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Chapter 16 of 54

Texte entier · 16

Mais le Christ n’a pas réuni le divin et l’humain dans sa personne individuelle pour les laisser séparés dans son corps social. Prêtre, Roi et Prophète, il a donné à la société chrétienne sa forme absolue dans la monarchie trinitaire. Avant fondé l’Église sur son Sacerdoce, ayant sanctionné l’État par sa Royauté, il a pourvu aussi à leur unité et à leur progrès solidaire en laissant au monde l’action libre et vivante de son esprit prophétique. Et comme le sacerdoce et la Royauté de l’Homme-Dieu manifestent son essence divine au moyen d’organes humains, il ne peut pas en être autrement pour son prophétisme. Il faut donc admettre dans le monde chrétien un troisième ministère principal — unité synthétique des deux premiers, offrant à l’Église et à l’État l’idéal parfait de l’Humanité divinisée, comme but suprême de leur action commune.

L’esprit prophétique n’a pu s’épuiser et s’éteindre dans le corps universel du Christ. Il souffle où il veut et il parle à tout le monde, aux prêtres, aux rois et aux peuples. Il dit aux gardiens de la tradition sacrée: « Ce n’est pas une tradition morte et inerte qui vous est confiée; la révélation du Dieu vivant et de son Christ ne peut être un livre fermé et scellé. Le Christ n’est pas un fait du passé seulement, mais surtout le principe de l’avenir, du mouvement libre et du vrai progrès. Vous avez le dépôt de la foi; est-ce un capital qu’on cache dans un coffre ou qu’on enfouit dans la terre? Ministres fidèles du Seigneur, vous n’imiterez pas le serviteur trop prudent de la parabole évangélique, vous ne réduirez pas la doctrine du Christ à un fait accompli. Dans la doctrine aussi, qui est sa vérité, le Christ est le principe et la pierre angulaire. Faites donc du dogme chrétien la base solide mais large, le principe inaltérable mais vivant de toute philosophie et de toute science; ne le confinez pas dans un domaine séparé, indifférent ou hostile à la pensée et à la connaissance humaines. La théologie est la science divine, mais le Dieu des chrétiens s’est uni à l’humanité d’une union indissoluble. La théologie de l’Homme-Dieu ne peut pas être séparée de la philosophie et de la science des hommes. Vous êtes orthodoxes dans votre profession de foi, vous rejetez également l’hérésie de Nestorius et celle d’Eutychès: soyez donc orthodoxes dans l’application de votre foi. En réalisant la vérité du Christ dans le domaine intellectuel de la chrétienté — distinguez, mais ne séparez pas les natures, maintenez dans vos idées et dans vos doctrines l’union intérieure, organique et vivante du divin et de l’humain, sans confusion et sans division. Prenez garde d’admettre, en nestoriens inconscients, deux sciences et deux vérités complètes et indépendantes l’une de l’autre. N’essayez pas non plus, à la façon des monophysites, de supprimer la vérité humaine, la raison philosophique, les faits de la science naturelle et historique; n’exagérez pas leur importance, mais ne rejetez pas de parti pris la certitude de leur témoignage au nom du dogme chrétien: c’est un sacrifice déraisonnable que la Raison incarnée ne vous demande pas et qu’Elle ne saurait accepter.

