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Chapter 3 of 54

Texte entier · 3

Au pôle opposé de ce parti hérétique, triplement antichrétien — dans ses idées religieuses, dans son sécularisme et dans son nationalisme, — nous trouvons le parti absolument orthodoxe et catholique qui défendait l’idée pure du christianisme contre tous les compromis païens, et le gouvernement ecclésiastique libre et universel, contre les attentats du césaro-papisme et les tendances du particularisme national. Ce parti n’avait pas pour soi les faveurs des puissances terrestres, il ne comptait parmi le haut clergé que des représentants isolés; mais il s’appuyait sur la plus grande puissance religieuse de ces temps-là — les moines et aussi sur la foi simple de la masse des fidèles (du moins dans les parties centrales de l’empire byzantin). Et puis ces orthodoxes catholiques trouvaient et reconnaissaient dans la chaire centrale de saint Pierre le puissant palladium de la vérité et de la liberté religieuse. Pour caractériser la valeur morale et l’importance ecclésiastique de ce parti, il suffit de dire que c’était le parti de saint Athanase le Grand, de saint Jean Chrysostome, de saint Flavien, de saint Maxime le Confesseur, de saint Théodore le Studite.

Mais ce ne fut ni le parti franchement hérétique, ni le parti vraiment orthodoxe, qui fixa pour de longs siècles les destinées de l’Orient chrétien. Le rôle décisif dans cette histoire fut joué par un troisième parti qui, tout en occupant une place intermédiaire entre les deux autres, n’était pas cependant séparé d’eux par de simples nuances, mais avait une tendance tout à fait déterminée et poursuivait une politique profondément méditée. La grande majorité du haut clergé grec appartenait à ce parti que nous pouvons appeler semi-orthodoxe, ou plutôt orthodoxe-anticatholique. Ces prêtres, soit par conviction théorique, soit par sentiment routinier, soit par attachement à la tradition commune, tenaient beaucoup au dogme orthodoxe. Ils n’avaient rien en principe contre l’unité de l’Église universelle, mais seulement à la condition que le centre de cette unité se trouvât chez eux; et puisque de fait ce centre se trouvait ailleurs, ils aimaient mieux être grecs que chrétiens et acceptaient une Église divisée plutôt que l’Église unifiée par un pouvoir à leurs yeux étranger et ennemi de leur nationalité. Comme chrétiens ils ne pouvaient pas être césaro-papistes en principe, mais comme patriotes grecs avant tout, ils préféraient le césaro-papisme byzantin à la papauté romaine. Leur grand malheur était que les autocrates grecs se signalaient pour la plupart comme hérétiques ou même comme hérésiarques; et ce qu’ils trouvaient encore plus insupportable, c’est que les rares moments où les empereurs prenaient l’orthodoxie sous leur protection étaient précisément les moments où l’Empire et la Papauté étaient en accord. Troubler cet accord, attacher les empereurs à l’orthodoxie tout en les détachant du catholicisme — ce fut là le but principal de la hiérarchie grecque. Dans ce but, elle était prête, malgré son orthodoxie sincère, à faire des sacrifices même en matière dogmatique.

