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Chapter 53 of 97

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« Daigne me donner tes ordres maintenant que je suis environné de mes armées. Veuille bien me conter la chose de la manière qu’elle doit marcher. »

À ces paroles du monarque, le fils du grand Daçaratha étreignit Sougrîva dans ses bras et lui répondit en ces termes: « Que l’on sache, bel ami, si ma Vidéhaine vit ou non. Que l’on sache, monarque à la haute sagesse, en quel pays demeure le démon Râvana. Quand je connaîtrai bien l’existence de ma Vidéhaine et l’habitation de Râvana, je déploierai avec ta grandeur les moyens exigés par les circonstances. Ni Lakshmana, ni moi, ne sommes les maîtres dans cette affaire: tu es la cause qui doit ici tout mouvoir, et c’est de toi que dépend toute la chose. Ainsi, fais-moi connaître toi-même, seigneur, la part que tu m’assignes dans cette affaire. L’homme qui trouve à s’appuyer sur un ami tel qu’est ta grandeur, modeste, courageux, plein de sagesse et versé dans la distinction des choses, doit parvenir à son but, je n’en doute pas. »

À ce langage, que Râma lui tenait d’une manière accentuée d’amour, le monarque des singes appela un général de ses troupes, nommé Vinata, à la voix tonnante comme une nuée d’orage, au corps semblable à une montagne, et dit au héros quadrumane d’une épouvantable vigueur, incliné devant lui avec respect: « Fais-toi accompagner par mille kotis de rapides quadrumanes, et va, environné des plus élevés entre les singes, qui savent mener et ramener une armée, fils eux-mêmes du Soleil ou de Lunus, instruits à bien connaître les circonstances des lieux et des temps; va, dis-je, fouiller toute la contrée orientale avec les forêts, les montagnes et les eaux. Recherchez-y la Vidéhaine Sîtâ et l’habitation de Râvana dans les régions impraticables des bois, dans les cavernes et dans les forêts. »

Alors que le monarque des simiens eut expédié ces quadrumanes dans le pays du levant, il fit partir d’autres singes pour les contrées méridionales.

D’après son ordre, Târa le plus vaillant des singes, entouré de cent milliers, se dirige, avec ses éminents compagnons, qui revêtent à leur gré toutes les formes, vers les excellentes et vastes régions du sud. Le roi fit connaître à ces quadrumanes, les principaux entre les simiens, tous les pays qui, dans cette plage, offraient des chemins difficiles ou dangereux.

Sougrîva tenait en grande estime la force et la bravoure d’Hanoûmat: ce fut donc à ce quadrumane surtout, le plus excellent des singes, qu’il adressa la parole en ces termes: « Je ne vois, prince des singes, ni sur la terre, ni dans les eaux, ni dans l’atmosphère, ni dans les enfers, ni dans le séjour des Immortels, oui! je ne vois personne qui puisse mettre un obstacle à ta route. Les mondes te sont connus, grand singe, avec les Dieux, et les Gandharvas, et les Nâgas, et les Dânavas, et les mers, et les montagnes. Liberté d’allures, promptitude, force, légèreté: ces dons, héros, sont tels en toi, qu’on les voit dans ton père, le magnanime Vent.

« Sur la terre, il n’existe aucun être qui te soit égal en force: veuille donc agir de manière que la vue de Sîtâ soit rendue bientôt à nos yeux. Il y a en toi, Hanoûmat, tout courage, toute énergie, toute force, avec un art d’assouplir à ta volonté et les temps et les lieux, avec une science de gouverner dégagée de toute impéritie.

Quand le monarque eut mis sur les épaules d’Hanoûmat la charge de cette affaire, il parut s’épanouir de l’âme et des sens, comme s’il eût déjà tenu la réussite en ses mains. Aussitôt que Râma eut compris que le roi comptait sur Hanoûmat pour le succès de l’expédition, ce prince à la grande intelligence réfléchit en lui-même, et lui donna joyeux son anneau, sur lequel était gravé le caractère de son nom, pour qu’il se fît reconnaître avec ce bijou par la fille des rois: « À sa vue, la fille du roi Djanaka, noble singe, pensera que tu viens envoyé par moi, et ta vue ne pourra lui causer d’inquiétude. Car ta sagesse, tes actions illustres et ce choix dont t’honore Sougrîva, tout m’entretient déjà du succès, comme s’il était obtenu. »

Hanoûmat reçoit l’anneau et le porte à son front avec ses mains jointes; puis, quand il se fut prosterné aux pieds de Râma et de Sougrîva, le noble singe, fils du Vent, escorté de ses compagnons, prit son essor dans les airs. Semant la joie dans cette nombreuse armée de robustes hommes des bois, le fils du Vent brillait alors dans le ciel balayé des nuages, comme la lune au disque pur, environnée par les bataillons des étoiles.

