Chapter 53 of 57
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74. Ni la pensée passée, ni la pensée future ne peuvent être le moi, car elles n’existent pas. La pensée présente sera-t-elle le moi? Mais alors, cette pensée disparaissant, il n’y a plus de moi.
75. De même que la tige du bananier, décomposée en ses parties, n’existe pas, de même le moi, poursuivi avec critique, est reconnu comme un pur néant.
76. — Si l’individu n’existe pas, sur quoi s’exerce la compassion? — Il est imaginé par une illusion qu’on adopte en vue du but à atteindre.
77. — Le but de qui, puisque l’individu n’existe pas? — Il est vrai que l’effort procède de l’illusion; mais, comme elle a pour but l’apaisement de la douleur, l’illusion du but n’est pas interdite.
78. Le sentiment du moi, au contraire, est cause de douleur et s’accroît par l’illusion du moi; et comme il ne peut être aboli autrement, il faut cultiver l’idée de l’inexistence du moi.
Contre le Hînayâna.79-80. Le corps n’est pas les pieds, les jambes, les cuisses, les hanches, le ventre, le dos, la poitrine, les bras, les mains, les côtés, les aisselles, les épaules, le cou, la tête. Qu’est-ce que le corps?
81. Si le corps se trouve partiellement dans tous les membres, ce sont des parties qui se trouvent dans des parties: mais le corps lui-même, où est-il?
82. Et s’il se trouve tout entier dans chaque membre, il y aura autant de corps qu’il y a de membres.
83. Le corps n’est ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Comment serait-il dans les membres? Il n’est pas non plus en dehors des membres. Comment donc existe-t-il?
84. Donc il n’y a pas de corps. Mais, par suite d’une illusion, l’idée de corps est attribuée aux membres par une sorte d’implication, comme celle d’homme à un poteau.
85. Tant que dure une certaine réunion de causes, le corps est considéré comme un homme; de même, tant que cette réunion de causes dure dans les membres, on y voit un corps.
86. De même il n’y a pas de pied: c’est une réunion d’orteils. L’orteil n’est qu’un groupe de phalanges; la phalange est formée de parties.
87. Les parties à leur tour sont composées d’atomes, l’atome se divise en six sections correspondant aux points cardinaux; chaque section étant indivisible n’est que l’espace vide. Donc il n’y a pas d’atome.
88. Ainsi la forme est semblable à un rêve: quel homme sage voudrait s’y attacher? Et puisque le corps n’existe pas, qu’est-ce que l’homme ou la femme?
89. Si la douleur existe réellement, pourquoi n’affecte-t-elle pas ceux qui sont dans la joie? Pourquoi le plaisir d’un aliment savoureux laisse-t-il insensible celui qui est en proie au chagrin?
90. Dira-t-on que le plaisir ou la douleur n’est pas senti parce qu’il est éclipsé par une sensation plus forte? Mais comment appeler sensation ce qui a pour caractère de n’être pas senti?
91. Alléguera-t-on que la douleur est à l’état subtil et que son état développé lui a été ravi par une sensation plus forte? Mais il se peut que l’autre sensation ne soit que du plaisir pur réduit aussi à l’état subtil.
92. Si la douleur n’apparaît pas en présence d’une cause contraire, n’en résulte-t-il pas que ce qu’on appelle « sensation » n’est qu’un parti pris de l’imagination?
93. C’est pourquoi la présente critique est développée comme l’antidote de ce parti pris. Car les yogins ont pour unique aliment les contemplations nées dans le champ de l’imagination.
94. [La sensation étant définie comme un effet du contact], si l’organe et son objet sont séparés par un intervalle, comment entreraient-ils en contact? Et s’ils n’ont aucun intervalle, ils forment une unité: comment parler de conjonction?
95. Il ne peut s’agir d’une pénétration de l’atome; car l’atome, ne présentant ni vide ni inégalité, ne peut être pénétré. S’il n’y a pas pénétration, il n’y a pas mélange; s’il n’y a pas mélange, il n’y a pas contact.
96. Comment s’opérerait le contact de ce qui est sans parties? S’il y a des exemples d’indivisibilité dans le contact, montrez-les!
97. La conscience, étant sans forme, ne peut entrer en contact. Les corps ne le peuvent pas davantage, puisqu’ils ne sont pas réels, comme on l’a démontré.
98-99. Or en l’absence de contact, comment la sensation serait-elle possible? Mais alors dans quel but notre effort? D’où viendrait la souffrance et qui peut-elle atteindre? Puisqu’il n’y a ni sujet sentant, ni sensation, pourquoi, ô Soif, en présence de cette situation, ne te dissipes-tu pas?
100. On voit, on touche: mais la sensation est fonction de la pensée, qui elle-même est semblable à une illusion ou à un rêve; donc la sensation n’existe pas.
101. La connaissance antérieure ou postérieure est un souvenir et non une sensation. Elle ne se perçoit pas elle-même et n’est pas perçue par une autre.
102. Il n’existe pas de sujet de la sensation: donc la sensation n’a pas d’existence réelle. Tout ce faisceau étant sans substance, qui peut être opprimé par lui?
103. Le sens interne n’est ni dans les organes des sens, ni dans leurs objets, ni dans l’intervalle. La pensée ne se rencontre ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du corps, ni ailleurs.
104. Ce qui n’est ni dans le corps, ni ailleurs, ni combiné, ni isolé, cela n’est rien. C’est pourquoi les êtres sont, par nature, en état de Parinirvâṇa.
105-106. Si la connaissance est antérieure au connaissable, quel est son point d’appui pour naître? Si elle est simultanée, quel est-il encore? Et si elle est postérieure, d’où viendrait la connaissance? Ainsi la production de tous les phénomènes psychiques est impossible.
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