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The ConsciousLibrary

Chapter 10 of 57

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94. La louange est un son vide de pensée, dont tu ne peux dire qu’il te loue! Tu dis qu’un autre est satisfait de toi, et que telle est la cause de ta joie.

95. Qu’elle s’adresse à un autre ou à moi, que me fait cette satisfaction d’autrui? C’est lui seul qui éprouve ce plaisir, je n’en ai pas la moindre part.

96. Si je me proclame heureux de son bonheur, alors je dois l’être dans tous les cas. Pourquoi donc le bonheur qu’il trouve dans son affection pour un autre ne me cause-t-il aucun plaisir?

97. Ainsi la joie naît en moi, parce que c’est moi qu’on loue; et c’est là une conduite aussi incohérente que celle d’un enfant.

98. Les louanges ruinent à la fois la paix de l’âme et la crainte du péché; elles engendrent la jalousie à l’égard des hommes de mérite et le dépit de leur prospérité.

99. Donc ceux qui se lèvent pour détruire ma réputation n’ont pour fonction que de me préserver des enfers.

100. Les biens et les honneurs sont une chaîne qui ne convient pas à mon désir de libération; ceux qui me délivrent de cette chaîne, comment pourrais-je les haïr?

101. J’allais pénétrer dans la Douleur; ils sont comme une porte fermée placée devant moi par la providence des Buddhas: comment pourrais-je les haïr?

102. « Mais mon ennemi entrave mes bonnes œuvres! » Mauvaise excuse au ressentiment, car il n’est pas de mortification comparable à la patience, et c’est celle dont il m’offre l’occasion.

103. C’est par ma faute que je ne pratique pas la patience envers lui; c’est moi qui place l’obstacle devant la bonne œuvre mise à ma disposition.

104. Celui, en effet, sans lequel un autre n’est pas, et par lequel il existe, celui-là est la cause de l’autre: comment peut-on l’appeler obstacle?

103. Le mendiant qui se présente en temps opportun n’est pas un obstacle à l’aumône; le religieux rencontré n’est pas un obstacle à l’entrée en religion.

106. Les mendiants sont communs dans le monde, rares les offenseurs, car si je n’offense personne, personne ne m’offensera.

107. Un ennemi acquis sans effort, c’est un trésor surgi dans la maison; il doit m’être cher, cet auxiliaire de ma carrière spirituelle.

108. Nous avons droit tous deux au fruit de la patience; mais c’est à lui qu’il doit être offert le premier, puisqu’il est le premier auteur de ma patience.

109. « Mon ennemi n’a pas l’intention de perfectionner ma patience: il ne mérite donc pas que je l’honore! » Mais alors pourquoi honorer la Bonne Loi, qui n’est que la cause inconsciente de ton perfectionnement?

110. « Mais il a dessein de me nuire: je ne saurais honorer un ennemi! » Aurais-je autrement besoin de patience, par exemple, envers un médecin dévoué?

111. C’est son hostilité qui conditionne ma patience, et cette cause de ma patience, je dois l’honorer comme la Bonne Loi.

112. « Les créatures sont un champ de mérite, comme les Buddhas », a dit le Maître, car par leur dévotion aux unes comme aux autres, beaucoup ont atteint l’autre rive de la félicité.

113. C’est par les créatures, comme par les Buddhas, qu’on obtient les vertus d’un Buddha; or la vénération qu’on témoigne aux Buddhas, on la refuse aux créatures: pourquoi cette différence?

114. La grandeur de l’intention se mesure non à l’intention elle-même, mais à ses effets; les créatures ont donc une grandeur égale à celle des Buddhas, elles vont de pair avec eux.

115. La vénération qui s’attache à la bonté, voilà la grandeur des créatures; le mérite que produit la dévotion aux Buddhas, voilà la grandeur des Buddhas.

116. Les créatures sont donc semblables aux Buddhas en ce qu’elles possèdent une parcelle des vertus d’un Buddha; mais aucune n’est en réalité semblable aux Buddhas, océans de qualités dont les parcelles sont infinies.

117. Ceux-ci concentrent en eux l’essence de toutes les qualités: qu’un seul atome s’en trouve dans une créature, les trois mondes ne seraient pas pour elle un hommage suffisant.

118. Or, cette parcelle insigne, qui fait lever en nous les vertus d’un Buddha, elle est présente chez les créatures; c’est en raison de cette présence que les créatures doivent être honorées.

119. D’ailleurs, quel autre moyen avons-nous de nous acquitter envers les Buddhas, ces amis sincères, ces bienfaiteurs incomparables, que de plaire aux créatures?

120. Pour les créatures, ils déchirent leur corps, ils pénètrent dans l’enfer: ce qu’on fait pour elles, on le fait pour eux. Il faut donc faire le bien, même à nos pires ennemis.

121. Alors que mes maîtres eux-mêmes se dévouent sans réserve pour leurs enfants, comment pourrais-je, moi, témoigner à ces fils de mes maîtres de l’orgueil, au lieu d’une humilité d’esclave?

122. Les rois-buddhas se réjouissent quand les créatures sont heureuses; ils sont courroucés quand elles souffrent; ils sont satisfaits quand elles sont satisfaites; quand on les offense, ce sont les Buddhas qu’on offense.

123. Celui dont le corps est environné de flammes ne saurait goûter aucun plaisir; de même, en présence de la souffrance des êtres, les Compatissants ne peuvent éprouver aucune joie.

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6 · 4 · Entering the Way of the Bodhisattva (Bodhicaryāvatāra) — Śāntideva · The Conscious Library