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Chapter 35 of 97

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Celui-ci entra donc, promenant ses yeux partout dans l’ermitage de l’homme aux œuvres saintes, tout rempli de gazelles familières. Alors, environné de ses disciples, tous vêtus de valkalas tissus d’écorce et portant des manteaux de peaux noires, le grand anachorète s’avança hors de la chapelle. À l’aspect de cet Agastya, le plus excellent des solitaires, qui soutenait le poids d’une cruelle pénitence et flamboyait comme le feu, Râma dit à Lakshmana: « C’est Agni, c’est Lunus, c’est le Devoir éternel qui sort du Sanctuaire et vient au-devant de nous, arrivés dans son temple.

« Oh! que de lumière dans ce nimbe du bienheureux! » À ces mots, le noble Daçarathide s’avança, et, comblé de joie, il prit avec sa belle Vidéhaine et Lakshmana les pieds du rishi dans ses mains: puis, s’étant incliné, il se tint devant lui, ses mains jointes, comme il seyait à la civilité.

Alors, quand l’anachorète eut baisé sur la tête le pieux Raghouide courbé respectueusement: « Assieds-toi! » lui dit cet homme à la bien grande pénitence; et, quand il eut honoré son hôte d’une manière assortie aux convenances et suivant l’étiquette observée à l’égard des Immortels, l’ermite Agastya lui tint ce langage: « Râma, je suis charmé de toi, mon fils! je suis content, Lakshmana, que vous soyez venus tous deux avec Sîtâ me présenter vos hommages. Fils de Raghou, la fatigue n’accable-t-elle point ta chère Vidéhaine? En effet, Sîtâ est d’un corps bien délicat, et jamais elle n’avait quitté ses plaisirs.

« En s’exilant au milieu des forêts à cause de toi, elle fait une chose bien difficile; car faiblesse et crainte, ce fut toujours la nature des femmes. »

À ces mots du solitaire, le héros de Raghou, fort comme la vérité, de joindre ses deux mains et de répondre au saint en ces paroles modestes: « Je suis heureux, je suis favorisé du ciel, moi, de qui les bonnes qualités, réunies aux vertus de mon épouse et de mon frère, ont satisfait le plus éminent des anachorètes et lui inspirent une joie si grande. Mais indique-moi un lieu aux belles ondes, aux nombreux bocages, où je puisse vivre heureux et content sous le toit d’un ermitage que j’y bâtirai. »

Ouï ce pieux langage du pieux Raghouide, le plus saint des anachorètes, le Devoir même en personne, le sage Agastya réfléchit un instant et lui répondit en ces mots d’une grande sagesse: « À deux yodjanas d’ici, Râma, il est un coin de terre, nommé Pantchavatî, lieu fortuné, aux limpides eaux, riche de fruits doux et de succulentes racines. Vas-y, construis là un ermitage et habite-le avec ton frère le Soumitride, observant la parole de ton père telle qu’il te l’a dite. Ton histoire m’est connue entièrement, jeune homme sans péché, grâces au pouvoir acquis par ma pénitence non moins qu’à mes liens d’amitié avec Daçaratha.

« Tu vois ce grand bois de bassins à larges feuilles: il vous faut marcher au septentrion de cette forêt et diriger vos pas vers ce banian. De là, quand vous serez parvenus sur les hauteurs de cette montagne, qui n’en est pas très-loin, vous y trouverez ce lieu, qu’on appelle la Pantchavatî, bocage fleuri d’une manière toute céleste. »

Aussitôt Râma, auquel Agastya avait tenu ce langage, de lui rendre avec Lakshmana les honneurs dus et d’offrir tous deux leurs adieux au solitaire, de qui la bouche était celle de la vérité. Puis, l’un et l’autre Kakoutsthide, ayant reçu congé de lui, se prosternent à ses pieds et partent avec Sîtâ, impatients d’arriver au lieu qu’ils doivent habiter.

