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Chapter 2 of 97

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De même, Soumitrâ donna le jour à deux fils, Lakshmana et Çatroughna: inébranlables pour le dévouement et grands par la force, ils cédaient néanmoins à Râma pour les qualités.

Vishnou avait formé ces jumeaux avec une quatrième portion de lui-même: celui-ci était né d’une moitié, et celui-là d’une autre moitié du quart.

Le fils de Kêkéyi se nommait Bharata: homme juste, magnanime, vanté pour sa vigueur et sa force, il avait l’énergie de la vérité.

Ces princes, doués tous d’une âme ardente, habiles à manier de grands arcs, dévoués à l’exercice des vertus, comblaient ainsi les vœux du roi leur père; et Daçaratha, entouré de ces quatre fils éminents, goûtait au milieu d’eux une joie suprême, comme Brahma, environné par les Dieux.

Depuis l’enfance, Lakshmana s’était voué d’une ardente amitié à Râma, l’amour des créatures: en retour, ce jeune frère, de qui l’aide servit puissamment à la prospérité de son frère aîné, ce juste, ce fortuné, ce victorieux Lakshmana était plus cher que la vie même à Râma, le destructeur invincible de ses ennemis.

Celui-ci ne mangeait pas sans lui son repas ordinaire, il ne touchait pas sans lui à quelque mets plus délicat; sans lui, il ne se livrait pas au plaisir un seul instant même. Râma s’en allait-il, soit à la chasse, soit ailleurs, aussitôt, prenant son arc, le dévoué Lakshmana y marchait avec lui et suivait ses pas.

Autant Lakshmana était dévoué à Râma, autant Çatroughna l’était à Bharata; celui-ci était plus cher à celui-ci et celui-ci à celui-là que le souffle même de la vie.

Joie de son père, attirant les regards au milieu de ses frères comme un drapeau, Râma était immensément aimé de tous les sujets pour ses qualités naturelles: aussi, comme il savait se concilier par ses vertus l’affection des mortels, lui avait-on donné ce nom de Rama, c’est-à-dire, l’homme qui plaît, ou qui se fait aimer.

Un grand saint, nommé Viçvâmitra, vint dans la ville d’Ayaudhyâ, conduit par le besoin d’y voir le souverain.

Des rakshasas, enivrés de leur force, de leur courage, de leur science dans la magie, interrompaient sans cesse le sacrifice de cet homme sage et dévoué à l’amour de ses devoirs: aussi l’anachorète, qui ne pouvait sans obstacle mener à fin la cérémonie, désirait-il voir le monarque, afin de lui demander protection contre les perturbateurs de son pieux sacrifice.

« Prince, lui dit-il, si tu veux obtenir de la gloire et soutenir la justice, ou si tu as foi en mes paroles, prouve-le en m’accordant un seul homme, ton Râma. La dixième nuit me verra célébrer ce grand sacrifice, où les rakshasas tomberont, immolés par un exploit merveilleux de ton fils. » Alors, ayant baisé avec amour son fils sur la tête, Daçaratha le donna au saint ermite avec son fidèle compagnon Lakshmana.

Quand il vit Râma aux yeux de lotus s’avancer vers le fils de Kouçika, le vent souffla d’une haleine pure, douce, embaumée, sans poussière. Au moment où partit ce rejeton bien-aimé de Raghou, une pluie de fleurs tomba des cieux, et l’on entendit ruisseler d’en haut les chants de voix suaves, les fanfares des conques, les roulements des cymbales célestes.

Le magnanime anachorète était suivi par ces deux héros, comme le roi du ciel est suivi par les deux Açwins. Armés d’un arc, d’un carquois et d’une épée, la main gauche défendue par un cuir lié autour de leurs doigts, ils suivaient Viçvâmitra, comme les deux jumeaux enfants du feu suivent Sthânou, c’est-à-dire le Stable, un des noms de Çiva.

Arrivés à un demi-yaudjana et plus sur la rive méridionale de la Sarayoû: « Râma, dit avec douceur Viçvâmitra; mon bien-aimé Râma, il convient que tu verses maintenant l’eau sur toi, suivant nos rites; je vais t’enseigner les moyens de salut; ne perdons pas le temps.

« Reçois d’abord ces deux sciences merveilleuses, la puissance et l’outre-puissance; par elles, ni la fatigue, ni la vieillesse, ni aucune altération ne pourront jamais envahir tes membres.

