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Chapter 77 of 97

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Tandis qu’ils se parlaient ainsi, le vertueux Vibhîshana, prince habile dans toutes les affaires soumises à la délibération d’un conseil, tint ce langage utile à Râma, mais funeste à Râvana; discours aux excellentes idées et tissu même avec la substance de la raison:

« Mes quatre compagnons, d’une vigueur sans mesure, Anala, Hara, Sampâti et Praghasa, sont allés, au moyen de la magie, dans la ville de Lankâ et sont revenus ici près de moi dans l’intervalle d’un clin d’œil seulement. Changés en oiseaux, ils sont tous entrés dans la cité de l’ennemi, et, visitant ses quartiers, ils ont vu toutes les dispositions faites pour la défense. »

Aussitôt ouïes les paroles qu’avait dites ce frère puîné de Râvana, le Raghouide tint ce langage dans le but d’opposer victorieusement la force à la force des ennemis. « Environné de plusieurs milliers des plus grands héros simiens, que Nîla le singe fonde sur Prahasta le Rakshasa. Qu’appuyé d’une armée formidable, Angada, fils de Bâli, courre à la porte méridionale sur Mahâpârçwa et Mahaudara. Que le fils du Vent à la magnanimité sans mesure enfonce la porte du couchant et pénètre dans la ville, escorté par une foule de singes!

« Quant à moi, me réservant la mort de Râvana, cet Indra puissant des Rakshasas, je forcerai, secondé par le Soumitride, la porte septentrionale de la ville. Enfin que Sougrîva, le roi des singes, et le monarque des ours, et le frère puîné de l’Indra même des Rakshasas se tiennent prêts à charger le corps d’armée posté au milieu de la ville.

« Je défends à tous les simiens de prendre une forme humaine dans la bataille, afin que tous conservent les moyens de se reconnaître au milieu de la mêlée dans leurs divisions respectives. « C’est un singe! » diront nos gens, qui les distingueront à cette marque. »

Après qu’il eut dit ces paroles à Vibhîshana pour le triomphe de ses armes, le sage Râma conçut la pensée de monter sur la cime du Souvéla.

Parvenu avec les singes au sommet, il s’assit là sur une roche à la surface unie. Ensuite des troupes de simiens, couvrant la terre à la distance de trois yodjanas, gravirent toutes en sautant cette montagne, la face tournée vers le midi. Arrivés là de tous les côtés en peu de temps, ils virent devant eux la ville de Lankâ remplie de Rakshasas épouvantables, d’un immense courage et de formes différentes, impatients de combattre; tous les singes poussèrent de hautes clameurs, tels que des paons à la vue de nuages pluvieux. Ensuite le soleil, rougi par le crépuscule, disparut au couchant et la nuit vint promener la pleine lune comme une lampe au milieu du ciel.

Quand il eut à propos arrêté mainte et mainte résolution, désirant une exécution immédiate, connaissant la vérité des choses dans leur enchaînement et leurs conséquences, se rappelant d’ailleurs à quels devoirs les rois sont obligés, le Daçarathide appela vers lui Angada, fils de Bâli, et lui dit ces mots avec le consentement de Vibhîshana: « Va, mon ami, vers le monarque aux dix têtes; ose traverser, exempt de crainte et libre d’inquiétude, la ville de Lankâ, et répète ces mots, recueillis de ma bouche, à ce Râvana, de qui la fortune est brisée, la puissance abattue, la raison égarée et qui cherche la mort:

« Abusant des grâces que t’a données Brahma, l’orgueil est né dans ton cœur, vaniteux noctivague; et ta folie est montée jusqu’à outrager les rois, les Yakshas, les Nâgas, les Apsaras, les Gandharvas, les Rishis et même les Dieux! Je t’apporte ici le châtiment dû à ces forfaits, moi, de qui tu as suscité la colère par le rapt de mon épouse; et j’ai la force de tenir la peine levée sur ta tête, moi, que tu vois déjà placé devant la porte de Lankâ. De pied ferme dans le combat, je suivrai le chemin, Rakshasas, de tous les rois saints, des Maharshis et des Dieux. Montre-nous donc ici, roi des noctivagues, cette vigueur avec laquelle tu m’as enlevé Sîtâ, après que tu m’eus fait sortir de mon ermitage au moyen de la magie. Je ne laisserai pas un Rakshasa dans ce monde avec mes flèches acérées, si tu ne me rends la Mithilienne et ne viens implorer ma clémence. Renonce à la souveraineté de Lankâ, abdique l’empire, quitte le trône, et, pour sauver ta vie, insensé, fais sortir ma Vidéhaine. Ce Vibhîshana qui est venu me trouver, ce sage Démon, le plus vertueux des Rakshasas et comme le devoir incarné, va gouverner, sous ma protection, le vaste empire de Lankâ. »

À ces mots de Râma, infatigable en ses travaux, le fils de Târâ se plongea dans les airs et partit: on eût dit le feu revêtu d’un corps. Un instant après, le gracieux messager abattit son vol sur le palais du monarque, où il vit Râvana paisible et calme assis dans son trône au milieu de ses conseillers. Descendu près de lui, le jeune prince des singes, Angada aux bracelets d’or, se tint vis-à-vis, resplendissant comme un brasier flamboyant.

