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Chapter 67 of 143

CHAPITRE XIX,

1. Tseu-tchang dit: L'homme qui s'est élevé au-dessus des autres par les acquisitions de son intelligence[53] prodigue sa vie à la vue du danger. S'il voit des circonstances propres à lui faire obtenir des profits, il médite sur la justice et le devoir. En offrant un sacrifice, il médite sur le respect et la gravité, qui en sont inséparables. En accomplissant des cérémonies funèbres, il médite sur les sentiments de regret et de douleur qu'il éprouve. Ce sont là les devoirs qu'il se plaît à remplir.

2. Tseu-tchang dit: Ceux qui embrassent la vertu sans lui donner aucun développement; qui ont su acquérir la connaissance des principes de la droite raison sans pouvoir persévérer dans sa pratique: qu'importe au monde que ces hommes aient existé ou qu'ils n'aient pas existé?

3. Les disciples de Tseu-hia demandèrent à Tseu-tchang ce que c'était que l'amitié ou l'association des amis. Tseu-tchang dit: Qu'en pense votre maître Tseu-hia? [Les disciples] répondirent avec respect: Tseu-hia dit que ceux qui peuvent se lier utilement par les liens de l'amitié s'associent, et que ceux dont l'association serait nuisible ne s'associent pas. Tseu-tchang ajouta: Cela diffère de ce que j'ai entendu dire. J'ai appris que l'homme supérieur honorait les sages et embrassait dans son affection toute la multitude; qu'il louait hautement les hommes vertueux et avait pitié de ceux qui ne l'étaient pas. Suis-je un grand sage; pourquoi, dans mes relations avec les hommes, n'aurais-je pas une bienveillance commune pour tous? Ne suis-je pas un sage; les hommes sages (dans votre système) me repousseront. S'il en est ainsi, pourquoi repousser de soi certains hommes?

4. Tseu-hia dit: Quoique certaines professions de la vie soient humbles[54], elles sont cependant véritablement dignes de considération. Néanmoins, si ceux qui suivent ces professions veulent parvenir à ce qu'il y a de plus éloigné de leur état[55], je crains qu'ils ne puissent réussir. C'est pourquoi l'homme supérieur ne pratique pas ces professions inférieures.

5. Tseu-hia dit: Celui qui chaque jour acquiert des connaissances qui lui manquaient, et qui chaque mois n'oublie pas ce qu'il a pu apprendre, peut être dit aimer l'étude.

6. Tseu-hia dit: Donnez beaucoup d'étendue à vos études, et portez-y une volonté ferme et constante. Interrogez attentivement, et méditez à loisir sur ce que vous avez entendu. La vertu de l'humanité, la vertu supérieure est là.

7. Tseu-hia dit: Tous ceux qui pratiquent les arts manuels s'établissent dans des ateliers pour confectionner leurs ouvrages; l'homme supérieur étudie pour porter à la perfection les règles des devoirs.

8. Tseu-hia dit: Les hommes vicieux déguisent leurs fautes sous un certain dehors d'honnêteté.

9. Tseu-hia dit: L'homme supérieur a trois apparences changeantes: si on le considère de loin, il parait grave, austère; si on approche de lui, on le trouve doux et affable; si on entend ses paroles, il paraît sévère et rigide.

10. Tseu-hia dit: Ceux qui remplissent les fonctions supérieures d'un État se concilient d'abord la confiance de leur peuple pour obtenir de lui le prix de ses sueurs; s'ils n'obtiennent pas sa confiance, alors ils sont considérés comme le traitant d'une manière cruelle. Si le peuple a donné à son prince des preuves de sa fidélité, il peut alors lui faire des remontrances; s'il n'a pas encore donné des preuves de sa fidélité, il sera considéré comme calomniant son prince.

11. Tseu-hia dit: Dans les grandes entreprises morales, ne dépassez pas le but; dans les petites entreprises morales, vous pouvez aller au delà ou rester en deçà sans de grands inconvénients.

12. Tseu-yeou dit: Les disciples de Tseu-hia sont de petits enfants; ils peuvent arroser, balayer, répondre respectueusement, se présenter avec gravité et se retirer de même. Ce ne sont là que les branches ou les choses les moins importantes; mais la racine de tout, la chose la plus importante, leur manque complètement[56]. Que faut-il donc penser de leur science?

Tseu-hia, ayant entendu ces paroles, dit: Oh! Yan-yeou excède les bornes. Dans l'enseignement des doctrines de l'homme supérieur, que doit-on enseigner d'abord, que doit-on s'efforcer d'inculquer ensuite? Par exemple, parmi les arbres et les plantes, il y a différentes classes qu'il faut distinguer. Dans renseignement des doctrines de l'homme supérieur, comment se laisser aller à la déception? Cet enseignement a un commencement et une fin; c'est celui du saint homme.

13. Tseu-hia dit: Si pendant que l'on occupe un emploi public on a du temps et des forces de reste, alors on doit s'appliquer à l'étude de ses devoirs; quand un étudiant est arrivé au point d'avoir du temps et des forces de reste, il doit alors occuper un emploi public.

14. Tseu-yeou dit: Lorsqu'on est en deuil de ses père et mère, on doit porter l'expression de sa douleur à ses dernières limites, et s'arrêter là.

15. Tseu-yeou dit: Mon ami Tchang se jette toujours dans les plus difficiles entreprises; cependant il n'a pas encore pu acquérir la vertu de l'humanité.

