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Chapter 3 of 97

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Alors, voici que se précipitent dans l’ermitage, et Mârîtcha, et Soubâhou, et les serviteurs de ces deux rakshasas, déployant toute la puissance de leur magie.

Aussitôt que, de ses yeux beaux comme des lotus, Râma les vit accourir, faisant pleuvoir un torrent de sang: « Vois, Lakshmana, dit-il à son frère, vois Mârîtcha, qui vient, suivi de son cortège, avec sa voix de bruyant tonnerre, et Soubâhou, le rôdeur nocturne. Regarde bien! ces Démons noirs, comme deux montagnes de collyre, vont disparaître à l’instant même devant moi, tels que deux nuages au souffle du vent! »

À ces mots, l’habile archer tira de son carquois la flèche nommée le Trait-de-l’homme, et, sans être poussé d’une très vive colère, il décocha le dard en pleine poitrine de Mârîtcha.

Emporté jusqu’au front de l’Océan par l’impétuosité de cette flèche, Mârîtcha y tomba comme une montagne, les membres agités par le tremblement de l’épouvante.

Ensuite, le rejeton vaillant de Raghou choisit dans son carquois le dard nommé la Flèche-du-feu; il envoya ce trait céleste dans la poitrine de Soubâhou, et le rakshasa frappé tomba mort sur la terre.

Puis, s’armant avec la Flèche-du-vent et mettant le comble à la joie des solitaires, le descendant illustre de Raghou immola même tous les autres Démons. Après ce carnage, Viçvâmitra avec toute la communauté des anachorètes, s’approcha du jeune guerrier, et lui décerna les honneurs, les félicitations, les présents, que méritait sa victoire: « Je suis content, guerrier aux longs bras: tu as bien observé la parole de moi, ton maître; en effet, cet Ermitage-Parfait est devenu, grâce à toi, plus parfait encore.

Leur mission accomplie, Râma et Lakshmana passèrent encore là cette nuit, honorés des anachorètes et l’âme joyeuse. À l’heure où la nuit s’éclaire aux premières lueurs de l’aube, et quand ils eurent vaqué aux dévotions du matin, les deux héros petits-neveux de Raghou allèrent s’incliner devant Viçvàmitra et devant les autres solitaires; puis, les ayant tous salués avec lui, ces princes, doués d’une immortelle splendeur, lui tinrent ce discours à la fois noble et doux:

« Ces deux guerriers, qui se tiennent devant toi, ô le plus éminent des anachorètes, sont tes serviteurs; commande-nous à ton gré: que veux-tu que nous fassions encore? »

À ce discours, les ermites, riches de mortifications, à qui ces deux frères l’avaient adressé, laissent parler Viçvâmitra, et rendent par lui cette réponse au vaillant Râma:

« Djanaka, le roi de Mithila, doit bientôt célébrer, ô le plus vertueux des Raghouides, un sacrifice très grand et très saint: nous irons certainement. — Toi-même, ô le plus éminent des hommes, tu viendras avec nous: tu es digne de voir là cet arc fameux, qui est une grande merveille et la perle des arcs.

« Jadis, Indra et les Dieux ont donné au roi de Mithila cet arc géant, comme un dépôt, au temps que la guerre fut terminée entre eux et les Démons. Ni les Dieux, ni les Gandharvas, ni les Yakshas, ni les Nâgas, ni les Rakshasas ne sont capables de bander cet arc: combien moins, nous autres hommes, ne le saurions-nous faire! »

Et sur le champ Râma se mit en route avec ces grands saints, à la tête desquels marchait Viçvâmitra. Attelés dans un instant, s’avançaient une centaine de chars brahmiques, où l’on avait chargé les bagages des anachorètes, qui venaient tous à leur suite. On voyait aussi des troupeaux d’antilopes et d’oiseaux, doux habitants de l’Ermitage-Parfait, suivre pas à pas dans cette marche Viçvâmitra, le sublime solitaire. Déjà les troupes des anachorètes s’étaient avancées loin dans cette route, quand, arrivées au bord de la Çona, vers le temps où le soleil s’affaisse à l’horizon, elles s’arrêtent pour camper devant son rivage.

