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Chapter 53 of 143

CHAPITRE V,

1. Le Philosophe dit que Kong-tchi-tchang (un de ses disciples) pouvait se marier, quoiqu'il fût dans les prisons, parce qu'il n'était pas criminel; et il se maria avec la fille du Philosophe.

Le Philosophe dit à Nan-young (un de ses disciples) que si le royaume était gouverné selon les principes de la droite raison, il ne serait pas repoussé des emplois publics; que si, au contraire, il n'était pas gouverné par les principes de la droite raison, il ne subirait aucun châtiment: et il le maria avec la fille de son frère aîné.

2. Le Philosophe dit que Tseu-tsien (un de ses disciples) était un homme d'une vertu supérieure. Si le royaume de Lou ne possédait aucun homme supérieur, où celui-ci aurait-il pris sa vertu éminente?

3. Tseu-koung fit une question en ces termes: Que pensez-vous de moi? Le Philosophe répondit: Vous êtes un vase.—Et quel vase? reprit le disciple.—Un vase chargé d'ornements[29], dit le Philosophe.

4. Quelqu'un dit que Young (un des disciples de KHOUNG-TSEU) était plein d'humanité, mais qu'il était dénué des talents de la parole. Le Philosophe dit: A quoi bon faire usage de la faculté de parler avec adresse? Les discussions de paroles que l'on a avec les hommes nous attirent souvent leur haine. Je ne sais pas s'il a les vertus de l'humanité; pourquoi m'informerais-je s'il sait parler avec adresse?

5. Le Philosophe pensait à faire donner à Tsi-tiao-kaï (un de ses disciples) un emploi dans le gouvernement. Ce dernier dit respectueusement à son maître: Je suis encore tout à fait incapable de comprendre parfaitement les doctrines que vous nous enseignez. Le Philosophe fut ravi de ces paroles.

6. Le Philosophe dit: La voie droite (sa doctrine) n'est point fréquentée. Si je me dispose à monter un bateau pour aller en mer, celui qui me suivra, n'est-ce pas Yeou (surnom de Tseu-lou)? Tseu-lou, entendant ces paroles, fut ravi de joie. Le Philosophe dit: Yeou, vous me surpassez en force et en audace, mais non en ce qui consiste à saisir la raison des actions humaines.

7. Meng-wou-pe (premier ministre du royaume de Lou) demanda si Tseu-lou était humain. Le Philosophe dit: Je l'ignore. Ayant répété sa demande, le Philosophe répondit: S'il s'agissait de commander les forces militaires d'un royaume de mille chars, Tseu-lou en serait capable; mais je ne sais pas quelle est son humanité.

—Et Kieou, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Kieou? s'il s'agissait d'une ville de mille maisons, ou d'une famille de cent chars, il pourrait en être le gouverneur: je ne sais pas quelle est son humanité.

—Et Tchi (un des disciples de KHOUNG-TSEU), qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Tchi, ceint d'une ceinture officielle, et occupant un poste à la cour, serait capable, par son élocution fleurie, d'introduire et de reconduire les hôtes: je ne sais pas quelle est son humanité.

8. Le Philosophe interpella Tseu-koung, en disant: Lequel de vous, ou de Hoeï, surpasse l'autre en qualités? [Tseu-koung] répondit avec respect: Moi Sse, comment oserais-je espérer d'égaler seulement Hoeï? Hoeï n'a besoin que d'entendre une partie d'une chose pour en comprendre de suite les dix parties; moi Sse, d'avoir entendu cette seule partie, je ne puis en comprendre que deux [sur dix].

Le Philosophe dit: Vous ne lui ressemblez pas; je vous accorde que vous ne lui ressemblez pas.

9. Tsaï-yu se reposait ordinairement sur un lit pendant le jour. Le Philosophe dit: Le bois pourri ne peut être sculpté; un mur de boue ne peut être blanchi; à quoi servirait-il de réprimander Yu?

Le Philosophe dit: Dans le commencement de mes relations avec les hommes, j'écoutais leurs paroles, et je croyais qu'ils s'y conformaient dans leurs actions. Maintenant, dans mes relations avec les hommes, j'écoute leurs paroles, mais j'examine leurs actions. Tsaï-yu a opéré en moi ce changement.

10. Le Philosophe dit: Je n'ai pas encore vu un homme qui fût inflexible dans ses principes. Quelqu'un lui répondit avec respect: Et Chin-tchang? Le Philosophe dit: Chang est adonné au plaisir; comment serait-il inflexible dans ses principes?

11. Tseu-koung dit: Ce que je ne désire pas que les hommes me fassent, je désire également ne pas le faire aux autres hommes. Le Philosophe dit: Sse, vous n'avez pas encore atteint ce point de perfection.

12. Tseu-koung dit: On peut souvent entendre parler notre maître sur les qualités et les talents nécessaires pour faire un homme parfaitement distingué; mais il est bien rare de l'entendre discourir sur la nature de l'homme et sur la raison céleste.

13. Tseu-lou avait entendu (dans les enseignements de son maître) quelque maxime morale qu'il n'avait pas encore pratiquée; il craignait d'en entendre encore de semblables.

