Chapter 9 of 97
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« Ensuite, quand il vit ses bataillons éperdus, mis en désordre sous les traits du monarque, Vaçishtha aussitôt jeta ce commandement à sa vache: « Fais naître de nouveaux combattants! »
« À l’instant, un autre mugissement produit les Kambodjas, semblables au soleil: les Pahlavas, des javelots à la main, sortent de son poitrail; les Yavanas, de ses parties génitales; les Çakas, de sa croupe; et les pores velus de son derme enfantent les Mlétchas, les Toushâras et les Kirâtas.
« Par eux et dans l’instant même, fils de Raghou, cette armée de Viçvâmitra fut anéantie avec ses fantassins, ses chars, ses coursiers et tous ses éléphants.
« À la vue de son armée détruite par le magnanime solitaire, cent fils de Viçvâmitra, tous diversement armés, fondirent, enflammés de colère, sur Vaçishtha, le plus vertueux des hommes qui murmurent la prière, mais le grand anachorète les consuma d’un souffle. Un seul moment suffit au magnanime Vaçishtha pour les réduire tous en cendres: fils de Viçvâmitra, cavaliers, chars et fantassins.
« Quand il eut ainsi vu périr, héros sans péché, tous ses fils et son armée, Viçvâmitra, tout à l’heure si puissant, réfléchit alors sur lui-même avec plus de modestie.
« Comme le serpent, auquel on a brisé les dents; comme l’oiseau, auquel on a coupé les ailes; comme la mer, quand elle n’a plus ses vagues; comme le soleil obscurci au temps où l’éclipse a dérobé sa lumière, ce prince malheureux, ses fils morts, son armée détruite, son orgueil à bas, ses moyens pulvérisés, tomba dans le mépris de soi-même.
« Ayant donc mis à la tête de son empire le seul fils qui n’eût pas encouru le malheur des autres, afin qu’il protégeât la terre, comme il sied au kshatrya, le roi Viçvâmitra se retira au fond d’un bois. Là, sur les flancs de l’Himâlaya, dans un lieu embelli par les Kinnaras, ces mélodieux Génies, il s’astreignit à la plus rude pénitence pour gagner la bienveillance de Mahâdéva. Après un certain laps de temps, le grand Dieu rémunérateur, qui porte sur son étendard l’image d’un taureau, vint trouver le roi pénitent, et lui dit: « Pourquoi subis-je cette rigide pénitence? Dis, roi! je suis le dispensateur des grâces; fais-moi connaître quelle faveur tu désires. »
« À ces paroles du grand Dieu, l’austère pénitent se prosterna devant Mahâdéva, et lui tint ce langage: « Si tu es content de moi, divin Mahâdéva, mets en ma possession l’arc Véga, avec l’arc Anga, l’arc Oupânga, l’arc Oupanishad et tous leurs secrets: fais apparaître à mes yeux ces armes, qui sont en usage chez les Dieux, les Dânavas, les Rishis, les Gandharvas, les Yakshas et les Rakshasas. Voilà, Dieu illustre des Dieux, ce que mon cœur demande à ta bienveillance! » — « Qu’il en soit ainsi! » reprit le souverain des Immortels; et, cela dit, il retourna dans les cieux.
« Quand il eut reçu les armes désirées, l’illustre et royal saint Viçvâmitra, comblé d’une vive allégresse, en devint alors tout plein d’orgueil. Enflé par cette force nouvelle, comme la mer au temps de la pleine lune, il se crut déjà le vainqueur de Vaçishtha, le meilleur des anachorètes. — Il revint donc à l’ermitage de l’homme saint et décocha contre lui ses flèches mystiques, par lesquelles tout le bois de la pénitence fut ravagé d’un immense incendie.
« En un instant, l’ermitage du magnanime Vaçishtha fut vide et il devint pareil au désert sans voix. « Ne craignez pas, criait Vaçishtha mainte fois, ne craignez pas! Me voici pour anéantir le fils de Gâdhi, comme le grésil, qui fond à l’aspect du soleil! » À ces mots, l’éblouissant Vaçishtha, le plus excellent des êtres doués de la parole, adressa, plein de colère, ce discours à Viçvâmitra:
« Insensé, toi, qui as détruit cet ermitage longtemps heureux, tu as commis là une mauvaise action: c’est pourquoi tu périras! »
« Il dit, et, touchée par son bâton brahmique, la flèche terrible et sans égale du feu s’éteignit, comme l’eau éteint la flamme impétueuse.