Or, dans ces entrefaites, le grand vautour, fameux sous le nom de Djatâyou, s’approcha du pieux Raghouide en marche vers Pantchavatî, et, d’une voix gracieuse, douce, affectueuse: « Mon enfant, lui dit-il, apprends que je suis l’ami du roi Daçaratha, auquel tu dois le jour. » Le noble exilé, sachant qu’il était l’ami de son père, lui rendit ses hommages et lui demanda, plein de modestie, s’il jouissait d’une santé prospère. Ensuite Râma lui dit, stimulé par la curiosité: « Raconte-moi ton origine, mon ami; dis-moi quelle est ta race et ta lignée. »

À ces mots, le plus éminent des oiseaux: « Çyénî mit au monde une fille avec d’autres enfants mâles: elle fut nommée Vinatâ, et d’elle naquirent deux fils, Garouda et le cocher du soleil, Arouna.

« Je suis né de ce Garouda avec mon frère aîné Sampâti: sache, dompteur invincible des ennemis, que je suis Djatâyou, le petit-fils de Çyénî. Je serai, si tu le désires, ton fidèle compagnon; et je défendrai Sîtâ dans ces bois, quand Lakshmana et toi vous serez absents. »

« Soit! dit le prince anachorète, accueillant son offre; puis il embrassa joyeux ce roi des volatiles, car il avait ouï raconter mainte et mainte fois l’amitié de son père avec Djatâyou. Alors ce héros, plein de vigueur, ayant confié Sîtâ la Mithilienne à sa garde, continua de marcher vers l’ermitage de Pantchavatî en compagnie de l’oiseau Djatâyou à la force sans mesure.

Quand Râma eut mis le pied dans la Pantchavatî, repaire des animaux carnassiers de toutes les sortes, il dit à Lakshmana, son frère, à la splendeur enflammée:

« Voici un lieu joli, fortuné, couvert de jeunes arbres tout en fleurs: veuille bien nous bâtir ici, bel ami, un ermitage comme il faut! Non loin se montre, festonnée de lotus aux senteurs les plus douces et brillants à l’égal du soleil, cette pure et charmante rivière de Godâvarî, pleine d’oies et de canards, embellie par des cygnes et troublée çà et là par ces troupeaux de gazelles, à moyenne distance.

« Cette forêt est pure, elle est charmante, elle a mille qualités! Fils de Soumitrâ, nous habiterons ici avec l’oiseau, notre compagnon. »

À ces mots, Lakshmana eut bientôt fait à son frère une très-jolie chaumière de sa main, qui terrasse les héros des ennemis. Intelligent ouvrier, il bâtit pour le noble héritier de Raghou une grande cabane de feuillages charmante, jolie à voir, tout à fait ravissante. Ensuite, le beau Lakshmana descendit à la rivière de Godâvarî, se baigna, y cueillit des fleurs et se hâta de revenir.

Alors, quand il eut consacré une offrande de fleurs et sacrifié dans le feu suivant les rites, il fit voir l’ermitage construit au noble enfant de Raghou. Celui-ci vint avec Sîtâ, vit la hutte de feuilles, délicieux ermitage, et cette vue lui causa une joie suprême. Dans son enchantement, il étreignit Lakshmana de ses deux bras, et lui tint ce langage doux, ravissant l’âme et débordant même d’une vive affection: « Je suis charmé que tu aies déjà fait un si grand ouvrage: reçois donc maintenant cet embrassement de moi comme un présent d’amitié. Nos ancêtres, mon ami, seront tous sauvés par toi, bon fils, instruit dans le devoir, la reconnaissance et la vertu. »

Après qu’il eut parlé en ces termes à Lakshmana, de qui l’attachement redoublait sa félicité, le héros équitable de Raghou, en compagnie de son épouse et de son frère, habita quelque temps ces lieux riches de fruits et parés de fleurs, comme un second Indra au sein d’un autre paradis.

Tandis que le pieux Daçarathide coulait dans la forêt de pénitence une vie heureuse, l’automne expira et l’hiver amena sa bien-aimée saison. Un jour, s’étant levé pour ses ablutions au temps où les clartés du matin commencent à blanchir la nuit, il descendit à la rivière de Godâvarî. Le fils de Soumitrâ, son frère, le front incliné, une cruche à la main, le suivait par derrière avec Sîtâ: « Voici arrivée, seigneur, dit alors celui-ci, une saison qui te fut toujours agréable, où l’année brille, comme parée de ses plus nombreuses qualités.