« Car ces deux sciences, qui apportent avec elles la force et la vie, sont les filles de l’aïeul suprême des créatures; et toi, ô Kakoutsthide, tu es un vase digne que je verse en lui ces connaissances merveilleuses. Entouré de qualités divines, enfantées par ta propre nature, et d’autres qualités acquises par les efforts d’un louable désir, tu verras encore ces deux sciences élever tes vertus jusqu’à la plus haute excellence. »

Après ce discours, Viçvâmitra, l’homme riche en mortifications, initia aux deux sciences Râma, purifié dans les eaux du fleuve, debout, la tête inclinée et les mains jointes, Le héros enfant dit, chemin faisant, au sublime anachorète Viçvâmitra ces paroles, toutes composées de syllabes douces: « Quelle est cette forêt bien grande, qui se montre ici, non loin de la montagne, comme une masse de nuages? À qui appartient-elle, homme saint, qui brilles d’une splendeur impérissable? Cette forêt semble à mes regards délicieuse et ravissante. »

« Ce lieu, Râma, lui répondit l’anachorète, fut jadis l’ermitage du Nain magnanime: l’Ermitage-Parfait, c’est ainsi qu’on l’appelle, fut jadis la scène où le parfait, où l’illustre Vishnou se livrait sous la forme d’un nain à la plus austère pénitence, dans le temps, noble fils de Raghou, que Bali ravit à Indra le sceptre des trois mondes.

« Le Virotchanide, enflammé par l’ivresse que lui inspirait l’éminence de sa force, ayant donc vaincu le monarque du ciel, Bali resta maître de l’empire des trois mondes.

« Ensuite, comme Bali voulait encore augmenter sa puissance par l’offrande d’un sacrifice, Indra et l’armée des immortels avec lui vint dire, tout ému de crainte, à Vishnou, ici même, dans cet ermitage:

« Ce Virotchanide d’une si haute puissance, Bali offre un sacrifice: et cependant ce roi des Asouras est déjà doué d’une telle abondance, qu’il rassasie les désirs de toutes les créatures. Va le trouver sous cette forme de nain, Dieu aux longs bras, et veuille bien lui mendier ce que trois de tes pas seulement peuvent mesurer de terre. Il doit nécessairement t’accorder l’aumône de ces trois pas, aveuglé qu’il est de sa force, comme de son courage, et méprisant dans toi-même le maître du monde, qu’il ne reconnaîtra point sous ta forme de nain. Le roi des vils Démons gratifie par l’accomplissement de leurs vœux les plus chers tous ceux qui, désirant obtenir l’objet où leur souhait aspire, invoquent sa munificence.

« Cet ermitage parfait de nom le sera donc aussi de fait, si tu veux bien en sortir un instant, ô toi, de qui l’énergie est celle de la vérité même, pour accomplir cette action parfaite.

« Conjuré ainsi par les Dieux, Vishnou, sous la forme de nain, dont s’était revêtue son âme divine, alla trouver le Virotchanide et lui demanda l’aumône des trois pas.

» Mais aussitôt que Bali eut accordé les trois pas de terre au mendiant, le nain se développa dans une forme prodigieuse, et le Dieu-aux-trois-pas[4] s’empara de tous les mondes en trois pas. — Du premier pas, noble Raghouide, il franchit toute la terre; au deuxième, tout l’immortel espace atmosphérique; et, du troisième, il mesura tout le ciel austral. C’est ainsi que Vishnou réduisit le démon Bali à ne plus avoir d’autre habitation que l’abîme des enfers; c’est ainsi qu’ayant extirpé ce fléau des trois mondes, il en restitua l’empire au monarque du ciel.

« Cet ermitage, qui fut habité jadis par le Dieu aux œuvres saintes, reçoit très souvent mes visites par dévotion en l’ineffable nain. Voici le lieu où grâce à ton courage, héros, fils du plus grand des hommes, tu dois immoler ces deux rakshasas qui mettent des obstacles à mon sacrifice. »

Ensuite Râma, ayant habité là cette nuit avec Lakshmana et s’étant levé à l’heure où blanchit l’aube, se prosterna humblement pour saluer Viçvâmitra.

Alors ce guerrier, de qui la force ne trompe jamais, Râma, qui sait le prix du lieu, du temps et des moyens, adresse à Viçvâmitra ce langage opportun: « Saint anachorète, je désire que tu m’apprennes dans quel temps il me faut écarter ces Démons nocturnes qui jettent des obstacles dans ton sacrifice. »

Ravis de joie à ces paroles, aussitôt Viçvâmitra et tous les autres solitaires de louer Râma et de lui dire: « À partir de ce jour, il faut, Râma, que tu gardes pendant six nuits, dévoué entièrement à cette veille continue; car une fois entré dans les cérémonies préliminaires du sacrifice, il est défendu au solitaire de rompre le silence. »

Après qu’il eut écouté ces paroles des monobites à l’âme contemplative, Râma se tint là debout, six nuits, gardant avec Lakshmana le sacrifice de l’anachorète, l’arc en main, sans dormir et sans faire un mouvement, immobile, comme un tronc d’arbre, impatient de voir la nuée des rakshasas abattre son vol sur l’ermitage.

Ensuite, quand le cours du temps eut amené le sixième jour, ces fidèles observateurs des vœux, les magnanimes anachorètes dressèrent l’autel sur sa base. — Déjà, accompagné des hymnes, arrosé de beurre clarifié, le sacrifice était célébré suivant les rites; déjà la flamme se développait sur l’autel, où priait le contemplateur d’une âme attentive, quand soudain éclata dans l’air un bruit immense et tel que l’on entend le sombre nuage tonner au sein des cieux dans la saison des pluies.

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· 2 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library