Puis, s’étant fait connaître lui-même, il rendit, sans rien omettre, au despote, environné de ses ministres, les grandes, les suprêmes, les irréprochables paroles du Raghouide.

À ces paroles mordantes, que lui jetait le roi des singes, Râvana fut saisi d’une violente colère, et, les yeux tout enflammés d’une fureur débordante, il dit alors plus d’une fois aux ministres: « Qu’on saisisse et qu’on châtie cet insensé! » À peine Râvana, de qui la splendeur égale celle du feu, a-t-il articulé ces mots, quatre épouvantables noctivagues s’emparent aussitôt d’Angada. Le héros se laissa prendre volontairement lui-même pour donner sa force en spectacle dans l’armée des Yâtoudhânas. Mais Angada étreignit aussitôt dans ses deux bras les quatre noctivagues, et, les emportant comme des serpents, il s’envola sur le comble du palais, semblable à une montagne. Rejetés par lui du haut des airs avec impétuosité, tous ces Rakshasas alors de tomber sur la terre sans connaissance et la vie brisée. Le fortuné Angada frappe alors de son pied la cime du palais, et ce comble superbe tomba du choc aux yeux mêmes du monstre aux dix têtes. Quand il eut brisé le sommet du palais et proclamé son nom: « Victoire, s’écria-t-il, au roi Sougrîva, le puissant monarque des singes! Et à Râma, le Daçarathide, et au vigoureux Lakshmana, et au vertueux roi Vibhîshana, le souverain des Rakshasas! car il obtiendra ce vaste empire de Lankâ, après qu’il t’aura couché mort dans la bataille. »

Alors, joyeux, Angada se battit les bras avec ses mains, s’élança dans les cieux, revint en la présence du magnanime Râma, et, de retour aux pieds de Sougrîva, il rendit compte de toute sa mission. À peine Râma eut-il ouï ce rapport, tombé de la bouche d’Angada, qu’il fut ravi de la plus haute admiration et tourna ses pensées vers la guerre.

L’outrage fait à son palais avait allumé dans Râvana la plus vive colère, et, prévoyant sa ruine à lui-même, il poussait de profonds soupirs.

Alors et sous les regards mêmes du monarque des Rakshasas, les armées, dévouées au bien de Râma, escaladaient par sections la ville de Lankâ. Ces héros d’une vigueur infinie ébranlaient, soit à coups de poing, soit en frappant, les uns avec des arbres, les autres avec les pitons des montagnes, ces hautes portes et ces remparts solides, inébranlables; et remplissant, ou de terre sèche, ou de sommets arrachés des monts, les fossés aux ondes limpides, les singes combattaient vaillamment.

Ils dévastaient les arcades faites d’or, ils secouaient les hautes portes, semblables aux cimes du Kêlâsa, et volant, bondissant, élevant des cris, les singes, pareils à de grandes montagnes, se ruaient tous sur Lankâ même.

L’âme enveloppée de colère, Râvana aussitôt de commander à toutes les armées de sortir au pas de course. À son ordre, les héros joyeux de s’élancer par toutes les portes en masses compactes, tels que les courants de la mer. Au même instant une bataille épouvantable s’engage entre les Rakshasas et les singes, comme si les Dânavas en venaient aux mains avec les Dieux. Proclamant à haute voix leurs propres qualités, les terribles Démons frappent les singes avec des massues enflammées, des lances, des piques en fer ou des haches; et les singes de tous les côtés répondent aux coups des Rakshasas avec les dents et les ongles, avec des arbres aux grands troncs, avec des cimes de montagnes.

D’autres affreux Démons blessaient du haut des remparts avec des javelots et des piques en fer les singes placés en bas sur la terre. Ceux-ci alors d’un vol rapide s’élancent irrités et précipitent à coups de poing les Rakshasas du haut des remparts.

Dans ce moment, il s’engagea une série de combats singuliers entre les singes et les Rakshasas, qui se précipitaient à l’envi les uns contre les autres.

Le Rakshasa Indradjit à la grande vigueur et d’une bravoure égale à celle de Râvana, son père, combattit avec Angada, fils de Bâli.

Sampâti, toujours difficile à vaincre dans une lutte, en vient aux mains avec Pradjangha.

Le vigoureux Hanoûmat lui-même entreprit Djâmboumâlî. Poussé d’une bouillante colère, Vibhîshana fit tête dans la bataille à Mitraghna d’une fougue irrésistible; et Nala à la grande vigueur croisa le fer avec le Rakshasa Tapana.