« Il gèle; le vent est âpre, la terre est couverte de fruits; les eaux ne donnent plus de plaisir et le feu est agréable. C’est le temps où ceux qui mangent de l’offrande, quand ils ont honoré les Dieux et les Mânes avec un sacrifice de riz nouveau, sont tous lavés de leurs souillures.

« Nos jours s’écoulent aimables, purs, d’un pied hâté: ils ont des passages difficiles, qu’on traverse avec peine le matin, mais ils sont pleins de charme, quand le temps amène le milieu du jour. Maintenant, frappées d’un soleil sans chaleur, couvertes de gelée blanche, frissonnantes d’un vent froid et piquant, l’éclat des neiges tombées la nuit fait briller au matin les forêts désertes.

« Le soleil, qui se lève au loin et dont les rayons nous arrivent, enveloppés de la neige ou des brumes, apparaît maintenant sous l’aspect d’une autre lune. Sa chaleur, insensible au matin, paraît douce au toucher vers le milieu du jour; et, sur le soir, il se colore d’une rouge qui tourne légèrement à la pâleur.

« Dans la ville, en ce moment, par attachement pour toi, Bharata, consumé de sa douleur, Bharata, le Devoir même en personne, se livre à de pénibles mortifications. Abandonnant et son trône, et les voluptés, et toutes les choses des sens, se frustrant même de nourriture, ce noble pénitent couche sur la froide surface de la terre. Sans doute, environné des sujets, que leur dévouement rassemble autour de lui, il se rend à cette heure même au fleuve Çarayoû, mais son cœur s’élance vers cette rive où nous sommes, pour y faire avec nous ses ablutions.

« L’homme n’imite point les exemples que lui donne son père, mais le modèle qu’il trouve dans sa mère, » dit un adage répété de bouche en bouche dans l’univers: la conduite que Bharata mène est à rebours du proverbe. Comment, roi des enfants de Manou, comment Kêkéyî, notre mère, elle, qui a pour fils le vertueux Bharata, elle, qui eut pour époux Daçaratha, peut-elle être ce qu’elle est? »

Dans le temps que sa tendre amitié inspirait ces paroles au juste Lakshmana, son frère, de qui l’âme fuyait toujours la médisance, l’interrompit en ces termes: « Tu ne dois pas, mon ami, infliger ton blâme devant moi à cette mère, qui tient le milieu entre les nôtres: ne parle ici que de Bharata, le noble chef des Ikshwâkides. »

Tandis qu’il parlait ainsi, le Kakoutsthide arriva sur les bords de la Godâvarî: il accomplit dans cette rivière ses ablutions avec son jeune frère et son épouse.

Quand il eut, suivant les rites, satisfait d’une libation les Dieux et les Mânes, il adora avec elle et Lakshmana le soleil, qui se levait à l’horizon.

Dès que Râma eut terminé ses ablutions avec son épouse et le fils de Soumitrâ, il quitta cette rive de la Godâvarî et revint à son ermitage. Là donc, assis dans sa chaumière, entre Sîtâ et Lakshmana, son frère, il s’entretint avec eux sur différentes matières. Tandis que ce magnanime causait avec le Soumitride, le roi des vautours se présenta et dit ces paroles au noble fils de Raghou:

« Héros à la grande fortune, à la grande force, aux grands bras, au grand arc, je te dis adieu, ô le meilleur des hommes; je retourne en ma demeure. Il te faut apporter ici une continuelle attention à l’égard de tous les êtres, fils de Raghou! j’ai envie, vaillant meurtrier des ennemis, j’ai envie de revoir mes parents et mes amis. Quand j’aurai vu tous ceux que j’aime, ô le plus grand des hommes, je reviendrai, s’il te plaît; je te le dis en vérité. »

À ces mots, Râma et Lakshmana de répondre au monarque des oiseaux: « Va donc, ô le meilleur des volatiles, mais à la condition de revenir bientôt nous voir. » Quand le roi des vautours fut parti, le fils de Raghou à l’aspect aimable revint à son toit de feuillage et rentra dans sa chaumière avec Sîtâ.

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· 35 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library