« Mais ce n’est pas seulement le principe absolu de la science, c’est encore le principe de l’ordre social qui vous est confié, pères de l’humanité régénérée! Et ici encore, en vrais orthodoxes, vous avez à suivre la voie royale entre les deux hérésies opposées: le faux libéralisme nestorien et le faux piétisme monophysite. Le premier voudrait séparer définitivement l’État de l’Église, le profane du sacré, comme Nestorius séparait dans le Christ l’humanité de la divinité. Le second voudrait absorber l’âme humaine dans la contemplation du divin, en abandonnant à leurs destinées le monde terrestre, les États et les nations; c’est l’application sociale du monophysitisme, qui faisait disparaître la nature humaine du Christ dans son être divin. Mais vous, pontifes orthodoxes, qui avez dans le vrai dogme christologique la formule infaillible de l’union libre et parfaite, vous maintiendrez toujours le lien intime qui rattache l’État humain à l’Église de Dieu comme l’humanité du Christ était rattachée en Lui au Verbe divin. À l’absolutisme de l’État, qui veut devenir païen et athée, vous n’opposerez pas un cléricalisme absolu qui se renferme en soi-même et se complait dans son isolement; vous ne combattrez pas l’erreur avec une vérité incomplète, vous maintiendrez la vérité sociale absolue qui demande, à côté de l’Église, un État chrétien, la Royauté du Christ, image et instrument de la filiation divine, comme vous êtes l’image de la paternité éternelle. Vous ne vous soumettrez jamais au pouvoir séculier, car le Père ne peut pas être soumis au Fils, mais vous ne tenterez pas non plus de l’asservir, car le Fils est libre.

« Pontifes et prêtres, vous êtes les ministres des sacrements du Christ. Dans le dogme révélé, le Christ est le principe de toutes les vérités ou de toute la vérité, — unique au fond, infiniment multiple dans son contenu matériel et triple dans sa forme constitutive: théologique, philosophique et scientifique (comme le Christ est un dans son hypostase, infiniment multiple en tant qu’il contient et manifeste le cosmos idéal, et triple en tant qu’il réunit la substance divine avec l’âme rationnelle de l’homme et avec la corporéité matérielle) — de même, dans les saints sacrements, le Christ est le principe de la vie, de toute la vie, non seulement spirituelle, mais aussi corporelle, non seulement individuelle, mais encore sociale. Vous, vous êtes établis pour déposer dans l’humanité le germe mystique mais réel de la vie divino-humaine, vous semez dans notre nature la matière divinisée, la corporéité céleste. Le commencement de cette œuvre, la source première de la vie surnaturelle dans le corps de l’humanité terrestre, doit être un fait absolu, dépassant la raison humaine — un mystère. Mais tout mystère doit être révélé; les éléments mystiques que la grâce des sacrements implante dans la nature humaine par votre ministère doivent germer, croître et se manifester dans l’existence visible, dans la vie sociale de l’humanité en la transformant de plus en plus en vrai corps du Christ. Cette œuvre de sanctification n’appartient donc pas au sacerdoce tout seul: elle demande aussi la coopération de l’État chrétien et de la société chrétienne. Ce que le prêtre commence par son rite mystérieux, le prince séculier doit le continuer par sa législation et le peuple fidèle doit l’accomplir dans sa vie. »

L’esprit prophétique du christianisme dira donc aux princes et aux peuples chrétiens: « L’Église vous donne les mystères de la vie et du bonheur, c’est à vous de les révéler et d’en jouir. Vous avez le baptême qui est le sacrement ou le mystère de la liberté. Le chrétien racheté par le Christ est avant tout l’homme libre. Le principe éternel et absolu de cette liberté est conféré par la grâce sacramentale et ne peut pas être détruit par les rapports extérieurs, par la situation sociale de l’homme. Mais dans le monde chrétien ces rapports extérieurs doivent-ils rester en contradiction avec le don de Dieu? Le chrétien baptisé garde sa liberté même s’il est esclave, mais doit-il l’être dans une société chrétienne? Abolissez donc, rois et peuples chrétiens, les dernières traces de l’ignominie païenne, supprimez l’esclavage et la servitude sous toutes ses formes, directes et indirectes, car elles sont toutes la négation du baptême — négation qui, tout impuissante qu’elle est pour détruire la grâce intérieure, empêche cependant sa réalisation extérieure. Mais notre Dieu n’est pas un Dieu caché, et s’il s’est manifesté et incarné, ce n’est pas sans doute pour maintenir la contradiction entre l’invisible et le visible. Ne souffrez donc pas que l’homme émancipé par le Dieu vivant soit forcé de redevenir un serviteur des choses mortes, un esclave des machines.

