter de la douleur qu’il endure?
45. Je n’aime pas ma douleur, mais j’aime la cause de ma douleur, fou que je suis! C’est de mon péché qu’elle est née: pourquoi en vouloir à un autre?
46. La forêt dont les feuilles sont des glaives, les vautours infernaux ont été engendrés par mes actes, et de même la douleur présente: contre qui m’irriter?
47. Ce sont mes actes qui poussent mes persécuteurs; c’est à cause de moi qu’ils iront en enfer. Ne suis-je pas leur meurtrier?
48. Grâce à eux, mes nombreux péchés s’atténuent par l’exercice de la patience; à cause de moi, ils iront dans l’enfer aux longues souffrances.
49. C’est moi qui suis leur persécuteur, ce sont eux qui sont mes bienfaiteurs; comment, renversant les rôles, oses-tu t’irriter, cœur scélérat?
50. Si je ne tombe pas en enfer, c’est sans doute grâce aux mérites de mes bonnes dispositions: que perdent-ils à ce que je me préserve moi-même?
51. Si je leur rendais le mal qu’ils me font, ils ne seraient pas sauvés pour cela; ma carrière de bodhisattva serait brisée et ces malheureux seraient perdus.
52. L’esprit immatériel ne peut jamais être frappé; s’il est atteint par la douleur physique, c’est à cause de son attachement au corps.
53. Injures, paroles brutales, calomnies, tout cela ne blesse pas le corps: d’où vient ta colère, ô mon âme?
54. Ce n’est pas la défaveur d’autrui qui me dévorera dans cette vie ou dans une autre: pourquoi donc la redouter?
55. Parce qu’elle tarit mes profits? Mais mes profits s’évanouiront dès cette vie, tandis que mon péché demeurera dans toute sa force.
56. Mieux vaut mourir aujourd’hui même que de traîner longtemps une vie inutile, puisque, même après avoir longtemps vécu, la douleur de la mort sera la même pour moi.
57-58. Un dormeur qui a rêvé un bonheur de cent ans, s’éveille; un autre qui n’a rêvé qu’un bonheur d’un instant, s’éveille aussi. Quand tous deux sont éveillés, leur bonheur, n’est-ce pas, disparaît. Tel, à l’heure de la mort, celui qui a longtemps vécu et celui qui a peu vécu.
59. Après avoir gagné beaucoup, après avoir savouré de longues délices, je m’en irai nu et les mains vides, comme un homme dépouillé par les voleurs.
60. « Mais, dis-tu, grâce à mes profits, je vis, et en vivant j’use mes péchés et je gagne du mérite. » Quand on se fâche pour une question de lucre, c’est le mérite qu’on use et le péché qu’on gagne.
61. Si le but même de ma vie disparaît, à quoi bon cette vie elle-même qui ne produit que du mal?
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