L’hérésie formelle et logique répugnait à ces pieux personnages, mais ils n’y regardaient pas de près quand le divin Auguste voulait bien leur offrir le dogme orthodoxe un peu arrangé à sa façon. Ils aimaient mieux recevoir des mains d’un empereur grec une formule altérée ou inachevée que d’accepter la vérité pure et complète de la part d’un pape: l’hénoticon de Zénon remplaçait à leurs yeux avec avantage l’épître dogmatique de saint Léon le Grand. Dans les six ou sept épisodes successifs que présente l’histoire des hérésies orientales, la ligne de conduite que suivait le parti pseudo-orthodoxe était toujours la même. Au commencement, quand l’hérésie triomphante s’imposait avec violence, ces hommes sages ayant une aversion prononcée du martyre se soumettaient bien qu’à contre-cœur. Grâce à leur accession passive, les hérétiques pouvaient réunir des assemblées générales aussi ou même plus nombreuses que les vrais conciles œcuméniques. Mais après que le sang des confesseurs, la fidélité des couches populaires et l’autorité menaçante du pontife romain avaient forcé le pouvoir impérial à abandonner la cause de l’erreur, les hérétiques involontaires revenaient en masse à l’orthodoxie et, comme les ouvriers de la dernière heure, recevaient leur ample salaire. Les confesseurs héroïques survivaient rarement aux persécutions, et c’étaient les prudents qui jouissaient de la victoire de la vérité. Ils formaient la majorité dans les conciles orthodoxes comme ils l’avaient fait auparavant dans les conciliabules hérétiques. Et s’ils ne pouvaient pas refuser leur adhésion aux représentants du pape leur envoyant une formule exacte et définitive du dogme orthodoxe, si même au premier moment ils exprimaient cette adhésion avec un enthousiasme plus ou moins sincère, le triomphe manifeste de la papauté les faisait vite revenir à leur sentiment dominant, la haine jalouse contre le siège apostolique. Alors tous les efforts d’une volonté tenace et toutes les inventions d’un esprit astucieux étaient employés pour contrebalancer le succès de la papauté, pour la priver de son influence légitime, pour lui opposer un pouvoir usurpé et factice. Le pape leur avait servi contre l’hérésie, mais celle-ci une fois vaincue ne pouvait-on pas se passer du pape? Le patriarche de la nouvelle Rome ne pourrait-il pas supplanter celui de l’ancienne? Ainsi à chaque triomphe de l’orthodoxie, qui était toujours le triomphe de la papauté, succédait invariablement à Byzance une réaction anticatholique entraînant même les orthodoxes de bonne foi mais peu clairvoyants.

Cette réaction particulariste durait jusqu’à ce qu’une nouvelle hérésie plus ou moins impériale vint troubler les consciences orthodoxes et leur rappeler l’utilité d’un magistère vraiment ecclésiastique.

Quand, après 50 ans de domination dans l’empire d’Orient, l’arianisme officiel échoua dans ses tentatives d’envahir l’Église occidentale, et quand un espagnol, béni par les pontifes de Rome et de Milan, vint à Constantinople pour y restaurer l’orthodoxie, le rôle prépondérant que la papauté avait joué dans la grande lutte et dans le triomphe définitif du vrai dogme trinitaire ne manqua pas d’exciter la jalousie des sages hiérarques grecs, qui étaient semi-ariens sous Constance et Valens et qui devinrent tout à fait orthodoxes sous Théodose. Réunis (en 380) dans une assemblée qu’un grand saint de ce temps-là[3] a caractérisée par des paroles trop connues, ils se constituèrent à eux seuls en concile œcuménique — comme si toute la chrétienté occidentale n’existait pas — remplacèrent arbitrairement le symbole de Nicée — cet étendard commun de l’orthodoxie universelle tant en Orient qu’en Occident — par une nouvelle formule de provenance exclusivement Orientale; ils couronnèrent leur œuvre anticanonique en accordant à l’évêque de Constantinople, qui n’était qu’un suffragant de l’archevêque d’Héraclée, la dignité de premier patriarche de l’Église orientale au préjudice des sièges apostoliques d’Alexandrie et d’Antioche confirmés dans leurs droits par le grand concile de Nicée. Si les souverains pontifes avaient été en général aussi ambitieux qu’on aime à les représenter, ou mieux — si la défense de leur droits légitimes leur avait tenu plus à cœur que le maintien de la paix universelle, — la séparation des deux Églises aurait été inévitable dès 381. Mais la générosité et l’esprit chrétien du pape Damase surent prévenir cette calamité. Considérant que le symbole de Constantinople était aussi orthodoxe que celui de Nicée, et que l’article supplémentaire sur l’Esprit-Saint avait sa raison d’être — vu la nouvelle hérésie des pneumatomaques qui niaient que l’esprit procédât du Père, en faisant de la troisième hypostase une simple créature du Fils, — le pape approuva, en son nom et au nom de toute l’Église latine, l’acte dogmatique du concile grec auquel il conféra par là la valeur d’un vrai concile œcuménique. Quant à l’usurpation du patriarcat par le siège de Constantinople, elle fut passée sous silence.