« Vous avez la confirmation — sacrement ou mystère de l’égalité. L’Église du Christ communique à chaque chrétien sans distinction la dignité messianique (perdue par le premier Adam et restaurée par le second) — en donnant à chacun l’onction sacrée des souverains. Nous savons que l’état social parfait préfiguré par ce sacrement (l’état de malkhouth cohanim — regnum sacerdotale) ne saurait être réalisé immédiatement; mais vous, puissants de la terre, n’oubliez pas de votre côté que c’est là le but réel du christianisme. En maintenant à tout prix par intérêt égoïste les inégalités sociales, vous justifierez la réaction envieuse et haineuse des classes déshéritées. Vous profanez le sacrement du Saint-Chrême si vous transformez les oints du Seigneur en esclaves révoltés. La loi de Dieu n’a jamais sanctionné l’inégalité de naissance ou de fortune, et si dans votre conservatisme impie vous érigez en principe absolu et éternel ce qui n’est qu’un fait passager — vous prenez sur vous tous les péchés du peuple et tout le sang des révolutions.

« Et vous, peuple chrétien, sachez que l’Église en vous donnant, par la confirmation, la dignité messianique, en faisant de chacun parmi vous, l’égal des pontifes et des rois, ne vous a pas conféré un titre vain et dérisoire, mais une grâce réelle et permanente. C’est à vous d’en profiter; car en vertu de cette grâce chacun peut devenir un organe de l’Esprit-Saint dans l’ordre social. En dehors du sacerdoce et de la royauté, il y a dans la société chrétienne un troisième ministère souverain — le ministère prophétique qui ne dépend ni de la naissance, ni d’une élection publique, ni de l’ordination sacrée. Il est validement conféré à chaque chrétien par la confirmation et peut être licitement exercé par ceux qui ne résistent pas à la grâce divine, mais coopèrent à son action par leur liberté. Ainsi chacun de vous, s’il le veut, peut de droit divin et par la grâce de Dieu exercer le pouvoir souverain à l’égal du Pape et de l’Empereur[143]. »

Est-ce la faute du christianisme si ce droit suprême qu’il offre à tout le monde est vendu par la masse humaine à Satan pour un plat de lentilles?

L’égalité de dignité souveraine, qui appartient de droit à chaque chrétien, n’est pas l’égalité de l’indifférence. Tous ont une importance égale, chacun a un prix infini aux yeux de tous; mais tous n’ont pas la même fonction. L’unité du peuple chrétien, basée sur la paternité divino-humaine, est l’unité d’une famille idéale. L’égalité morale parfaite entre les membres d’une telle famille n’empêche pas les fils de reconnaître pieusement la primauté et l’autorité du père commun, ni de se distinguer entre eux par des vocations et des caractères différents. L’égalité véritable et positive, ainsi que la vraie liberté, se manifeste et se réalise dans la solidarité ou la fraternité, qui fait que plusieurs deviennent comme un seul. Le baptême de la liberté et la confirmation de l’égalité sont couronnés par le grand sacrement de la communion, accomplissement de la prière du Christ: « qu’ils soient tous un comme Je suis un avec toi, mon Père. » — En réunissant tous ses disciples dans une seule communion, Jésus-Christ n’a pas voulu s’arrêter devant les divisions nationales, Il a étendu sa fraternité sur toutes les nations. Et si cette communion mystérieuse du corps divin est véritable et réelle, nous devenons, en y participant réellement, des frères sans distinction aucune de race et de nationalité; et si nous nous entretuons au nom des soi-disant intérêts nationaux, nous sommes, non pas métaphoriquement mais tout à fait réellement, des fratricides.

Les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de la communion, en faisant tous les chrétiens libres, égaux, frères les uns des autres et tous fils de Dieu (incorporés dans son Fils unique — Jésus-Christ) leur confèrent la dignité messianique et les droits souverains. L’homme a le droit d’être fils de Dieu, car c’est pour cela que Dieu l’avait créé. Mais étant fils de Dieu de droit et non de fait, l’homme a encore le privilège de se faire lui-même en réalité ce qu’il est en idée, — de réaliser son principe par sa propre action. Ainsi les devoirs de l’homme se déduisent de ses droits souverains comme étant la condition qu’il doit remplir pour user de sa souveraineté.

