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Capítulo 51 de 57

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1. Tout ce cortège de vertus a pour but la sagesse, a dit le Saint. Donc qu’on fasse naître en soi la sagesse, si on désire la cessation de la douleur.

2. Il y a deux vérités: la vérité enveloppée et la vérité absolue. La vérité est hors du domaine de l’intelligence; celle-ci est dite « enveloppante ».

3-4. Il y a corrélativement deux sortes d’hommes: le contemplatif et l’homme ordinaire. Les contemplatifs l’emportent sur les hommes ordinaires et ils forment à leur tour une hiérarchie d’après la qualité plus ou moins haute de l’intelligence. Mais ces deux catégories s’accordent dans les comparaisons et sur le but à atteindre.

5. Les hommes ordinaires voient et conçoivent les choses comme réelles et non comme illusoires. Tel est le dissentiment des contemplatifs et des hommes ordinaires.

Contre le Hînayâna.6. La forme et les autres objets des sens tirent leur évidence du sens commun et non d’une preuve logique; mais ce sens commun se trompe, comme lorsqu’il juge pur ce qui est impur.

7. Les choses ont été enseignées par le Maître comme introduction à la vacuité, non comme la vérité vraie. — Pourtant, quand les choses sont dites « momentanées », n’est-ce pas du point de vue de la vérité vraie? — Non. — C’est donc du point de vue de la vérité enveloppée? Mais ceci est contradictoire.

8. — Il n’y a pas de faute dans la vérité enveloppée des contemplatifs; en comparaison des hommes ordinaires, c’est la vérité qu’ils voient. Vous le niez? Pourtant, vous-mêmes vous écartez de la croyance commune, en supposant la femme impure.

9-10. — En ce cas, le Buddha lui-même est une illusion. Alors quel mérite peut-on tirer de son culte? — N’en serait-il pas de même si son existence était réelle?

— Mais si un être est illusoire, comment peut-il mourir et renaître? — Une illusion dure autant que la combinaison des causes qui l’ont produite; l’être forme une longue continuité: est-ce suffisant pour prétendre qu’il existe réellement?

11. — En ce cas, il n’y pas de péché dans le meurtre d’une apparence humaine, puisqu’elle est dépourvue de conscience. — Si! car elle est revêtue de l’apparence de la conscience; c’est pourquoi il y a production de mérite et de démérite.

12-13a. — Une conscience purement apparente est impossible: les formules magiques sont impuissantes à la créer. — Mais cette apparence est diverse et peut procéder de causes différentes: une cause unique n’a pas nécessairement une efficacité universelle.

13b-15a. — Si l’être, en réalité dans le Nirvâṇa, ne transmigre qu’en apparence, le Buddha, lui aussi, transmigre. Alors, à quoi bon la marche à la Bodhi? — Tant que les causes n’en sont pas coupées, l’illusion elle-même ne l’est pas; mais dès que les causes sont coupées, elle cesse de se produire, même au point de vue de la vérité enveloppée.

Contre les Vijñânavâdins.15b-16a. — Si rien n’a de réalité, pas même la pensée visionnaire, qui donc perçoit l’illusion54? — Et si pour vous l’illusion même n’existe pas, qu’est-ce qui est perçu?

16b-18a. — C’est une forme de la pensée, qui peut différer de la réalité. — Mais si l’illusion est la pensée elle-même, alors qui voit et que voit-il? Car le Buddha a dit: « La pensée ne voit pas la pensée; l’esprit est comme le tranchant du sabre, qui ne se coupe pas lui-même. »

18b-19a. — Elle s’éclaire elle-même comme une lampe. — Une lampe ne s’éclaire pas elle-même, puisqu’elle n’est pas obscure.

19b-23. — Nous voulons dire qu’elle est lumineuse par elle-même. Le bleu, pour être bleu, ne dépend pas d’un autre bleu, à la différence du cristal. Ainsi certaines choses sont indépendantes, d’autres dépendantes. — Le bleu n’est pas indépendant, car s’il n’était pas bleu, il ne le deviendrait pas par lui-même. L’intelligence constate et affirme que la lampe éclaire. Mais qui donc constate et affirme que l’intelligence éclaire? Lumineuse ou obscure, puisque l’intelligence n’est vue par personne, il est aussi vain d’en parler que de la coquetterie de la fille d’une femme stérile.