Plus grand encore que dans les luttes ariennes du IVe siècle fut le rôle de la papauté au siècle suivant, dans l’histoire des principales hérésies christologiques. La majorité des évêques grecs (notre troisième parti) se compromit honteusement par sa participation passive au brigandage d’Éphèse, où la foule des prélats orthodoxes dut non seulement assister à l’assassinat de saint Flavien, mais encore souscrire une profession de foi hérétique. Par contraste avec cette faiblesse criminelle, la papauté apparut dans la personne de saint Léon le Grand avec toute sa puissance morale et toute sa majesté. À Chalcédoine, les nombreux évêques grecs qui avaient pris part au brigandage de Dioscore durent demander humblement pardon aux légats du pape Léon, qui fut acclamé comme le chef divinement inspiré de l’Église Universelle. Un tel hommage à la justice et à la vérité était trop fort pour la médiocrité morale de ces hiérarques corrompus. La réaction anticatholique se manifesta tout de suite, à ce même concile de Chalcédoine. Après avoir applaudi avec enthousiasme à l’épître dogmatique du pape comme à la « parole même du bienheureux apôtre Pierre », les évêques byzantins essayèrent de substituer à cette parole apostolique une formule équivoque laissant la porte ouverte à l’hérésie[4]. Et quand ils eurent échoué, ils transportèrent leur action anticatholique sur un autre terrain, en proclamant dans une séance illégale la primauté de juridiction du patriarche impérial sur tout l’Orient et son égalité avec le pape. Cependant cet acte, dirigé contre le souverain pontife, dut être humblement soumis par les grecs à la confirmation du pape lui-même, qui le cassa complètement. Ainsi, malgré tout, le concile de Chalcédoine resta dans l’histoire comme un triomphe éclatant de la papauté. Le parti des orthodoxes anticatholiques ne pouvait pas se résigner à un tel résultat. La réaction fut cette fois décisive et persistante. L’orthodoxie pure étant trop romaine, on fit des avances à l’hérésie. Le patriarche Acacius favorisa l’hénoticon de l’empereur Zénon, — un compromis avec le monophysitisme. Excommunié par le pape, il eut le triste privilège de donner son nom au premier schisme formel entre l’Orient et l’Occident. Mais les principales circonstances de cette réaction anticatholique l’empêchèrent de se transformer en une scission définitive. Le parti semi-orthodoxe s’était discrédité dans le schisme d’Acacius par les concessions qu’il avait dû faire à l’hérésie manifeste — concessions qui, en troublant la conscience religieuse des fidèles, ne satisfaisaient nullement aux prétentions des hérétiques. Ceux-ci, enhardis par l’hénoticon qu’ils avaient rejeté avec mépris, mettaient en feu toute l’Égypte et menaçaient de la séparer de l’Empire. D’un autre côté les religieux orthodoxes, exaspérés par la trahison de la hiérarchie, fomentaient des troubles en Syrie et dans l’Asie Mineure; et à Constantinople même la foule applaudissait le moine qui accrochait au manteau du patriarche schismatique la bulle d’excommunication lancée par le pape.