Puisque l’homme n’est d’abord fils de Dieu qu’en principe, son premier devoir est de reconnaître qu’en fait il ne l’est pas, — de reconnaître la distance immense entre ce qu’il est et ce qu’il doit être. C’est là la condition négative de tout progrès positif, le devoir humain par excellence — le devoir de l’humilité, fixé par l’Église dans le sacrement de la pénitence et de la confession. Le protestantisme, pour assurer d’avance l’impénitence de ses adhérents, a rejeté ce sacrement. Mais plus coupables que les protestants hérétiques sont les faux orthodoxes qui voudraient borner le devoir de l’humilité aux individus, en abandonnant sans retour les corps sociaux, les États et les nations à la vanité, à l’orgueil, à l’égoïsme, à la haine fratricide. — Tel n’était pas le sentiment des prophètes de l’Ancien Testament, qui excitaient à la pénitence les villes, les nations et les chefs des États. Telle n’était pas non plus la pensée du prophète unique du Nouveau Testament, qui, dans ses épîtres aux anges des Églises, leur reprochait les vices et les péchés publics de leurs communautés.

Au fond de tout le mal humain, de tous les péchés et de tous les crimes individuels et sociaux il y a un vice et une infirmité radicale qui ne nous permettent pas d’être réellement fils de Dieu. C’est le principe chaotique, base primordiale de tout être créé; réduit à l’impuissance (ou à la puissance pure) dans l’Homme, mais éveillé de nouveau par la chute d’Adam il est devenu l’élément fondamental de notre existence bornée et égoïste qui, tout en tenant à sa fraction infiniment petite de l’être véritable, veut faire de cette fraction le centre unique de l’univers. Cette affirmation égoïste qui nous isole et nous sépare de la vraie totalité divine, ne peut être détruite que par l’amour. L’amour est la force qui nous fait dépasser intérieurement les limites de notre existence donnée, nous réunit au Tout par un lien indissoluble et, en nous faisant réellement fils de Dieu, nous fait participer à la plénitude de sa Sagesse essentielle et à la jouissance de son esprit.

L’œuvre de l’amour est l’intégration de l’homme et, par l’homme, de toute l’existence créée. Il y a une triple union à accomplir. Il s’agit 1° de réintégrer l’homme individuel en l’unissant d’une union véritable et éternelle à son complément naturel — la femme. Il s’agit 2° de réintégrer l’homme social en réunissant dans une union stable et déterminée l’individu à la collectivité humaine. Il s’agit 3° de réintégrer l’homme universel en restaurant son union intime et vivante avec toute la nature du monde, qui est le corps organique de l’humanité.

L’homme est séparé intérieurement de la femme par le désir de la posséder extérieurement, au nom d’une passion aveugle et irrationnelle. Ils sont réunis par la force de l’amour véritable qui identifie les deux vies dans leur substance absolue, éternellement fixée en Dieu et qui n’admet le rapport matériel que comme une dernière conséquence et une réalisation extérieure de la relation mystique et morale. C’est l’amour le plus concentré et le plus concret, et pour cela le plus profond et le plus intense — c’est la vraie base et le type général de tout autre amour et de toute autre union. La parole de Dieu l’a prescrit et l’a béni, et l’Église perpétue cette bénédiction dans le sacrement du mariage, qui fait de l’amour sexuel véritable la première base positive de l’intégration divino-humaine. Car cet amour sanctifié crée les vrais éléments individuels de la société parfaite, de la Sophia incarnée.

Mais pour constituer l’homme social, l’élément individuel (réintégré par le vrai mariage) doit être réuni à la forme collective déterminée.