Mais, aussitôt que l’astre du jour a touché le couchant, ces hommes d’une splendeur infinie se purifient dans les ondes, rendent un hommage au feu avec des libations de beurre clarifié, et, donnant la première place à Viçvâmitra, s’assoient autour du sage. Râma lui-même avec le fils de Soumitrâ se prosterne devant l’ermite, qui s’est amassé un trésor de mortifications, et s’assoit auprès de lui. — Alors, joignant ses mains, le jeune tigre des hommes, que sa curiosité pousse à faire cette demande, interroge ainsi Viçvâmitra, le saint: « Bienheureux, quel est donc ce lieu, que je vois habité par des hommes au sein de la félicité? Je désire l’apprendre, sublime anachorète, de ta bouche même en toute vérité. »

Excitée par ce langage de Râma, la grande lumière de Viçvâmitra commença donc à lui raconter ainsi l’histoire du lieu où ils étaient arrivés:

« Jadis il fut un monarque puissant, appelé Kouça, issu de Brahma et père de quatre fils, renommés pour la force. C’étaient Kouçâçwa, Kouçanâbha, Amoûrtaradjasa et Vasou, tous magnanimes, brillants et dévoués aux devoirs du kshatrya.

« Kouça dit un jour: « Mes fils, il faut vous consacrer à la défense des créatures. » C’est ainsi qu’il parla, noble Raghouide, à ces princes, de qui la modestie était la compagne de la science dans la Sainte Écriture.

« À ces paroles du roi leur père, ils bâtirent quatre villes, chacun fondant la sienne. De ces héros, semblables aux gardiens célestes du monde, Kouçâçwa construisit la ville charmante de Kâauçâçwi; Kouçanâbha, qu’on eût dit la justice en personne, fut l’auteur de Mahaudaya; le vaillant Amoûrtaradjasa créa la ville de Prâgdjyautisha, et Vasou éleva Girivradja dans le voisinage de Dharmâranya.

« Ce lieu-ci, appelé Vasou, porte le nom du prince Vasou à la splendeur infinie: on y remarque ces belles montagnes, au nombre de cinq, à la crête sourcilleuse. — Là, coule la jolie rivière de Mâgadhî; elle donne son nom à la ville de Magadhâ, qui brille, comme un bouquet de fleurs, au milieu des cinq grands monts. Cette rivière appelée Mâgadhî appartenait au domaine du magnanime Vasou: car jadis il habita, vaillant Râma, ces champs fertiles, guirlandes de moissons.

« De son côté, l’invincible et saint roi Kouçanâbha rendit la nymphe Ghritâtchyâ mère de cent filles jumelles, à qui rien n’était supérieur en toutes qualités.

« Un jour, ces jeunes vierges, délicieusement parées, toutes charmantes de jeunesse et de beauté, descendent au jardin, et là, vives comme des éclairs, se mettent à folâtrer. Elles chantaient, noble fils de Raghou, elles dansaient, elles touchaient ou pinçaient divers instruments de musique, et, parfumant l’air des guirlandes tressées dans leurs atours, elles se laissaient ravir aux mouvements d’une joie suprême.

« Le Vent, qui va se glissant partout, les vit en ce moment, et voici quel langage il tint à ces jouvencelles, aux membres suaves, et de qui rien n’était pareil en beauté sur la terre: « Charmantes filles, je vous aime toutes; soyez donc mes épouses. Par là, vous dépouillant de la condition humaine, vous obtiendrez l’immortalité. »

« À ces habiles paroles du Vent amoureux, les jeunes vierges lui décochent un éclat de rire; et puis toutes lui répondent ainsi:

« Ô Vent, il est certain que tu pénètres dans toutes les créatures; nous savons toutes quelle est ta puissance; mais pourquoi juger de nous avec ce mépris? Nous sommes toutes filles de Kouçanâbha; et, fermes sur l’assiette de nos devoirs, nous défions ta force de nous en précipiter: oui! Dieu léger, nous voulons rester dans la condition faite à notre famille. — Qu’on ne voie jamais arriver le temps où, volontairement infidèle au commandement de notre bon père, de qui la parole est celle de la vérité, nous irons de nous-mêmes arrêter le choix d’un époux. Notre père est notre loi, notre père est pour nous une divinité suprême; l’homme, à qui notre père voudra bien nous donner, est celui-là seul qui deviendra jamais notre époux. »

« Saisi de colère à ces paroles des jeunes vierges, le Vent fit violence à toutes et brisa la taille à toutes par le milieu du corps. Pliées en deux, les nobles filles rentrent donc au palais du roi leur père; elles se jettent devant lui sur la terre, pleines de confusion, rougissantes de pudeur et les yeux noyés de larmes.