Il n’était pas de bonne politique de maintenir un tel état de choses; et par l’initiative du gouvernement impérial les successeurs d’Acacius se montrèrent de plus en plus conciliants. Enfin sous l’empereur Justin le Vieux, la paix ecclésiastique fut conclue au profit et à l’honneur de la papauté. Les évêques orientaux, pour prouver leur orthodoxie et pour être reçus dans la communion de l’Église romaine, furent obligés d’accepter et de souscrire sans réserve la formule dogmatique du pape Hormisdas, c’est-à-dire de reconnaître implicitement l’autorité doctrinale suprême du siège apostolique[5]. La soumission des hiérarques grecs n’était pas sincère: ils rêvaient toujours une entente avec les monophysites contre le siège de saint Pierre. Mais leurs sourdes menées n’empêchèrent pas une nouvelle manifestation de la puissance pontificale (consignée dans les livres liturgiques de l’église gréco-russe), quand le pape saint Agapète, venu à Constantinople pour des raisons politiques, déposa, par sa propre autorité, un patriarche suspect de monophysitisme, le remplaça par un orthodoxe et obligea tous les évêques grecs à souscrire de nouveau la formule d’Hormisdas. Cependant les armes de Justinien triomphaient en Afrique et en Italie; Rome était reprise aux Ostrogoths et le pape redevenait de fait un sujet de l’empereur byzantin. Dans ces conditions et sous l’influence des velléités monophysites de son épouse, Justinien changea de conduite à l’égard du chef de l’Église. Le parti anticatholique leva la tête, et le pape Vigile, prisonnier à Constantinople, dut subir toutes les conséquences d’une réaction victorieuse. Le docteur suprême de l’Église sauvegarda son orthodoxie, mais il se vit profondément humilié dans sa dignité de chef souverain du gouvernement ecclésiastique; et bientôt après un évêque de Constantinople se crut assez fort pour usurper le titre de patriarche œcuménique. Cet évêque, orthodoxe dans sa doctrine, ascète exemplaire dans sa vie privée, réalisait l’idéal du grand parti anticatholique. Mais une nouvelle fantaisie impériale suffit pour dissiper l’illusion de cette orthodoxie précaire. Dans l’idée de l’empereur Héraclius, le monothélisme, en réunissant les orthodoxes avec les monophysites modérés, devait rétablir la paix dans l’empire, consolider la religion grecque et l’émanciper définitivement de toute influence romaine.

Le haut clergé dans tout l’Orient embrassa ces vues sans réserves. Les sièges patriarcaux furent occupés par des séries interrompues d’hérétiques plus ou moins zélés, et le monothélisme devint pour un demi-siècle la religion officielle de tout l’empire grec comme le semi-arianisme l’avait été du temps de Constance. Les champions héroïques de l’orthodoxie, quelques moines avec saint Maxime le Confesseur à leur tête se réfugièrent à Rome. Et encore une fois l’apôtre Pierre confirma ses frères.

Une longue succession de papes, depuis Sévérin jusqu’à saint Agathon, opposèrent à l’erreur impériale une résistance inébranlable; et l’un d’eux, saint Martin, arraché de l’autel par des soldats et traîné comme un criminel de Rome à Constantinople et de là en Crimée, donna sa vie pour la foi orthodoxe. La vérité religieuse et la force morale après cinquante ans de lutte eurent enfin le dessus. L’empire puissant, avec son clergé mondain, capitula encore une fois devant un pontife pauvre et désarmé.

Au concile de Constantinople (sixième œcuménique), on glorifia le siège apostolique de Rome comme une autorité demeurée inaccessible à l’erreur; et les évêques grecs répétèrent à l’adresse du pape Agathon les acclamations par lesquelles les pères de Chalcédoine avaient salué jadis saint Léon le Grand. Mais cette fois encore une réaction puissante ne tarda pas à succéder à un moment d’enthousiasme. Si les vrais héros de l’orthodoxie, comme saint Maxime le Confesseur, ne trouvaient pas de paroles assez fortes pour exalter la dignité et les mérites du siège de Rome, les orthodoxes anticatholiques, tout en profitant de ses mérites, étaient trop jaloux de sa dignité pour la reconnaître comme un fait accompli. Humiliés et irrités par la longue liste d’hérétiques et d’hérésiarques qui avaient souillé la chaire de Constantinople et qui devaient être anathématisés par le concile, les évêques grecs inventèrent à titre de revanche l’hérésie du pape Honorius et imposèrent cette fable à la bonhomie des légats romains. Non contents de cela, quelques années après le concile, ils se rassemblèrent de nouveau à Constantinople dans le palais impérial (in Trullo) et tentèrent, au moyen de fictions absurdes, d’attribuer une autorité œcuménique à ce conciliabule, tantôt en le représentant, contrairement à l’évidence, comme la continuation du sixième concile, tantôt (telle est la duplicité habituelle du mensonge) en faisant de lui l’épilogue du cinquième et du sixième conciles sous le nom bizarre de quini-sexte. Le but de ces fraudes absurdes ressortait clairement de certains canons publiés par les pères du Trullanum, qui condamnaient plusieurs usages disciplinaires et rituels de l’Église romaine. C’était là une justification anticipée du schisme; et si celui-ci ne se produisit pas alors déjà, deux siècles avant Photius, ce fut grâce à l’empereur iconoclaste Léon l’Isaurien, qui vint bientôt embrouiller les plans artificieux des orthodoxes anticatholiques.