L’individu est intérieurement séparé de la société par le désir de valoir et de dominer extérieurement au nom de sa propre personnalité. Il rentre dans l’unité sociale par l’acte moral de l’abnégation, en subordonnant sa volonté, son intérêt et tout son ego à la volonté et à l’intérêt d’un être supérieur reconnu comme tel. Si l’amour conjugal est essentiellement une coordination de deux existences égales quoique différentes, l’amour social se traduit nécessairement par une subordination déterminée des unités sociales de différent ordre. Il ne s’agit pas ici de briser l’égoïsme brutal de l’homme par un sentiment intense qui le force à s’identifier avec un autre être (ce qui est déjà fait par l’amour sexuel) — il s’agit de rattacher l’existence individuelle à une hiérarchie générale dont les degrés sont fixés par le rapport formel entre le tout et ses parties, plus ou moins considérables. La perfection de l’amour social ne peut donc pas consister dans l’intensité du sentiment subjectif, mais dans sa conformité avec la raison objective qui nous dit que le tout est plus grand que chacune de ses parties. Le devoir de cet amour est donc enfreint et la réalisation de l’homme social est empêchée non seulement par le simple égoïsme, mais aussi et surtout par le particularisme qui nous fait séparer l’intérêt des groupes inférieurs, auxquels nous sommes rattachés plus étroitement, et l’intérêt des groupes supérieurs et plus larges. Quand on sépare l’amour pour sa famille, sa corporation, sa classe sociale ou son parti politique, de l’amour pour sa patrie, ou quand on veut servir cette dernière en dehors de l’humanité ou de l’Église Universelle, on sépare ce que Dieu a uni et on devient un obstacle à l’intégration de l’homme social.

Le type et la réalité fondamentale de cette intégration sont donnés dans la hiérarchie ecclésiastique formée par le sacrement de l’Ordre. C’est le triomphe de l’amour social, car aucun membre de cet ordre ne fonctionne et n’agit de soi-même ou en son nom; chacun est ordonné et investi par un supérieur, représentant d’une unité sociale plus large. Depuis le prêtre le plus humble jusqu’au pape, — le serviteur des serviteurs de Dieu, — tous sont ici, quant à leur ministère sacré, absolument purs de l’égoïsme qui s’affirme et du particularisme qui s’isole — chacun n’est qu’un organe déterminé d’un tout social solidaire, — de l’Église Universelle.

Mais la réintégration humaine ne peut pas s’arrêter à l’homme social. La loi de la mort divise l’Église Universelle elle-même en deux parties, l’une visible, sur la terre, et l’autre invisible, dans les cieux. L’empire de la mort est établi; les cieux et la terre sont séparés par le désir de l’homme de jouir immédiatement et matériellement de la réalité terrestre, de l’existence finie; l’homme a voulu éprouver ou goûter tout par la sensation extérieure. Il a voulu unir son esprit céleste à la poussière de la terre par une union périphérique et superficielle. Mais une telle union ne peut durer; et elle aboutit nécessairement à la mort. Pour réunir l’humanité-esprit à l’humanité-matière et pour vaincre la mort, il faut que l’homme se rattache au tout, non point par la surface sensible, mais par le centre absolu qui est Dieu. L’homme universel est intégré par l’amour divin, qui, non seulement élève l’homme jusqu’à Dieu mais qui, en l’identifiant intérieurement avec la Divinité, lui fait embrasser en elle tout ce qui est, en l’unissant à toute la créature d’une union indissoluble et éternelle. Cet amour fait descendre la grâce divine dans la nature terrestre et triomphe non seulement, du mal moral, mais encore de ses conséquences physiques, — la maladie et la mort. L’œuvre de cet amour est la Résurrection finale. Et l’Église, qui enseigne cette résurrection dans sa doctrine révélée, formulée dans le dernier article de son symbole, la préfigure et l’inaugure par le dernier de ses sacrements. En vue de la maladie et dans le péril de la mort, l’extrême-onction est le symbole et le gage de notre immortalité et de notre intégrité future. Le cycle des sacrements ainsi que le cycle de la vie universelle est fermé par la résurrection de la chair, par l’intégration de l’humanité totale, par l’incarnation définitive de la Sagesse divine.

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Texte entier · 16 · Russia and the Universal Church — Vladimir Solovyov · The Conscious Library