Nîla à la vive splendeur se battit avec Soukarna, et Sougrîva, le roi des singes, affronta le duel avec Praghasa. Le sage Lakshmana se posa dans le combat à l’encontre de Viroûpâksha; mais Râma seul eut quatre ennemis à combattre, l’invincible Agnikétou, le Démon Raçmikétou, Souptaghna et Yadjnakétou.

Beaucoup d’autres guerriers quadrumanes s’étaient couplés avec beaucoup d’autres guerriers Yâtavas pour se livrer des combats singuliers. Là, bouillonnait donc une épouvantable, immense, tumultueuse bataille de héros singes et Rakshasas, désirant tous également la victoire. Sortis du corps des Rakshasas et des singes, on voyait couler des fleuves de sang, roulant une foule de cadavres, où les cheveux des morts figuraient aux yeux des herbes fluviales.

Habitué à rompre les armées des ennemis, le héros Indradjit, plein de colère, frappa de sa massue Angada, comme Indra lui-même frappe de son tonnerre. Mais le bel Angada lui brise dans la bataille son char aux admirables ais d’or, ses chevaux, son cocher, et pousse un cri de victoire. Sampâti, blessé par trois flèches de Pradjangha, asséna un coup du shorée, qu’il tenait, à son adversaire, et l’étendit sur le champ du combat. Atikâya, de qui la vigueur infinie pouvait briser l’orgueil des Démons et des Dieux, perça de ses flèches Rambha et Vinata même. Tapana fondit sur Nala, qui fondait sur lui; mais l’épouvantable singe d’un coup de sa paume lui enfonça les deux yeux. Le Démon à la main prompte de lui déchirer le corps avec ses flèches acérées, mais Nala d’assommer Tapana avec son poing, aussi lourd qu’une montagne.

Bouillant de colère et debout sur son char, le vigoureux Djâmboumâlî perça dans le combat Hanoûmat entre les deux seins avec sa lance de fer. Mais le fils du Vent s’élança sur le char, et, frappant le Démon avec la paume seulement, il broya sa tête, pareille au sommet d’une montagne. Mitraghna de ses flèches aiguës avait hérissé le corps de Vibhîshana, et celui-ci dans sa colère assomma le Rakshasa d’un coup de sa massue. Praghasa, qui dévorait, pour ainsi dire, les bataillons, tomba sous l’alstonie, dont s’était armé le roi des singes, et Sougrîva de pousser un cri de victoire. Avec une seule flèche, Lakshmana eut raison de Viroûpâksha, ce Rakshasa d’un aspect épouvantable, qui semait des averses de flèches.

Les traits de l’invincible Anikétou, ceux de Raçmikétou, de Souptaghna et du Rakshasa Yadjnakétou avaient blessé Râma. Mais, avec quatre flèches, Râma dans sa colère de trancher les têtes de ses quatre ennemis: les chefs coupés bondissent hors des épaules et croulent sur la terre.

Debout lui-même sur un char, Vidyounmâlî transfora de ses dards aux ornements d’or le roi Soushéna et poussa maint cri de victoire; mais celui-ci, voyant un instant propice, le saisit et soudain lui broya son char sous le coup d’une grande cime de montagne. Alors, grâce à sa légèreté naturelle, le noctivague Vidyounmâlî sauta vite à bas du char et se tint pied à terre, une massue à la main.

Aussitôt, enflammé de colère, Soushéna, le roi des singes, prit un vaste rocher et courut sur le noctivague. Néanmoins, d’un mouvement rapide, le rôdeur des nuits, Vidyounmâlî, frappa dans la poitrine avec sa massue le roi Soushéna au moment qu’il fondait sur lui. Mais le quadrumane, sans faire aucune attention à ce terrible coup de massue, envoya sa lourde roche tomber dans la poitrine même de son rival et termina ce grand combat. Tué par l’atteinte du rocher, le noctivague Vidyounmâlî tomba sur la terre, ayant son cœur moulu et sa vie brisée.

Tandis que les Rakshasas et les singes combattaient ainsi, le soleil parvint à son couchant et fut remplacé dans les cieux par la nuit destructive des existences. Alors un combat de nuit infiniment épouvantable s’éleva entre ces guerriers qu’une haine mutuelle armait l’un contre l’autre et qui tous désiraient également la victoire: « Es-tu Rakshasa? » disaient les singes; « es-tu un singe? » criaient les Rakshasas; et tous, à ces mots, ils se frappaient dans le combat de coups réciproques au milieu de cette affreuse obscurité. « Fends! … déchire! … amène! » disaient les uns; « Traîne-le! … mets-les en fuite! » criaient les autres. On ne distinguait que ces mots dans un bruit confus au milieu de cette affreuse obscurité.

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· 27 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library