Ce fut la plus violente, mais aussi la dernière, des hérésies impériales. Avec elle toutes les négations indirectes et masquées de l’idée chrétienne étaient épuisées. Après la condamnation des iconoclastes, le dogme orthodoxe fondamental (l’union parfaite du créateur et de la créature) était déterminé dans toutes ses parties et devenait un fait accompli. Mais le septième concile œcuménique (en 787), qui a achevé cette œuvre, avait été réuni sous les auspices du pape Adrien I et avait accepté comme norme de ses décisions une épître dogmatique de ce pontife. C’était encore un triomphe de la papauté; ce ne pouvait donc pas être « le triomphe de l’Orthodoxie ». Ce dernier fut remis à un demi-siècle quand, après une réaction iconoclaste comparativement faible (celle de la dynastie arménienne), le parti des orthodoxes anticatholiques réussit enfin, en 842, à vaincre sans le secours du pape les derniers restes de l’hérésie impériale et à l’englober avec toutes les autres dans un anathème solennel[6]. En effet, l’orthodoxie byzantine pouvait triompher en 842: sa lumière et sa gloire, le grand Photius, apparaissait déjà à la cour de la pieuse impératrice Théodora (celle qui fit massacrer cent mille hérétiques pauliciens) pour passer bientôt au trône des patriarches œcuméniques.

Le schisme inauguré par Photius (867) et consommé par Michel Cérullaire (1054) était intimement lié au « triomphe de l’orthodoxie » et réalisait complètement l’idéal rêvé depuis le IVe siècle par le parti des orthodoxes anticatholiques. Le vrai dogme définitivement établi, toutes les hérésies condamnées sans retour et le pape devenu inutile, il ne restait qu’à couronner l’œuvre en se séparant formellement de Rome. C’était aussi la solution qui convenait le mieux aux empereurs byzantins, qui comprirent enfin qu’il ne valait pas la peine d’éveiller, par des compromis dogmatiques entre le christianisme et le paganisme, la susceptibilité religieuse de leurs sujets et de les jeter dans les bras de la papauté quand on pouvait très bien concilier une stricte orthodoxie théorique avec un état politique et social purement païen. Fait très significatif et pas assez remarqué: depuis 842, il n’y eut plus un seul empereur hérétique ou hérésiarque à Constantinople et la concorde entre l’Église et l’État grecs ne fut pas une seule fois sérieusement troublée. Les deux pouvoirs se comprirent et se donnèrent la main: ils étaient liés ensemble par une idée commune: la négation du christianisme comme force sociale, comme principe moteur du progrès historique. Les empereurs embrassèrent à tout jamais l’orthodoxie comme dogme abstrait, et les hiérarques orthodoxes bénirent in sæcula sæculorum le paganisme de la vie publique. Et puisque sine sanguine nullum pactum, une hécatombe magnifique de cent mille pauliciens scella l’alliance du Bas-Empire avec la Basse-Église.

Cette soi-disant orthodoxie byzantine n’était en vérité que l’hérésie rentrée. Le vrai dogme central du christianisme, c’est l’union intime et complète du divin et de l’humain sans confusion et sans division. La conséquence nécessaire de cette vérité (pour nous borner à la sphère pratique de l’existence humaine), c’est la régénération de la vie sociale et politique par l’esprit de l’Évangile, c’est l’État et la société christianisés. Au lieu de cette union synthétique et organique du divin et de l’humain, on procéda par la confusion des deux éléments, par leur division, par l’absorption et la suppression de l’un ou de l’autre. D’abord on a confondu le divin et l’humain dans la majesté sacrée de l’Empereur. Comme dans l’idée confuse des Ariens le Christ était un être hybride, plus qu’un homme et moins qu’un Dieu, de même le césaro-papisme — cet arianisme politique — confondait sans les unir la puissance temporelle et la puissance spirituelle et faisait de l’autocrate plus qu’un chef d’État, sans pouvoir en faire le vrai chef de l’Église.