Quand Sougrîva eut fait partir sous les ordres d’Hanoûmat ces quadrumanes, doués tous d’intelligence, de courage et d’une agilité égale à la rapidité même du vent, le monarque à la grande splendeur manda un chef d’une épouvantable vaillance, nommé Soushéna, le père de Târâ, et, portant ses mains réunies à ses tempes, il s’inclina devant lui, honora son illustre beau-père et lui tint ce langage: « Prête l’appui de ton aide à Râma dans la présente affaire. Entouré de cent mille singes rapides, va, mon doux seigneur, dans la contrée occidentale, où préside Varouna.

« Une fois trouvées la Vidéhaine et l’habitation de Râvana, une fois arrivés au mont Asta, revenez, après un mois écoulé. Ce temps expiré, je punirais de mort le retardataire!

« Si nous ramenons à la vue de Râma la belle Mithilienne, son épouse, nous aurons entièrement acquitté notre dette envers lui et payé d’un service le bon office qu’il nous a rendu. Je trouve dans ta grandeur un père donné par l’alliance aussi vénérable à mes yeux, Soushéna, qu’un père donné par la nature: il n’est pour moi aucun ami qui me soit égal à toi. Ainsi règle tout de telle sorte que j’aie bientôt le plaisir de te voir ici revenu après ta mission accomplie. » À peine eurent-ils entendu ce discours habile du monarque des simiens, que les singes partirent, l’âme transportée d’ardeur, sous les ordres de Soushéna, pour fouiller cette région, à laquelle préside le Dieu Varouna.

Aussitôt l’auguste suzerain de s’adresser au singe Çatabali en ces paroles utiles au pieux Râma et funestes au démon Râvana: « Fais-toi accompagner, dit-il au vaillant héros, monarque estimé de tous les quadrumanes; fais-toi accompagner de cent mille rapides simiens, et fouille avec les singes fils d’Yama toute la région du nord, que protège le roi sage des Yakshas, des Rakshasas, des Gandharvas et des Kinnaras, le magnanime Dieu qui donne à son gré les richesses et qui voile au front avec une tache brune la place où manque l’un de ses yeux. Là, que vos grandeurs cherchent avec des singes invincibles cette noble fille de Vidéha, l’épouse du sage Râma. Vous devez, singes, au risque même d’y laisser votre vie, ne rien passer en cette région sans le visiter dans le but d’y retrouver la fille du roi des Vidéhains.

« Revenez, une fois trouvés la Mithilienne et l’asile de Râvana. Ne restez pas loin d’ici plus d’un mois: ce temps écoulé, je punirais de mort le retardataire! »

Il dit; et les singes, à qui ces paroles s’adressaient, de courber aussitôt la tête jusqu’à terre aux pieds de Râma et de leur monarque à la bravoure infinie; puis, de partir ensemble d’un vol rapide pour cette plage du monde où préside Kouvéra.

Les héros singes à la grande force vinrent, en bondissant, jurer cette promesse.

« Moi seul, je veux immoler Râvana dans le combat, et, quand j’aurai tué cet impur, enlever rapidement la fille du roi Djanaka.

« Je fendrai la terre et je bouleverserai les flots de la mer! Je franchirai, n’en doutez pas, vingt yodjanas d’un seul bond! Le grand monarque des quadrumanes a tort d’appeler pour cette guerre un si grand nombre de singes: il suffira de moi seul pour accomplir toute cette affaire. »

Pendant cette grande revue de Sougrîva, chacun des singes, dans l’orgueil de sa force, vint se lier individuellement par cette promesse; et, quand ils eurent tous prononcé le serment, ces magnanimes à la grande vigueur, les plus éminents des singes partirent chacun pour sa région avec le désir de satisfaire le suzerain.