10. Thsêng-tseu dit: Que Tchang a la contenance grave et digne! cependant il ne peut pas pratiquer avec les hommes la vertu de l'humanité!

17. Thsêng-tseu dit: J'ai entendu dire au maître qu'il n'est personne qui puisse épuiser toutes les facultés de sa nature. Si quelqu'un le pouvait, ce devrait être dans l'expression de la douleur pour la perte de ses père et mère.

18. Thsêng-tseu dit: J'ai entendu souvent le maître parler de la piété filiale de Meng-tchouang-tseu. [Ce grand dignitaire de l'État de Lou] peut être imité dans ses autres vertus; mais, après la mort de son père, il ne changea ni ses ministres ni sa manière de gouverner; et c'est en cela qu'il est difficile à imiter.

19. LorsqueMeng-chi (Meng-tchouang-tseu) nomma Yang-fou ministre de la justice, Yang-fou consulta Thsêng-tseu [son maître] sur la manière dont il devait se conduire. Thsêng-tseu dit: Si les supérieurs qui gouvernent perdent la voie de la justice et du devoir, le peuple se détache également du devoir et perd pour longtemps toute soumission. Si vous acquérez la preuve qu'il a de tels sentiments de révolte contre les lois, alors ayez compassion de lui, prenez-le en pitié et ne vous en réjouissez jamais.

20. Tseu-koung dit: La perversité de Cheou-(sin) ne fut pas aussi extrême qu'on l'a rapporté. C'est pour cela que l'homme supérieur doit avoir en horreur de demeurer dans des lieux immondes; tous les vices et les crimes possibles lui seraient imputés.

21. Tseu-koung dit: Les erreurs de l'homme supérieur sont comme des éclipses du soleil et de la lune. S'il commet des fautes, tous les hommes les voient; s'il se corrige, tous les hommes le contemplent.

22. Kong-sun-tchao, grand de l'État de Weï, questionna Tseu-koung en ces termes: A quoi ont servi les études de Tchoung-ni [KHOUNG-TSEU]?

Tseu-koung dit: Les doctrines des [anciens rois] Wen et Wou ne se sont pas perdues sur la terre; elles se sont maintenues parmi les hommes. Les sages ont conservé dans leur mémoire leurs grands préceptes de conduite; et ceux qui étaient avancés dans la sagesse ont conservé dans leur mémoire les préceptes de morale moins importants qu'ils avaient laissés au monde. Il n'est rien qui ne se soit conservé des préceptes et des doctrines salutaires de Wen et de Wou. Comment le maître ne les aurait-il pas étudiés? et même comment n'aurait-il eu qu'un seul et unique précepteur?

23. Chou-sun, du rang de Wou-chou [grand de l'État de Lou], s'entretenant avec d'autres dignitaires du premier ordre à la cour du prince, dit: Tseu-koung est bien supérieur en sagesse à Tchoung-ni.

Tseu-fou, du rang de King-pe [grand dignitaire de l'État de Lou], en informa Tseu-koung. Tseu-koung dit: Pour me servir de la comparaison d'un palais et de ses murs, moi Sse, je ne suis qu'un mur qui atteint à peine aux épaules; mais, si vous considérez attentivement tout l'édifice, vous le trouverez admirable.

Les murs de l'édifice de mon maître sont très-élevés. Si vous ne parvenez pas à en franchir la porte, vous ne pourrez contempler toute la beauté du temple des ancêtres, ni les richesses de toutes les magistratures de l'État.

Ceux qui parviennent à franchir cette porte sont quelques rares personnes. Les propos de mon supérieur [Wou-chou, relativement à KHOUNG-TSEU et à lui] ne sont-ils pas parfaitement analogues?

24. Chou-sun Wou-chou ayant de nouveau rabaissé le mérite de Tchoung-ni, Tseu-koung dit: N'agissez pas ainsi; Tchoung-ni ne doit pas être calomnié. La sagesse des autres hommes est une colline ou un monticule que l'on peut franchir; Tchoung-ni est le soleil et la lune, qui ne peuvent pas être atteints et dépassés. Quand même les hommes [qui aiment l'obscurité] désireraient se séparer complétement de ces astres resplendissants, quelle injure feraient-ils au soleil et à la lune? Vous voyez trop bien maintenant que vous ne connaissez pas la mesure des choses.

25. Tching-tseu-king (disciple de KHOUNG-TSEU), s'adressant à Tseu-koung, dit: Vous avez une constance grave et digne; en quoi Tchoung-ni est-il plus sage que vous?

Tseu-koung dit: L'homme supérieur, par un seul mot qui lui échappe, est considéré comme très-éclairé sur les principes des choses; et par un seul mot il est considéré comme ne sachant rien. On doit donc mettre une grande circonspection dans ses paroles.

Notre maître ne peut pas être atteint [dans son intelligence supérieure]; il est comme le ciel, sur lequel on ne peut monter, même avec les plus hautes échelles.

Si notre maître obtenait de gouverner des États, il n'avait qu'à dire [au peuple]: Etablissez ceci, aussitôt il l'établissait; suivez cette voie morale, aussitôt il la suivait; conservez la paix et la tranquillité, aussitôt il se rendait à ce conseil; éloignez toute discorde, aussitôt l'union et la concorde régnaient. Tant qu'il vécut, les hommes l'honorèrent; après sa mort, ils l'ont regretté et pleuré. D'après cela, comment pouvoir atteindre à sa haute sagesse?

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CHAPITRE XIX, · The Four Books (Sishu) — Confucius · The Conscious Library