On sépara la société religieuse de la société profane, en confinant la première dans les monastères et en abandonnant le forum aux lois et aux passions païennes. Le dualisme nestorien, condamné en théologie, devint la base même de la vie byzantine. D’un autre côté, on réduisit l’idéal religieux à la contemplation pure, c’est-à-dire à l’absorption de l’esprit humain dans la divinité — idéal manifestement monophysite. Quant à la vie morale, ou lui ôta sa force active en lui imposant comme idéal suprême la soumission aveugle au pouvoir, l’obéissance passive, le quiétisme, c’est-à-dire la négation de la volonté et de l’énergie humaines — hérésie monothélite. Enfin, dans un ascétisme outré, on essaya de supprimer la nature corporelle, de briser l’image vivante de l’incarnation divine — application inconsciente, mais logique, de l’hérésie iconoclaste.

Cette contradiction profonde entre l’orthodoxie professée et l’hérésie pratiquée était un principe de mort pour l’empire byzantin. C’est là la vraie cause de sa ruine. Il était juste qu’il pérît et il était encore juste qu’il pérît par l’Islam. L’Islam, c’est le byzantinisme conséquent et sincère, délivré de toute contradiction intérieure. C’est une réaction franche et complète de l’esprit oriental contre le christianisme, c’est un système où le dogme est intimement lié aux lois de la vie, où la croyance individuelle est en parfait accord avec l’état social et politique.

Nous savons que le mouvement antichrétien se manifestant par les hérésies impériales avait abouti au VIIe et au VIIIe siècles à deux doctrines, dont l’une (celle des monothélites) niait indirectement la liberté humaine et l’autre (celle des iconoclastes) rejetait implicitement la phénoménalité divine. L’affirmation directe et explicite de ces deux erreurs constitua l’essence religieuse de l’Islam, qui voit dans l’homme une forme finie sans aucune liberté et dans Dieu une liberté infinie sans aucune forme. Dieu et l’homme étant fixés ainsi aux deux pôles opposés de l’existence, il n’y a plus de filiation entre eux, toute réalisation descendante du divin et toute spiritualisation ascendante de l’humain sont exclues; et la religion se réduit à un rapport purement extérieur entre le créateur tout-puissant et la créature privée de toute liberté et ne devant à son maître qu’un simple acte de dévouement aveugle (c’est là le sens du mot arabe islam). Cet acte de dévouement exprimé dans une courte formule de prière qu’on doit répéter invariablement chaque jour aux heures fixées — voilà tout le fond religieux de l’esprit oriental, qui a dit son dernier mot par la bouche de Mahomet. À cette simplicité de l’idée religieuse correspond une conception non moins simple du problème social et politique: l’homme et l’humanité n’ont pas de progrès essentiels à faire; il n’y a pas de régénération morale pour l’individu et à plus forte raison pour la société; tout est rabaissé au niveau de l’existence purement naturelle; l’idéal est réduit dans une mesure qui lui assure une réalisation immédiate. La société musulmane ne pouvait pas avoir d’autre but que l’expansion de sa force matérielle et la jouissance des biens de la terre. Propager l’Islam par les armes et gouverner les fidèles avec un pouvoir absolu et selon les règles d’une justice élémentaire fixées dans le Koran — voilà toute la tâche de l’État musulman, tâche qu’il lui serait bien difficile de ne pas remplir avec succès. Malgré le penchant au mensonge verbal, inhérent à tous les Orientaux comme individus, l’accord parfait entre les croyances et les institutions donne à toute la vie musulmane un caractère de vérité et d’honnêteté que le monde chrétien n’a jamais pu atteindre. Sans doute la chrétienté dans son ensemble est en voie de progrès et de transformation; et la hauteur même de son idéal ne permet pas de la juger définitivement d’après ses différents états passés et actuels. Mais le byzantinisme, qui a été en principe hostile au progrès chrétien, qui a voulu réduire toute la religion à un fait accompli, à une formule dogmatique et à une cérémonie liturgique — cet antichristianisme caché sous un masque orthodoxe a dû succomber dans son impuissance morale devant l’antichristianisme franc et honnête de l’Islam. Il est curieux de constater que la nouvelle religion, avec son dogme fataliste, est apparue juste au moment où l’empereur Héraclius inventait l’hérésie monothélite, c’est-à-dire la négation masquée de la liberté et de l’énergie humaines. On voulait par cet artifice consolider la religion officielle, ramener à l’unité l’Égypte et l’Asie. Mais l’Égypte et l’Asie préférèrent l’affirmation arabe à l’expédient byzantin. Si l’on ne tenait pas compte du long travail antichrétien du Bas-Empire, il n’y aurait rien de plus surprenant que la facilité et la rapidité de la conquête musulmane. Cinq années suffirent pour réduire à une existence archéologique trois grands patriarcats de l’Église orientale. Il n’y avait pas là de conversions à faire, il n’y avait qu’un vieux voile à déchirer.