14. Tseu-koung fit une question en ces termes: Pourquoi Khoung-wen-tseu est-il appelé lettré, ou d'une éducation distinguée (wen)? Le Philosophe dit: Il est intelligent, et il aime l'étude; il ne rougit pas d'interroger ses inférieurs (pour en recevoir d'utiles informations); c'est pour cela qu'il est appelé lettré ou d'une éducation distinguée.

15. Le Philosophe dit que Tseu-tchan (grand de l'État de Tching) possédait les qualités, au nombre de quatre, d'un homme supérieur; ses actions étaient empreintes de gravité et de dignité; en servant son supérieur, il était respectueux; dans les soins qu'il prenait pour la subsistance du peuple, il était plein de bienveillance et de sollicitude; dans la distribution des emplois publics, il était juste et équitable.

16. Le Philosophe dit: Ngan-ping-tchoung (grand de l'État de Thsi) savait se conduire parfaitement dans ses relations avec les hommes; après un long commerce avec lui, les hommes continuaient à le respecter.

17. Le Philosophe dit: Tchang-wen-tchoung (grand du royaume de Lou) logea une grande tortue dans une demeure spéciale, dont les sommités représentaient des montagnes, et les poutres des herbes marines. Que doit-on penser de son intelligence?

18. Tseu-tchang fit une question en ces termes: Le mandarin Tseu-wen fut trois fois promu aux fonctions de premier ministre (ling-yin) sans manifester de la joie, et il perdit par trois fois cette charge sans montrer aucun regret. Comme ancien premier ministre, il se fit un devoir d'instruire de ses fonctions le nouveau premier ministre. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit qu'elle fut droite et parfaitement honorable. [Le disciple] reprit: Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] répondit: Je ne le sais pas encore: pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?

Tsouï-tseu (grand du royaume de Thsi), ayant assassiné le prince de Thsi, Tchin-wen-tseu (également grand dignitaire, ta-fou, de l'État de Thsi), qui possédait dix quadriges (ou quarante chevaux de guerre), s'en défit, et se retira dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Il s'éloigna de là, et se rendit dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit encore: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Et il s'éloigna de nouveau. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit: Il était pur.—Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] dit: Je ne le sais pas encore; pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?

19. Ki-wen-tseu (grand du royaume de Lou) réfléchissait trois fois avant d'agir. Le Philosophe ayant entendu ces paroles, dit: Deux fois peuvent suffire.

20. Le Philosophe dit: Ning-wou-tseu (grand de l'État de Weï), tant que le royaume fut gouverné selon les principes de la droite raison, affecta de montrer sa science; mais, lorsque le royaume ne fut plus dirigé par les principes de la droite raison, alors il affecta une grande ignorance. Sa science peut être égalée; sa [feinte] ignorance ne peut pas l'être.

21. Le Philosophe étant dans l'État de Tchin s'écria: Je veux m'en retourner! je veux m'en retourner! les disciples que j'ai dans mon pays ont de l'ardeur, de l'habileté, du savoir, des manières parfaites; mais ils ne savent pas de quelle façon ils doivent se maintenir dans la voie droite.

22. Le Philosophe dit: Pe-i et Chou-tsi[30] ne pensent point aux fautes que l'on a pu commettre autrefois [si l'on a changé de conduite]; aussi il est rare que le peuple éprouve des ressentiments contre eux.

23. Le Philosophe dit: Qui peut dire que Weï-sang-kao était un homme droit? Quelqu'un lui ayant demandé du vinaigre, il alla en chercher chez son voisin pour le lui donner.

24. Le Philosophe dit: Des paroles fleuries, des manières affectées, et un respect exagéré, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU (petit nom du Philosophe) j'en rougis également. Cacher dans son sein de la haine et des ressentiments en faisant des démonstrations d'amitié à quelqu'un, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU, j'en rougis également.

25. Yen-youan et Ki-lou étant à ses côtés, le Philosophe leur dit: Pourquoi l'un et l'autre ne m'exprimez-vous pas votre pensée? Tseu-lou dit: Moi, je désire des chars, des chevaux, des pelisses fines et légères, pour les partager avec mes amis. Quand même ils me les prendraient, je n'en éprouverais aucun ressentiment.

Yen-youan dit: Moi, je désire de ne pas m'enorgueillir de ma vertu ou de mes talents, et de ne pas répandre le bruit de mes bonnes actions.

Tseu-lou dit: Je désirerais entendre exprimer la pensée de notre maître. Le Philosophe dit: Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos; aux amis et à ceux avec lesquels on a des relations, conserver une fidélité constante; aux enfants et aux faibles, donner des soins tout maternels[31].

26. Le Philosophe dit: Hélas! je n'ai pas encore vu un homme qui ait pu apercevoir ses défauts et qui s'en soit blâmé intérieurement.

27. Le Philosophe dit: Dans un village de dix maisons, il doit y avoir des hommes aussi droits, aussi sincères que KHIEOU (lui-même); mais il n'y en a point qui aiment l'étude comme lui.

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CHAPITRE V, · The Four Books (Sishu) — Confucius · The Conscious Library