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Chapter 13 of 97

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Kàauçalyà, et Soumitrâ, et Kêkéyi à la taille charmante, et les autres dames, qui étaient les épouses du monarque, reçurent les nouvelles mariées avec une politesse attentive.

Dès lors, comblées de joie, trouvant le bonheur dans le bien et l’amour de leurs maris, elles commencèrent à goûter chastement le plaisir conjugal. Mais ce fut surtout la belle Mithilienne, fille du roi Djanaka, qui, plus que les autres, sut charmer son époux. Après que l’hymen eut joint Râma d’un chaste nœud à cette jeune fille aimée, d’un rang égal au sien, d’une beauté, à laquelle rien n’était supérieur, ce fils d’un roi saint en reçut un grand éclat, comme un autre invincible Vishnou de son mariage avec Çrî, la déesse même de la beauté.

Or, après un certain laps de temps, le roi Daçaratha fit appeler son fils Bharata, de qui la noble Kêkéyi était mère, et lui dit ces paroles: « Le fils du roi de Kékaya, qui habite ici depuis quelque temps, ce héros, ton oncle maternel, mon enfant, est venu pour te conduire chez ton aïeul. — Il te faut donc t’en aller avec lui voir ton grand-père: observe à ton aise, mon fils, cette ville de ton aïeul. »

Alors, dès qu’il eut recueilli ces mots du roi Daçaratha, le fils de Kêkéyî se disposa à faire ce voyage, accompagné de Çatroughna. Son père le baisa au front, embrassa même avec étreinte ce jeune guerrier, semblable au lion par sa noble démarche, et lui tint ce langage devant sa cour assemblée:

« Va, bel enfant, sous une heureuse étoile, au palais de ton aïeul; mais écoute, avant de partir, mes avis, et suis-les, mon chéri, avec le plus grand soin. Sois distingué par un bon caractère, mon fils, sois modeste et non superbe; cultive soigneusement la société des brahmes, riches de science et de vertus. Consacre tes efforts à gagner leur affection; demande-leur ce qui est bon pour toi-même, et n’oublie pas de recueillir comme l’ambroisie même la sage parole de ces hommes saints. En effet, les brahmes magnanimes sont la racine du bonheur et de la vie: que les brahmes soient donc pour toi, dans toutes les affaires, comme la bouche même de Brahma. Car les brahmes furent de vrais Dieux, habitants du ciel; mais les Dieux supérieurs, mon fils, nous les ont envoyés, comme les Dieux de la terre, dans le monde des hommes, pour éclairer la vie des créatures. Acquiers dans la fréquentation de ces prêtres sages et les Védas, et le Çâstra impérissable des Devoirs, et le Traité sur le grand art de gouverner, et le Dhanour-Véda complètement.

« Sois même, vaillant héros, sois même instruit dans beaucoup d’arts et de métiers: rester dans l’oisiveté un seul instant ne vaut rien pour toi, mon ami. Aie soin de m’envoyer sans cesse des courriers, qui m’apportent les nouvelles de ta santé; car, dans mes regrets de ton absence, au moins faut-il que mon âme soit consolée en apprenant que tu vas bien! »

Quand le roi eut ainsi parlé, ses yeux baignés de larmes et d’une voix sanglotante, il dit à Bharata: « Va, mon fils! » Celui-ci donc salua d’un adieu son père, il salua d’un adieu Râma à la vigueur sans mesure; et, s’étant d’abord incliné devant les épouses du roi, ses mères, il partit, accompagné de Çatroughna.

Après quelques jours comptés depuis son départ, après qu’il eut traversé des forêts, des fleuves, des montagnes du plus ravissant aspect, l’auguste voyageur atteignit la ville et l’agréable palais du roi son grand-père. Près de là, faisant halte, Bharata envoya un messager de confiance dire au monarque, son aïeul: « Je suis arrivé. »

Transporté de joie à ces paroles du messager, le roi fit entrer, comblé des plus grands honneurs, son petit-fils dans les faubourgs de sa ville, pavoisée d’étendards, embaumée du parfum des aromates, parée de fleurs et de bouquets, festonnée de guirlandes des bois, jonchée de sable fin dans toute sa rue royale, soigneusement arrosée d’eau et pourvue de tonnes pleines disposées çà et là. Ensuite, les habitants reçurent aux portes de la ville Bharata exposé à tous les yeux et réjoui par les concerts de tous les instruments, qui exprimaient des chants joyeux sur un mouvement vif; Bharata, suivi par les troupes des plus belles courtisanes, qui jouaient de la musique ou dansaient devant lui: telle fut son entrée dans la ville.