L’histoire a jugé et condamné le Bas-Empire. Non seulement il n’a pas su remplir sa mission — fonder l’État chrétien — mais il s’est appliqué à faire avorter l’œuvre historique de Jésus-Christ. N’ayant pas réussi à falsifier le dogme orthodoxe, il l’a réduit à une lettre morte; il a voulu saper par la base l’édifice de la paix chrétienne en attaquant le gouvernement central de l’Église universelle; il a remplacé dans la vie publique la loi de l’Évangile par les traditions de l’État païen. Les Byzantins ont cru qu’il suffisait, pour être vraiment chrétien, de garder les dogmes et les rites sacrés de l’orthodoxie sans se soucier de christianiser la vie sociale et politique: ils ont cru licite et louable de renfermer le christianisme dans le temple et d’abandonner la place publique aux principes païens. Ils n’ont pas eu à se plaindre de leur destinée. Ils ont eu ce qu’ils voulaient: le dogme et le rite leur sont restés, et ce n’est que la puissance sociale et politique qui est tombée dans les mains des Musulmans, — ces héritiers légitimes du paganisme.

La mission de fonder l’État chrétien, répudiée par l’empire grec, fut transférée au monde romano-germain, aux Francs et aux Allemands. Cette transmission fut accomplie par le seul pouvoir chrétien qui avait le droit et l’obligation de le faire — par le pouvoir de saint Pierre, possesseur des clefs du Royaume. Remarquons la coïncidence des dates. La première pierre du futur empire d’Occident fut posée, par le baptême et le sacre du roi franc Clovis, en 496, époque où le schisme d’Acacius, après quelques tentatives infructueuses d’accommodement, semblait devoir séparer définitivement de l’Église catholique toute la chrétienté orientale. Le synchronisme de l’année 754 est encore plus remarquable: juste au moment où un grand concile iconoclaste à Constantinople confirmait, par l’apparence d’une autorité œcuménique, la dernière et la plus violente des hérésies impériales, spécialement dirigée contre l’Église romaine, le pape Etienne sacrait à Reims (ou à Saint-Denis? — qui me le dira?) le père de Charlemagne en lui disant: Quia ideo vos Dominus per humilitatem meam mediante S. Petro unxit in reges ut per vos sua sancta exaltetur Ecclesia et princeps apostolorum suam recipiat justitiam. La royauté carlovingienne se rattachait à la papauté par un rapport de filiation directe. Le pape, dit une vieille chronique, per auctoritatem apostolicam jussit Pippinum regem fieri. — Cet acte et ses conséquences nécessaires (la conquête de l’Italie par les Francs, la donation de Pépin et le couronnement de Charlemagne comme empereur romain) furent la cause réelle et prochaine de la séparation des Églises. Le pape, en transférant le sceptre impérial à un barbare occidental, devenait doublement étranger et hostile aux Grecs. Pour lui ôter tout point d’appui à Constantinople, il fallait seulement que les empereurs renonçassent définitivement à leurs velléités hérétiques, ce qui eût permis l’union de tous les « orthodoxes » sous l’étendard anticatholique. Cela ne tarda pas à arriver: le « triomphe de l’orthodoxie » et le schisme de Photius furent la réponse byzantine au couronnement de Charlemagne. Il ne s’agissait pas d’une dispute théologique ni d’une rivalité hiérarchique: c’était le vieil empire de Constantin qui ne voulait pas céder la place à la nouvelle puissance occidentale née de l’alliance intime entre la papauté et le royaume franc. Tout le reste n’était que prétexte et accessoire. Ce qui confirme cette manière de voir, c’est qu’après Photius le schisme fut suspendu pendant un siècle et demi — juste à l’époque où la chrétienté occidentale, nouvellement organisée, semblait tomber en ruines; quand la papauté, asservie à une oligarchie dépravée, perdait sa dignité morale et religieuse et que la dynastie carlovingienne se consumait en luttes intestines. Mais, dès que le pouvoir impérial fut restauré en passant dans les fortes mains des rois allemands, et qu’en même temps le siège de saint Pierre fut de nouveau occupé par des hommes apostoliques, — le mouvement anticatholique à Constantinople éclata avec violence et la séparation fut définitivement consommée.