« Viçvâmitra alors, accablé de chagrin, dit ces mots, qui suivaient plus d’un soupir: « La force du kshatrya est une chimère; la force réelle, c’est la force inséparable de la splendeur brahmique! Il n’a fallu au brahme que son bâton pour briser toutes mes armes! Ainsi vais-je, après que j’ai vu de mes yeux les effets d’une telle force, amender tous mes sens et me vouer aux rigueurs de la pénitence, pour m’élever de ma caste à celle des brahmes. » Il dit, et ce resplendissant monarque rejeta loin de lui toutes ses armes.
« Accompagné de son épouse, le fils de Kouçika était passé dans la contrée méridionale, où, se nourrissant de racines et de fruits, il avait embrassé une très-dure pénitence. Ce monarque brûlait d’envie, par l’émulation que lui inspirait Vaçishtha, de parvenir à l’état saint dans la caste des brahmes; mais, se voyant toujours vaincu par l’énergie de l’unification en Dieu, que l’anachorète devait à ses austérités brahmiques, il s’enfonça dans la forêt des mortifications, et là, vaillant Râma, il se macéra d’une manière excellente: « Que je sois brahme! » disait-il, ferme dans la résolution que sa grande âme avait conçue.
« Après mille années complètes, Râma, l’antique aïeul des mondes, Brahma, se présenta au fils de Gâdhi et lui adressa ces douces paroles: « Fils de Kouçika, tu es entré triomphalement au monde très-élevé des rois saints: oui! cette pénitence victorieuse t’a mérité, c’est mon sentiment, le titre de Rishi entre les rois! » À ces mots, l’auguste et resplendissant monarque des mondes quitta l’atmosphère et retourna, escorté par les Dieux, au ciel de Brahma.
« Réfléchissant aux paroles, qu’il venait d’entendre et baissant un peu la tête de confusion, Viçvâmitra, plein d’une vive douleur, se dit avec tristesse: « Après que j’ai porté le poids de bien grandes macérations, Bhagavat ne m’a appelé tout à l’heure que roi-saint: ce n’est pas là, certainement, le fruit auquel aspire ma pénitence! »
« Il dit, et cet éminent anachorète d’une éclatante splendeur, maître excellemment de lui-même, s’astreignit de nouveau, Kakoutsthide, aux plus austères mortifications.
« Dans ce temps même vivait un roi, nommé Triçankou, dévoué à la justice comme à la vérité et né du sang d’Ikshwâkou. Cette pensée lui était venue: « Je veux, se disait-il, offrir le sacrifice d’un açwamédha, par là j’obtiendrai de passer avec mon corps dans la voie suprême, où marchent les Dieux. » Il manda Vaçishtha et lui fit connaître ce dessein: « C’est une chose impossible! » répondit le prêtre sage.
« Ayant donc essuyé un refus de son directeur spirituel, le roi tourna ses pas vers la contrée méridionale, où les cent fils de Vaçishtha se livraient à la pénitence.
« À peine les cent fils du rishi eurent-ils entendu le discours de Triçankou, vaillant Râma, qu’ils adressèrent au monarque ces mots, où respirait la colère: « Ton gourou, de qui la bouche est celle de la vérité, a refusé de servir ton dessein: pourquoi donc passer outre à ses paroles et recourir à nous, homme à l’intelligence difficile? Pourquoi veux-tu abandonner la souche et t’appuyer sur les branches? Ô roi, ce n’est pas bien à toi de vouloir que nous soyons les ministres de ton sacrifice! Retourne dans ta ville: cet homme saint est seul capable de célébrer ton sacrifice, et non pas nous. »
« À ces paroles, dont les syllabes s’envolaient, troublées par la colère, le monarque tomba dans un profond chagrin et dit ces mots aux cent fils du solitaire: « Refusé par Vaçishtha d’abord, par vous ensuite, j’irai ailleurs, sachez-le bien! chercher le secours, dont j’ai besoin pour mon sacrifice! » Irrités par ces mots du roi aux syllabes menaçantes, les cent fils du saint lancèrent contre lui cette malédiction: « Tu seras un tchândâla! »
« Après qu’ils eurent ainsi maudit ce roi, ils rentrèrent dans leur pieux ermitage. Puis, quand cette nuit se fut écoulée, noble Râma, le resplendissant monarque changea dans un instant: il n’offrit plus aux regards que l’aspect d’un tchândâla, à la figure hideuse, les yeux couleur de cuivre, les dents saillantes et gangrenées de ce jaune qui passe à la nuance du noir, le corps affublé d’un vêtement noir dans la moitié inférieure, d’un vêtement rouge dans la moitié supérieure de la taille, n’ayant que des ornements de fer pour toute parure, et pour vêtement qu’une peau d’ours.