Puis, arrivé dans le palais du roi, tout rempli d’officiers richement costumés, il y fut comblé d’honneurs, traité à la satisfaction de tous ses désirs; et le fils de Kêkéyi habita cette cour dans un bien-être délicieux, comme le plus heureux mortel des mortels heureux.

Sans désir même que le sceptre vînt dans ses mains suivant l’ordre héréditaire de sa famille, Râma pensait que monter au sommet de la science est préférable à l’honneur même de monter sur un trône. Il était plein de charité pour tous les êtres, secourable à ceux qui avaient besoin de secours, libéral, défenseur des gens de bien, ami des faibles, réfugiés sous sa protection, reconnaissant, aimant à payer de retour le bon office reçu, vrai dans ses promesses, ferme dans ses résolutions, maître de son âme, sachant distinguer les vertus, parce qu’il était vertueux lui-même. Adroit, ayant le travail facile et l’intelligence des affaires, il prenait en main les intérêts de tous ses amis, et les menait au succès avec un langage affectueux.

Ce prince illustre eût volontiers renoncé à la vie, à la plus opulente fortune ou même à ses voluptés les plus chères; mais à la vérité, jamais. Droit, généreux, faisant le bien, modeste, de bonnes mœurs, doux, patient, invincible aux ennemis dans le combat, il avait un grand cœur, une grande énergie, une grande âme: en un mot, c’était le plus vertueux des hommes, rayonnant de splendeur, d’un aspect aimable comme la lune et pur comme le soleil d’automne.

Quand le roi Daçaratha vit ce fléau des ennemis, cette féconde mine de vertus briller d’un éclat sans égal par cette foule de qualités et par d’autres encore, il se mit à rouler continuellement cette pensée au fond de son âme, venue et déjà fixée même dans ce projet: « Il faut que je sacre mon fils Râma comme associé à ma couronne et prince de la jeunesse. »

Cette idée s’agitait sans cesse dans le cœur du monarque sage: « Quand verrai-je l’onction royale donnée à Râma! Il est digne de cette couronne: sachant donner à tous les êtres la chaîne de l’amour, il est plus aimé que moi et règne déjà sur mes sujets par toutes ses vertus. Égal en courage à Indra, égal à Vrihaspati par l’intelligence, égal même à la terre en stabilité, il est mieux doué que moi en toutes qualités. Quand j’aurai vu ce fils, ma gloire, élevé par moi-même sur ce trône, qui gouverne toute l’étendue si vaste de la terre, j’irai doucement au ciel, où me conduit cet âge avancé. »

Dès qu’ils eurent connaissance des sentiments du monarque, les hommes de bon jugement et qui savaient pénétrer dans le fond des choses, instituteurs spirituels, conseillers d’État, citadins et même villageois se réunirent, tinrent conseil, arrêtèrent une résolution, et tous, de toutes parts, ils dirent au vieux roi Daçaratha: « Auguste monarque, te voilà un vieillard devenu plusieurs fois centenaire: ainsi daigne consacrer ton fils Râma comme héritier de ta couronne. »

À ce discours, tel que son cœur l’avait souhaité, il dissimula son désir et répondit à ces hommes, dont il voulait connaître mieux toute la pensée: « Pourquoi vos excellences désirent-elles que j’associe mon fils à mon trône dans le temps même où je suffis à gouverner la terre avec justice? »

Ces habitants de la ville et des campagnes répondirent à ce magnanime: « Nombreuses et distinguées, ô roi, sont les qualités de ton fils. Il est doux, il a des mœurs honnêtes, une âme céleste, une bouche instruite à ne dire que des choses aimables et jamais d’invectives; il est bienfaisant, il est comme le père et la mère de tes sujets.

« À quelque guerre, ô mon roi, que tu ordonnes à ton fils de marcher, il s’en retourne d’ici et de là toujours victorieux, après que sa main a terrassé l’ennemi; et, quand il revient parmi nous, triomphant des armées étrangères, ce héros, tirant de la victoire même une modestie plus grande, nous comble encore de ses politesses.

« Rentre-t-il d’un voyage, monté sur un éléphant ou porté dans un char, s’il nous voit sur le chemin royal, il s’arrête, il s’informe de nos santés, et toujours ce prince affectueux nous demande si nos feux sacrés, nos épouses, nos serviteurs, nos disciples, toute chose enfin va bien chez nous.

