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The ConsciousLibrary

Chapter 9 of 57

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62. Tu hais, dis-tu, ton diffamateur parce qu’il cause la perte de ceux [qu’il excite contre toi]; pourquoi donc ne t’irrites-tu pas de même contre le calomniateur d’autrui?

63. Tu pardonnes aux malveillants dont l’aversion est l’effet de la médisance d’autrui: et tu ne pardonnes pas au médisant qui obéit à ses passions!

64. Ceux qui détruisent et outragent les statues, les stûpas, la doctrine, ne méritent pas ma haine, car les Buddhas et les saints n’en souffrent pas.

65. Si quelqu’un maltraite nos maîtres, nos parents, ceux que nous aimons, refrénons notre colère, en considérant que c’est là l’effet des causes.

66. La souffrance des êtres est nécessairement l’œuvre d’une cause consciente ou inconsciente; elle ne se manifeste que dans un être conscient; supporte-la donc, ô mon cœur!

67. Des égarés offensent; d’autres égarés se courroucent. Qui d’entre eux dirons-nous innocent ou coupable?

68. Pourquoi as-tu fait jadis ce qui te vaut d’être à présent molesté ainsi par tes ennemis? Nous sommes tous esclaves de nos actes: qui suis-je pour faire exception à cette règle?

69. Ayant bien compris cela, je m’efforce au mérite spirituel, afin que tous soient animés de bons sentiments les uns envers les autres.

70-71. Quand une maison est en feu, on va dans la maison voisine et on en retire la paille et les autres matières inflammables auxquelles le feu pourrait s’attaquer. De même la pensée dont le contact attiserait le feu de la haine doit être éliminée à l’instant, de peur que la masse de nos mérites ne soit consumée.

72. Si un condamné à mort est mis en liberté après avoir eu la main coupée, où est le mal? Si, au prix des souffrances humaines, on échappe à l’enfer, où est le mal?

73. Si, aujourd’hui, une menue souffrance te semble intolérable, comment ne refrènes-tu pas la colère qui te vaudra les supplices de l’enfer?

74. Par l’effet de la colère, j’ai été précipité des milliers de fois dans les enfers, et cela sans profit, ni pour moi ni pour les autres.

75. Or la douleur présente est bien moindre et elle est la source d’un grand profit. Il faut se réjouir d’une douleur qui supprime la douleur du monde.

L’envie.76. Il est des hommes qui se délectent à louer les vertus d’autrui: pourquoi, ô mon cœur, ne pas y prendre plaisir, toi aussi?

77. C’est un plaisir irréprochable, délicieux, permis par les saints; c’est le meilleur moyen de gagner le prochain.

78. C’est un plaisir que tu n’aimes pas? Mais alors il faudrait avoir la même aversion pour les salaires, les aumônes, etc.; on supprimerait ainsi toutes les récompenses de ce monde et de l’autre.

79. On fait ton éloge: tu admets qu’on y prenne plaisir. On fait l’éloge d’un autre: tu ne veux pas toi-même y prendre plaisir.

80. Tu as suscité en toi la pensée de la Bodhi par désir de rendre heureux tous les êtres. Comment peux-tu t’indigner contre ceux qui se trouvent spontanément heureux?

81. Tu souhaites, dis-tu, aux êtres l’état de Buddha vénérable aux trois mondes46; et en présence de vains honneurs, tu brûles de jalousie!

82. Celui qui nourrit ceux que tu dois nourrir, celui-là te donne. Tu trouves quelqu’un pour faire vivre ta famille, et au lieu de te réjouir, tu t’irrites!

83. Que ne souhaite-t-il pas aux êtres, celui qui leur souhaite la Bodhi! D’où viendrait la pensée de la Bodhi à qui est jaloux de la prospérité des autres?

84. Si un autre religieux ne recevait pas cette aumône, elle resterait dans la maison de son bienfaiteur: dans tous les cas elle ne serait pas pour toi. Que t’importe qu’elle lui soit donnée ou non?

85. Faut-il donc qu’il écarte le fruit de ses mérites, les bontés qu’on a pour lui, ses propres qualités; qu’il refuse ce qu’on lui offre? Où s’arrêtera ta mauvaise humeur?

86. Non seulement tu ne déplores pas le mal que tu as fait, mais tu jalouses ceux qui ont fait le bien!

87-88. Si un malheur arrive à ton ennemi, pourquoi t’en réjouir? Ce n’est pas ton souhait qui a pu modifier la loi de causalité. Et fût-il réalisé par ton souhait, en quoi ce malheur peut-il faire ton bonheur? Si tu en profites, quelle perte est pire que ce profit?

89. C’est un hameçon terrible que l’envie, tendu par ces pêcheurs que sont les Passions: ils te vendront aux démons infernaux qui te feront cuire dans leurs chaudières.

90. Louanges, gloire, honneurs ne servent ni au mérite, ni à la durée de la vie, ni à la force, ni à la santé, ni au bien-être physique.

91. Or ceux-ci sont les seuls biens auxquels aspire l’homme intelligent qui connaît son intérêt. Les liqueurs, le jeu, les femmes, voilà à quoi s’attache celui qui désire les plaisirs des sens.

92. Et la gloire! Pour elle, ils sacrifient leurs biens et leur vie. Les mots sont-ils donc mangeables? Une fois mort, goûtera-t-on ce plaisir?

93. Comme un enfant, lorsque sa maison de sable est démolie, pousse des cris de détresse, ainsi m’apparaît mon cœur devant la ruine de ma réputation et de ma gloire.

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6 · 3 · Entering the Way of the Bodhisattva (Bodhicaryāvatāra) — Śāntideva · The Conscious Library