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The ConsciousLibrary

Chapter 63 of 97

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À ce langage de Sîtâ, ses gardiennes sont remplies de colère: les unes s’en vont rapporter ses discours au cruel Râvana; les autres, furieuses à l’aspect épouvantable, s’approchent d’elle et recommencent à l’accabler de paroles outrageantes et même de paroles sinistres: « Ô bonheur! c’est maintenant, ignoble Sîtâ, puisque tu choisis un parti funeste; c’est maintenant que les Rakshasîs vont manger les chairs arrachées de tous les côtés sur tes membres! »

Or, en ce moment, parlait un oiseau perché sur une branche, adressant à l’affligée mainte et mainte consolation puissante; corneille fortunée, elle envoyait à la captive sa douce parole de « bonjour, » et semblait annoncer à Sîtâ la prochaine arrivée de son époux.

Le vaillant Hanoûmat entendit, sans que rien lui échappât, toutes ces paroles; le fils du Vent regarda cette reine malheureuse comme il eût regardé une Déesse elle-même au sein du Nandana; ensuite, il se mit à rouler dans son esprit mainte espèce de pensées: « Celle que les singes par milliers, par millions et par centaines de millions cherchent dans tous les points de l’espace, c’est moi, qui l’ai trouvée!

« Les convenances m’imposent de rassurer une épouse qui aspire à la vue de son époux, ce héros doué véritablement d’une âme sans mesure. Elle ne trouve pas une fin à sa douleur, elle, qui jusqu’ici n’en avait pas connu les angoisses.

« Si je m’en retourne sans avoir consolé dans son abandon cette infortunée, de qui l’âme est plongée dans la tristesse, cet oubli sera blâmé fortement comme une faute. Il m’est impossible de m’entretenir avec elle en présence de ces rôdeuses impures des nuits. Comment donc faire? se disait Hanoûmat, enfoncé dans ses réflexions. Si je ne la rassure pas entièrement aujourd’hui, elle abandonnera la vie, je ne puis en douter nullement. Et si Râma vient à me demander: « Qu’est-ce que t’a dit ma bien-aimée? » que lui répondrai-je, moi, qui n’aurai pas causé avec cette femme d’une taille ravissante? »

Il dit; et, s’étant recueilli dans ses réflexions, le singe intelligent adopte enfin cette idée:

« Je vais lui nommer Râma aux travaux infatigables, et lui parler dans un langage sanscrit, mais comme on le trouve sur les lèvres d’un homme qui n’est pas un brahme. De cette manière, je ne puis effrayer cette infortunée, de qui l’âme est allée dans sa pensée rejoindre son époux. »

Le grand singe fit tomber ces mots avec lenteur dans l’oreille de Sîtâ: « Reine, que vit naître le Vidéha, ton époux Râma te dit par ma bouche ce qu’il y a de plus heureux; et le jeune frère de ton mari, Lakshmana, le héros, te souhaite la félicité! » Quand il eut dit ces mots, Hanoûmat, le fils du Vent, cessa; et la Djanakide, à ces douces paroles, ouvrit son cœur au plaisir et se réjouit. Ensuite, elle, de qui l’âme était assiégée par les soucis, elle de lever craintive sa tête aux jolis cheveux annelés et de regarder en haut sur le çinçapâ. Tremblante alors et l’âme tout émue, la modeste Sîtâ vit, assis au milieu des branches, un singe d’un aspect aimable. À la vue du noble quadrumane posé dans une attitude respectueuse: « Ce que j’ai cru entendre n’était qu’un songe; » pensa la dame de Mithila.

Mais, ne voyant pas autre chose qu’un singe, son âme défaillit: elle resta longtemps comme une personne évanouie; et, quand elle eut enfin recouvré sa connaissance, cette femme aux grands yeux, Sîtâ de rouler ces pensées en elle-même: « C’est un songe! je me suis endormie un instant, épuisée de terreur et de chagrin; car il n’est plus de sommeil pour moi, depuis que j’ai perdu celui de qui le visage ressemble à la reine des nuits! En effet, toute mon âme s’en est allée vers lui; l’amour que je porte à mon époux égare souvent mon esprit; et, pensant à lui sans cesse, c’est lui que je vois, c’est lui que j’entends, au milieu de ma rêverie.

« … Mais quelle est donc cette chose? car un songe n’a point de corps, et c’est un corps bien manifeste qui me parle ici! Adoration soit rendue à Çiva, au Dieu qui tient la foudre, à l’Être-existant-par-lui-même! Adoration soit rendue même au Feu! S’il y a quelque chose de réel dans ce que dit là cet habitant des bois, daignent ces Dieux faire que toutes les paroles en soient véritables! »

Ensuite, Hanoûmat adressa une seconde fois la parole à Sîtâ, et, portant à sa tête les deux mains réunies, il rendit cet hommage à la Djanakide et lui dit: « Qui es-tu, femme aux yeux en pétales de lotus, à la robe de soie jaune, toi qui te tiens appuyée sur une branche de cet arbre et qui appartiens sans doute à la classe des Immortels?