24. — Mais s’il n’y a pas conscience de soi, comment peut-on se souvenir de sa connaissance? — La mémoire vient de l’association avec un objet extérieur, — comme le poison du rat55.

25. — Puisqu’on voit la pensée d’autrui lorsqu’elle est mise en relation avec différents facteurs (prescience, clairvoyance surnaturelle), ne peut-on voir aussi sa propre pensée? — Non: la jarre cachée qu’on aperçoit par l’application d’un onguent magique n’est pas cet onguent lui-même.

26. Nous ne contestons pas les données des sens, du témoignage, de l’intelligence; mais qu’elles soient vraies d’une vérité absolue, c’est une thèse que nous repoussons comme étant la cause de la douleur.

27. Si on prétend que l’objet illusoire est autre chose que la pensée, c’est faux; si on prétend qu’il n’est autre chose que la pensée, c’est également faux. S’il existe réellement, comment serait-il identique à la pensée? S’il est identique à la pensée, comment est-il réel?

28a-b. Inexistant, l’objet illusoire est visible; inexistant, l’esprit le voit.

28c-d-30. Si vous dites que le Saṃsâra irréel a pour point d’appui une réalité: la pensée, il s’ensuit qu’il en est différent, donc irréel comme l’espace. De plus, comment une chose irréelle serait-elle douée d’activité parce qu’elle s’appuie sur un objet réel? Non! dans votre système, la pensée ne peut avoir qu’un compagnon: le néant. Et si la pensée est dépourvue d’objet, alors toutes les créatures sont des Buddhas. Quelle vertu peut-on désormais acquérir, si on n’admet que la pensée pure?

31. — Mais si même on pénètre le caractère illusoire de la pensée, la passion en serait-elle pour cela éliminée? Ne voit-on pas le créateur d’une femme magique s’éprendre d’elle?

32. — Oui: mais pour le magicien, la fausse impression de la réalité du connaissable n’est pas détruite. Au moment où il voit sa création, l’impression du vide est trop faible en lui pour qu’il la reconnaisse inexistante.

33-35. Mais quand on est imprégné de l’idée du vide, la fausse impression de l’existence disparaît; en se répétant que rien n’existe, l’idée même du vide finit par disparaître.

En effet, quand on n’imagine plus une existence dont on puisse dire qu’elle n’est pas, comment l’inexistence, ainsi privée de support, se présenterait-elle à l’esprit?

Lorsque ni l’existence, ni l’inexistence ne se présentent plus à l’esprit, alors, en l’absence de toute autre démarche possible, l’esprit sans support est apaisé.

Contre le Hînayâna.36. De même que la Pierre merveilleuse et l’Arbre des souhaits comblent les vœux des créatures, ainsi apparaît le corps du Buddha par suite de ses vœux antérieurs et des actes des fidèles eux-mêmes.

37-38. De même qu’un charmeur de serpents peut mourir après avoir consacré un pilier: bien longtemps encore après sa mort, ce pilier détruira l’influence du venin; — de même ce « Pilier du Vainqueur » exécuté conformément à la Pratique de la Bodhi, même après que le Bodhisattva s’est éteint, continue à remplir toutes ses fonctions.

39-40. — Comment le culte rendu à un être inconscient produirait-il des fruits? — Parce que, d’après l’Écriture, le culte du Buddha vivant et celui du Buddha éteint sont égaux, et que tous deux portent des fruits, soit au point de vue de la vérité relative, soit à celui de la vérité absolue. [Si le culte du Buddha illusoire n’était fécond], comment celui du Buddha vrai le serait-il?

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9 · 1 · La entrada en la conducta del bodhisattva (Bodhicaryāvatāra) — Śāntideva · The Conscious Library