« Puissions-nous voir bientôt sacrer par tes ordres, comme héritier présomptif du royaume, ce Râma aux yeux de lotus bleu, au cœur plein d’affection pour les hommes! Daigne maintenant, ô toi, qui es comme un Dieu chez les hommes, associer à ta couronne sur la terre ce fils si digne d’être élu roi, ce Râma, le seigneur du monde, le maître de son âme et l’amour des hommes, dont il fait les délices par ses vertus! »

Ensuite, ayant fait appeler Sumantra, le roi Daçaratha lui dit: « Amène promptement ici mon vertueux Râma! » « Oui! « répondit le serviteur obéissant; et, sur l’ordre intimé par son maître, ce ministre sans égal dans l’art de conduire un char eut bientôt amené Râma dans ce lieu même.

Alors, s’étant assis là, tous les rois de l’occident, du nord, de l’orient et du midi, ceux des Mlétchhas, ceux des Yavanas, ceux même des Çakas, qui habitent les montagnes, bornes du monde, s’échelonnèrent sous leur auguste suzerain Daçaratha, comme les Dieux sont rangés sous Indra, le fils de Vasou.

Assis dans son palais au milieu d’eux et tel qu’Indra au milieu des Maroutes, le saint monarque vit s’avancer, monté sur le char et semblable au roi des Gandharvas ce fils au courage déjà célèbre dans tout l’univers, aux longs bras, à la grande âme, au port majestueux comme la démarche d’un éléphant ivre d’amour. L’auguste souverain ne pouvait se rassasier de contempler ce Râma au visage désiré comme l’astre des nuits, à l’aspect infiniment aimable, qui attirait l’esprit et la vue des hommes par ses vertus, sa noblesse, sa beauté, et marchait, semant la joie autour de lui, comme le Dieu des pluies sur les êtres, consumés par les feux de l’été.

Aussitôt qu’il eut aidé le jeune rejeton de l’antique Raghou à descendre du char magnifique, Soumantra, les mains jointes, le suivit par derrière, tandis que le vaillant héros s’avançait vers son père.

Joignant ses mains, inclinant son corps, il s’approcha du monarque, et, se nommant, il dit: « Je suis Râma. » Puis il toucha du front les pieds de son père. Mais celui-ci, ayant vu son bien-aimé fils prosterné à son côté, les paumes réunies en coupe, saisit les deux mains jointes, le tira doucement à soi et lui donna un baiser.

Ensuite, le fortuné monarque offrit du geste à Râma un siège incomparable, éblouissant, le plus digne parmi tous, orné d’or et de pierreries. Alors, quand il se fut assis dans le noble siège, Râma le fit resplendir, comme le Mérou, que le soleil à son lever illumine de ses clartés sans tache.

Le puissant monarque se réjouit à la vue de ce fils chéri, noblement paré et qui semblait Daçaratha lui-même réfléchi dans la surface d’un miroir. Ce roi, le meilleur des pères, ayant donc adressé la parole à son fils avec un sourire, lui tint ce langage, comme Kaçyapa au souverain des Dieux:

« Râma, tu es mon enfant bien-aimé, le plus éminent par tes vertus et né, fils égal à moi, d’une épouse mon égale et la première de mes épouses. Enchaînés par tes bonnes qualités, ces peuples te sont déjà soumis: reçois donc le sacre, comme associé à ma couronne, en ce temps, où la lune va bientôt faire sa conjonction avec l’astérisme Poushya, constellation propice. J’aime à le reconnaître, mon fils; la nature t’a fait modeste et même vertueux; mais ces vertus n’empêcheront point ma tendresse de te dire ce qu’elle sait d’utile pour toi. Avance-toi plus encore dans la modestie; tiens continuellement domptés les organes des sens, et fuis toujours les vices, qui naissent de l’amour et de la colère. Jette les yeux sur la Cause première, et que sans cesse ton âme, comme la sienne, Râma, se cache et se montre dans la défense de tes sujets. D’abord, sois dévoué au bien, exempt d’orgueil, escorté sans cesse de tes vertus; ensuite, protège ces peuples, mon fils, comme s’ils étaient eux-mêmes les fils nés de ta propre chair.

« Noble enfant de Raghou, examine d’un œil vigilant tes soldats, tes conseillers, tes éléphants, tes chevaux et tes finances, l’ami et l’ennemi, les intermédiaires et les rois neutres. Lorsqu’un roi gouverne de telle sorte la terre, que ses peuples heureux lui sont inébranlablement dévoués, ses amis en ressentent une joie égale à cette allégresse des Immortels, devenus enfin les heureux possesseurs de la divine ambroisie. Impose le frein à ton âme, et sache, mon fils, te conduire ainsi! »

À peine le monarque avait-il achevé son discours, que des hommes, messagers de cette agréable nouvelle, couraient déjà en faire part à Kâauçalyâ. Elle, la plus noble des femmes, elle distribua à ces porteurs d’une nouvelle si flatteuse et de l’or, et des vaches, et toutes sortes de pierreries.

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· 13 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library