« Si tu es Sîtâ la Vidéhaine, que Râvana put un jour enlever de force dans le Djanasthâna, dis-moi, noble dame, la vérité. »

Quand elle eut ouï ces paroles d’Hanoûmat, la Vidéhaine, que le nom de son époux avait remplie de joie, répondit en ces termes au grand singe, qui était venu se placer dans le milieu du çinçapâ: « Je suis la fille du magnanime Djanaka, le roi du Vidéha: on m’appelle Sîtâ, et je suis l’épouse du sage Râma. »

À ces paroles de Sîtâ, le noble singe Hanoûmat lui répondit en ces termes, l’âme partagée entre la douleur et le plaisir:

« C’est l’ordre même de Râma qui m’envoie ici vers toi en qualité de messager: Râma est bien portant, belle Vidéhaine; il te souhaite ce qu’il y a de plus heureux. Lakshmana aux longs bras, la joie de Soumitrâ, sa mère, te salue, inclinant sa tête devant toi, mais consumée par la douleur, car tu es toujours présente à la pensée de ton fils[6], comme un fils est toujours présent à la pensée de sa mère. Ce Démon, qui, un jour, dans la forêt, te fait dire ici Lakshmana par ma bouche; ce Démon, qui avait séduit tes regards, reine, sous la forme empruntée d’une gazelle ravissante au pelage d’or, mon frère aîné, qui pour moi est égal à un père, Râma aux yeux beaux comme des lotus, Râma, à qui le devoir est connu dans sa vraie nature, l’a tué avec justice en lui décochant une grande flèche aux nœuds droits.

« Mârîtcha, en tombant, a jeté son cri au loin.

« Le vertueux Lakshmana, pour te faire plaisir, obéit docilement aux paroles mordantes que tu lui fis entendre à cette occasion; car ton jeune beau-frère est pour toi, reine, toujours plein d’une respectueuse soumission… »

À ces mots, le singe de s’incliner devant elle et Sîtâ de pousser à cette vue un long et brûlant soupir: « Si tu es Râvana lui-même, qui, aidé par la puissance de la magie, vient ajouter une nouvelle douleur à mon chagrin, lui dit cette femme au visage brillant comme la lune, tu ne fais pas une belle action. Mais salut à toi, noble singe, si tu es un messager envoyé par mon époux! Je demande que tu me fasses de lui un récit qui me ravira de plaisir. Raconte-moi les vertus de mon bien-aimé Râma: tu entraînes mon âme, beau singe, comme la saison chaude emporte la rive du fleuve. Mais ceci n’est, hélas! qu’un songe! c’est un songe qui présente le singe à mes yeux! car ce rêve, il m’enivre d’une grande béatitude, et la béatitude n’est donnée à personne ici-bas.

« Oh! qu’il y a de charmes en toi, songe! puisque, dans mon triste abandon même, je te vois sous mes yeux comme un habitant des bois, qui m’est envoyé par le noble enfant de Raghou!

« Cette vision aurait-elle sa cause dans le trouble de mon esprit? est-ce délire, hallucination, folie? ou n’est-ce qu’un effet du mirage?

« Ou plutôt ce n’est pas égarement, ni délire, ou signe d’un trouble dans mon esprit: je vois bien que le singe est ici une réalité. »

Ensuite, la fille du roi Djanaka eut le désir de connaître mieux le singe, et, cette pensée conçue, la Mithilienne de lui parler en ces termes:

« Puisque tu es le messager de Râma, veuille bien encore, ô le meilleur des singes, me dire avec le secours des comparaisons quel est ce Râma, allié des singes, habitants des bois? »

À ces paroles de Sîtâ, l’auguste fils du Vent lui répondit en ces mots doux à l’oreille:

« Ce prince vertueux, qui a l’énergie de la vérité, qui est le Devoir même incarné, qui trouve son plaisir dans le bonheur de toutes les créatures, qui est le défenseur et le donateur de tous les biens, vigoureux comme le vent, invincible comme le grand Indra, aimé du monde comme la lune et resplendissant comme le soleil; ce roi, chéri de tout l’univers, semblable à Kouvéra, et qui possède autant de courage qu’il en est dans Vishnou à la force immense; ce monarque, sur la bouche duquel réside la vérité; ce Râma à la voix douce comme celle de Vrihaspati, et beau, joli, charmant comme l’Amour, qui s’est revêtu d’un corps; ce magnanime, qui a dompté la colère en lui-même, c’est le plus intrépide guerrier et le plus grand héros du monde! Sous l’ombre de son bras l’univers entier repose, et, dans un prochain combat il va tuer de ses dards enflammés de fureur, comme des serpents gonflés de leurs poisons, ce Râvana par qui tu fus enlevée de ton ermitage vide, un jour qu’il en eut fait écarter ce vigoureux fils de Raghou, sous les apparences mensongères d’une gazelle! Tu verras donc bientôt ce méchant goûter le fruit de son action! Envoyé par ton époux, je me présente ici devant tes yeux en qualité de son messager: ta séparation d’avec lui brûle son cœur de chagrin; il te souhaite une bonne santé!

« Sous peu de temps, accompagné de Lakshmana et de Sougrîva, tu verras venir ici ton Râma au milieu des singes par dix millions comme Indra au milieu des Maroutes. Je suis le singe appelé Hanoûmat, le conseiller de Sougrîva et le messager de Râma, ce héros infatigable et ce lion des rois. J’ai franchi la grande mer et je suis entré dans la cité de Lankâ.

« Je ne suis pas ce que tu penses, reine: abandonne ce doute, crois-en ma parole, Mithilienne, car jamais un mensonge n’a souillé ma bouche. »

« Comme tu ne vois en moi qu’un singe, c’est évident! et non pas autre chose, reçois donc cet anneau, sur lequel est écrit le nom de Râma; car il me fut donné par ce magnanime comme un signe qui devait m’accréditer.

« Râma sur cet anneau d’or, auguste reine, a gravé lui-même ces mots: « D’or, d’or, d’or! »

Les membres palpitants de joie et la face baignée de larmes, la royale captive reçut alors cet anneau et le mit sur sa tête. À peine entendues les paroles que Râma lui envoyait, à peine vu l’anneau, elle versa de ses yeux noirs et charmants l’eau dont la source est dans la joie. Son visage pur aux belles dents et doué avec les dons les plus charmants parut comme l’astre des nuits, quand son disque sort affranchi de la gueule du serpent Râhou.

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· 13 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library