« À l’aspect de ses filles, tout à l’heure d’une beauté nonpareille, maintenant flétries et la taille déviée, le monarque dit avec émotion ces paroles aux princesses désolées: — « Quelle chose vois-je donc ici, mes filles? Dites-le moi! Quel être eut une âme assez violente pour attenter sur vos personnes et vous rendre ainsi toutes bossues?

« À ces mots du sage Kouçanâbha, les cent jeunes filles répondirent, baissant leur tête à ses pieds: — « Enivré d’amour, le Vent s’est approché de nous; et, franchissant les bornes du devoir, ce Dieu s’est porté jusqu’à nous faire violence. — Toutes cependant nous avions dit à ce Vent, tombé sous l’aiguillon de l’Amour: « Dieu fort, nous avons un père; nous ne sommes pas maîtresses de nous-mêmes. Demande-nous à notre père, si ta pensée ne veut point une autre chose que ce qui est honnête. Nos cœurs ne sont pas libres dans leur choix: sois bon pour nous, toi qui es un Dieu! » Irrité de ce langage, le Vent, seigneur, fit irruption dans nos membres: abusant de sa force, il nous brisa et nous rendit bossues, comme tu vois. »

« Après que ses filles eurent achevé ce discours, le dominateur des hommes, Kouçanâbha fit cette réponse, noble Râma, aux cent princesses: « Mes filles, je vois avec une grande satisfaction que ces violences du Vent, vous les avez souffertes avec une sainte résignation, et que vous avez en même temps sauvegardé l’honneur de ma race. En effet, la patience, mes filles, est le principal ornement des femmes; et nous devons supporter, c’est mon sentiment, tout ce qui vient des Dieux. Votre soumission à de tels outrages commis par le Vent, je vous l’impute à bonne action; aussi je m’en réjouis, mes chastes filles, comme je pense que ce jour vient d’amener pour vous le temps du mariage. Allez donc où il vous plaît d’aller, mes enfants: moi, je vais occuper ma pensée de votre bonheur à venir. »

« Ensuite, quand ce roi, le plus vertueux des monarques, eut congédié les tristes jeunes filles, il se mit, en homme versé dans la science du devoir, à délibérer avec ses ministres sur le mariage des cent princesses. Enfin, c’est de ce jour que Mahaudaya fut dans la suite des temps appelé Kanyakoubja, c’est à dire la ville des jeunes bossues, en mémoire du fait arrivé dans ces lieux, où jadis le Vent déforma les cent filles du roi et les rendit toutes bossues.

Dans ce temps même, un grand saint, nommé Halî, anachorète d’une sublime énergie, accomplissait un vœu de chasteté vraiment difficile à soutenir. — Une Gandharvî[5], fille d’Orûnâyou, appelée Saumadâ, s’était elle-même enchaînée du même vœu très-saint et veillait avec des soins attentifs autour du brahmatchâri, tandis qu’il se consumait dans sa rude pénitence. Elle souhaitait un fils, Râma; et ce désir lui avait inspiré d’embrasser une obéissance soumise et pieusement, dévouée à ce grand saint, absorbé dans la contemplation. Après un long temps, l’anachorète satisfait lui dit: « Je suis content: que veux-tu, sainte, dis-moi, que je fasse pour toi? » Aussitôt que la Gandharvî eut reçu de l’anachorète ces paroles de satisfaction, elle joignit les mains et lui fit connaître en ces mots composés de syllabes douces à quelle chose aspirait son vœu le plus ardent: « Ce que je désire de toi, c’est un fils tout éblouissant d’une beauté, qui émane de Brahma, comme toi, que je vois briller à mes yeux de cette lumière, auréole éminente, dont Brahma t’a revêtu lui-même. Je te choisis de ma libre volonté pour mon époux, moi qui n’ai pas encore été liée par la chaîne du mariage.

« Veuille donc t’unir à moi, qui te demande, religieux inébranlable en tes vœux, à moi, qui n’en demandai jamais un autre avant toi! » Sensible à sa prière, le brahme saint lui donna un fils, comme elle se l’était peint dans ses désirs.

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· 3 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library