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The ConsciousLibrary

Chapter 52 of 57

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41. — On obtient la délivrance par la vue des Vérités Saintes; à quoi bon la vue de la Vacuité56? » — Parce que, d’après l’Écriture, la Bodhi ne s’obtient pas en dehors de ce chemin.

42. — Mais le Mahâyâna n’est pas prouvé. — Et vos propres Écritures, comment le sont-elles? — Parce que nous les admettons tous deux. — Elles n’étaient donc pas prouvées avant vous!

43. La croyance que vous avez en vos Écritures, vous devez l’avoir dans le Mahâyâna. Et si l’authenticité dépend de l’adhésion des incrédules, il en résulte l’authenticité du Veda et autres textes brahmaniques.

44. — Les Mahâyânistes sont en désaccord! — Alors, abandonnez vos propres Écritures; car chaque secte est en désaccord non seulement avec les incrédules, mais avec ses propres adhérents et ceux des autres sectes.

45. La religion a pour racine la vie monastique. Or, la vie monastique est, comme le Nirvâṇa lui-même, difficile pour ceux dont l’esprit repose sur un objet.

46. Si la délivrance résulte de la destruction des passions, elle devrait la suivre immédiatement: or nous voyons que ceux en qui les passions sont détruites sont capables d’actes sans passion.

47. Si on soutient que la Soif, l’Attachement n’existe plus pour eux, nous le nions: n’y a-t-il pas une Soif, comme une erreur, exempte de passion?

48. La Soif a pour origine la sensation: or la sensation se rencontre chez les saints. La pensée, ayant un objet, doit s’attacher çà et là.

49. Sans la Vacuité, la pensée entravée se reproduit toujours, témoin l’extase inconsciente. Donc, cultivons la Vacuité.

5357. Mais, dira-t-on, si les entraves de l’attachement et de la peur ont pour effet de maintenir les êtres dans le cercle des transmigrations, le seul fruit de la Vacuité est de les y faire rester par l’illusion de sauver les malheureuses créatures.

54. Cette critique contre la Vacuité n’est pas fondée. Donc il faut sans hésitation cultiver la Vacuité.

55. La Vacuité est l’antidote de la cécité mentale causée par la passion et par la croyance au connaissable. Comment ne pas la cultiver au plus vite, si on désire l’omniscience?

56. Qu’on craigne ce qui cause la douleur, soit! Mais la Vacuité apaise la douleur. Pourquoi la craindre?

Contre les matérialistes.57. Qu’on ait peur de ceci ou de cela, tant qu’on croit que le moi est quelque chose, soit! Mais celui qui se dit: « Je ne suis rien »; que peut-il craindre?

58-60. Je ne suis pas les dents, les cheveux, les ongles, les os, le sang, le mucus, le phlegme, le pus, la salive, la graisse, la sueur, la lymphe, les viscères… les excréments, l’urine, les tendons, la chaleur, les ouvertures du corps, les six perceptions.

Contre le Sâṃkhya.61. Si la connaissance auditive était le moi, le son serait constamment perçu. D’autre part, en l’absence d’objet connaissable, comment parler de connaissance?

62. Si on attribue la connaissance à ceux qui ne connaissent pas, alors une bûche sera « connaissance ». Donc il est établi qu’il n’y a pas de connaissance sans un objet connaissable.

63. Pourquoi le moi, au moment où il perçoit la forme, n’entend-il pas le son? Parce qu’il n’est pas en rapport avec le son, dira-t-on. Mais alors il n’est pas connaissance auditive.

64-65a. Ce qui a pour nature de percevoir le son, comment percevrait-il la forme? Le même homme est, il est vrai, imaginé comme père et fils, mais non au point de vue de la vérité vraie.

Si vous n’admettez en réalité que les trois Guṇas, il n’y a ni père ni fils.

65b-66a — Quand le moi est en train de percevoir le son, sa nature de perception visuelle ne se constate pas. C’est en effet par une autre nature qu’il perçoit la forme: il est momentané, comme un acteur qui change de rôle.

66b. — Donc, selon vous, c’est bien le même moi qui perçoit, mais il a une autre nature. Voilà une unité sans précédent!

67. Direz-vous que cette « autre nature » est irréelle? Alors dites-nous quelle est sa nature réelle. Est-ce sa faculté de connaître? Alors tous les hommes sont une seule et même chose!

68. Et même il faudra admettre l’unité des êtres conscients et inconscients, puisqu’ils ont en commun l’existence. Si les différences spécifiques sont déclarées irréelles, quel est le support de l’identité?

Contre le Nyâya.69. Le moi n’est pas inconscient par naturelle inconscience, comme une étoffe, etc. — Il est conscient, dira-t-on, par suite de son union avec la conscience. — Alors dès qu’il est privé de conscience, il est détruit!

70. Vous répliquez que le moi est immuable. Alors, quel est l’effet produit par son union avec la conscience?

À l’espace inconscient et immuable, on pourrait attribuer aussi la qualité de moi!

71. Mais, dira-t-on, le rapport de l’acte au fruit est impossible sans le moi. Si l’auteur de l’acte disparaît après l’avoir accompli, à qui écherra le fruit?

72. Nous sommes d’accord sur ce point que l’acte et le fruit ont un support différent. Vous prétendez d’autre part que le moi est inactif: la discussion est donc superflue.

73. « C’est l’auteur de l’acte qui en recueille le fruit. » Voilà qui n’est pas évident! Si le Buddha a dit que l’auteur de l’acte était le dégustateur du fruit, c’est en attribuant une unité fictive à la série des phénomènes.

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9 · 2 · Entering the Way of the Bodhisattva (Bodhicaryāvatāra) — Śāntideva · The Conscious Library