Le roi Sougrîva fut content, alors qu’il eut expédié en éclaireurs les premiers généraux des armées simiennes par tous les points du ciel; et Râma, dans la compagnie de son frère, habita ce mont Prasravana, attendant que fût expiré le mois accordé aux singes pour découvrir sa bien-aimée Sîtâ.

Après le départ des singes, Râma dit à Sougrîva: « Par quelles circonstances, héros aux longs bras, as-tu jadis exploré ce monde? Comment ta grandeur a-t-elle pu connaître ce globe entier de la terre, si difficile à connaître? Comment l’as-tu parcouru? » À ces paroles de Râma: « Écoute, dit le monarque des singes; écoute, Râma, ce qui jadis m’a forcé de le voir.

« Chassé par Bâli, mourant de peur, courant de toute ma vitesse, je visitai, noble fils de Kakoutstha, je visitai la terre de tous les côtés, observant et les fleuves divers, et les cités, et les forêts. Je parcourus d’abord la plage orientale; puis j’errai çà et là dans la région méridionale; ensuite je promenai dans les pays du couchant la terreur qui me talonnait sans cesse.

« Un long temps avait déjà coulé quand le fils du Vent eut un heureux souvenir et me tint ce langage: « Matanga jadis a maudit Bâli au sujet de Mahisha: « Singe, a-t-il dit, garde-toi bien d’entrer jamais ici dans les bois du Rishyamoûka! Ta tête, si tu enfreignais ma défense, se briserait en cent morceaux! » Cette haute montagne du Rishyamoûka se présente à mon souvenir en ce moment. Allons-y tous, sire; ton frère n’y viendra pas. »

« À ces mots d’Hanoûmat, moi, qui avais déjà fait cent fois le tour de la terre, chassé par la crainte de Bâli, je me rendis à ce grand ermitage, où je fus à l’abri de mon ennemi. Telles sont, en vérité, les circonstances auxquelles je dus alors de voir par mes yeux mêmes ce monde entier et le Djamboudwîpa dans sa vaste étendue. »

Cherchant la noble Vidéhaine, explorant la terre avec les montagnes, les eaux et les forêts, tous les chefs des troupes simiennes avaient déjà fouillé, pour y trouver l’épouse de Râma, toutes les plages du monde, suivant la parole du maître et comme le roi des singes leur avait commandé. Scrutant çà et là toutes les montagnes, les étangs, les défilés, les forêts, les cavernes, les fourrés, les cataractes, les collines et tous les rochers, les chefs des quadrumanes s’étaient rendus en tous les pays que Sougrîva leur avait indiqués.

Tous, ils avaient mainte fois visité, inébranlables dans la recherche de Sîtâ, les plateaux des montagnes avec leurs sommets plantés d’arbres nombreux, et parcouru toutes les habitations.

Les recherches finies et le premier mois écoulé, les chefs des armées simiennes retournèrent sans espérance vers le monarque des singes au mont Prasravana.

Vinata, secondé par ses quadrumanes, avait fouillé entièrement la plage orientale, mais il revint à la caverne Kishkindhyâ, n’ayant pas vu Sîtâ. L’héroïque et grand singe Çatabali avait fouillé toute la contrée septentrionale; mais il revint aussi, n’ayant pas vu Sîtâ. Soushéna, qui avait porté ses pas dans les régions du couchant, revit son noble gendre au bout du mois accompli; mais son retour n’apporta point de plus grandes nouvelles au mont Prasravana.

Tous, ils s’approchent du monarque, assis avec son allié Râma sur un flanc de la montagne; ils s’inclinent à ses pieds et lui tiennent ce langage:

« On a fouillé toutes les montagnes, et les bois, et les fourrés, et les fleuves, et les mers, et toutes les campagnes. On a parcouru les défilés; on a visité les cavernes de toutes les formes; on a battu les massifs des lianes ou des broussailles et coupé les hautes herbes. Nos singes, dans la pensée qu’ils avaient peut-être devant eux une métamorphose de Râvana, ont effarouché çà et là, ils ont tué même de grands, d’épouvantables animaux, remplis de vigueur, doués horriblement de force et de courage. Nos singes, criant, marchant, courant, sautant ou grimpant, ont pénétré dans tous les endroits impénétrables, qu’ils ont fouillé mainte et mainte fois. Ils n’ont rien ménagé pour atteindre au but de leur voyage; mais nulle part ils n’ont pu saisir un seul renseignement sur l’infortunée Vidéhaine. »

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· 3 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library