« Dès lors, solitaire et l’âme troublée, on vit errer ce roi, consumé le jour et la nuit par le cruel chagrin de la malédiction fulminée contre lui. — Dans sa détresse, il s’en alla trouver le secourable Viçvâmitra, cet homme si riche en macérations, qui exerçait à l’égard de Vaçishtha une magnanime rivalité.
« Cher Ikshwâkide, sois ici le bienvenu! lui dit Viçvâmitra. Je connais ta grande vertu: je serai ton secours; demeure ici dans mon ermitage. Je convoquerai ici pour toi, infortuné monarque, tous nos plus grands ascètes à la cérémonie du sacrifice offert pour l’accomplissement de ton brûlant désir. Tu me sembles déjà toucher le paradis avec ta main, ô le plus vertueux des monarques, toi que l’envie de parvenir au triple ciel a conduit vers moi. »
« Quand on eut apporté là tout l’appareil, le sacrifice commença. Ici, l’adhwaryou, ce fut le grand ascète Viçvâmitra; ici, les prêtres officiants, ce furent des anachorètes les plus parfaits en leurs vœux.
« Le bienheureux Viçvâmitra, qui possédait la science des mantras, fit l’invocation pour amener les immortels habitants du triple ciel à la participation des choses offertes sur l’autel; mais ces Dieux appelés ne vinrent pas recevoir une part dans les oblations. De là, tout pénétré de colère, ce grand et saint anachorète, élevant la cuiller sacrée, adresse à Triçankou ces paroles:
« Triçankou, noble souverain, monte au ciel avec ton corps. Oui! par la force de ces pénitences, que j’ai thésaurisées depuis mon enfance, par la force d’elles toutes complètement et quelque grandes qu’elles soient, va dans le ciel avec ton corps! » Aussitôt que le saint ermite eut ainsi parlé, Triçankou, emporté dans les airs, monta au ciel sous le regard des anachorètes. Le Dieu qui commande à la maturité, Indra vit au même instant ce roi, qui s’acheminait lestement vers le triple ciel, malgré le poids de son corps.
« Triçankou, dit alors ce roi du ciel, tombe d’une chute rapide, la tête en bas, sur la terre! Insensé, il n’y a pas dans le ciel d’habitation faite pour toi, qu’un directeur spirituel a frappé de sa malédiction! » À ces paroles de Mahéndra, le malheureux Triçankou retomba du ciel. Ramené vers la terre, sa tête en bas, il criait à Viçvâmitra: « Sauve-moi! » À ces mots: Sauve-moi, jetés vers lui par ce roi tombant du ciel: « Arrête-toi! lui dit Viçvâmitra, saisi d’une colère ardente, arrête-toi! » Ensuite, par la vertu de son ascétisme divin, il créa, comme un second Brahma, dans les voies australes du firmament, sept autres rishis, astres lumineux, qui se tiennent au pôle méridional, comme l’a voulu cet auguste anachorète.
« À l’aide encore de la puissance brahmique, enfantée par ses macérations, il se mit à produire un nouveau groupe d’étoiles dans les routes australes du Swarga. Puis, il se mit à l’œuvre afin de créer aussi de nouveaux Dieux à la place d’Indra et de ses immortels collègues. Mais alors, en proie à la plus vive inquiétude, les Souras, avec les chœurs des rishis divins se hâtent d’approuver, fils de Raghou, dans la crainte de Viçvâmitra: « Soit! dirent les Dieux; que ces constellations demeurent ainsi, loin des routes du soleil et de la lune. Que Triçankou même se tienne ici, la tête en bas, à la voûte céleste australe, ses vœux comblés, et flamboyant de sa propre lumière! »
« Dans ce temps, noble fils de Raghou, la pensée de sacrifier naquit au saint roi Ambarîsha.
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