L’empire franco-germain a fait des efforts sincères pour accomplir la mission que lui imposait sa dignité d’État chrétien. Malgré ses vices et ses désordres, la nouvelle société occidentale avait sur l’empire byzantin un avantage énorme: la conscience de ses maux et un besoin profond de s’en délivrer, — témoins ces innombrables conciles convoqués par les papes, les empereurs et les rois pour faire des réformes morales dans l’Église, pour rapprocher l’état social de l’idéal chrétien. Le succès de ces réformes était incomplet, mais il est à remarquer qu’on s’en préoccupait, qu’on ne voulait pas accepter en principe la contradiction entre la vérité et la vie, comme l’a fait le monde byzantin qui n’a jamais pensé à accorder son état social avec sa foi, qui n’a jamais entrepris aucune réforme morale, qui ne s’intéressait dans ses conciles qu’à des formules dogmatiques et à des prétentions hiérarchiques.

Mais en rendant toute la justice à Charlemagne et à Othon le Grand, à saint Henri et à saint Louis, il faut avouer qu’en somme la monarchie du moyen âge, — autant sous la forme fictive de l’Empire romain que sous la forme réelle d’une royauté nationale — n’a pas rempli la mission de l’État chrétien, n’a pas réussi à organiser définitivement la société selon l’idéal chrétien. Ces grands souverains eux-mêmes étaient bien loin de comprendre le problème social et politique du christianisme dans toute sa plénitude; et leur conception, tout imparfaite qu’elle fût, se trouva bientôt trop élevée pour leurs successeurs. C’était la politique de l’empereur Henri IV et du roi Philippe le Bel, et non pas celle de leurs saints prédécesseurs, qui faisait la règle générale; c’était la politique qui préparait la réforme de Luther et justifiait d’avance la Révolution française. L’empire allemand engendré par le pontificat romain rompit ce lien de filiation, se posa en rival de la papauté. Ce fut le premier pas et le plus important dans la voie révolutionnaire. La rivalité entre le fils et le père ne pouvait pas être le principe organique d’un ordre social. En épuisant ses forces durant deux siècles dans une lutte antichrétienne, en attaquant la base même de l’unité catholique, l’empire allemand perdait de fait et de droit sa suprématie internationale. Sans se soucier de cet empire romain fictif, tous les états européens se constituaient en corps complets et absolument indépendants. Et ce fut encore la papauté qui, tout en se défendant contre les attaques de l’empire allemand, dut prendre sur soi la grande tâche qu’il était indigne et incapable de remplir.

Nous n’avons pas à louer ou à défendre ici l’œuvre historique d’un Grégoire VII ou d’un Innocent III. Elle a trouvé dans ce siècle des apologistes et des panégyristes parmi des historiens protestants distingués, comme Voigt, Hurter, Neander. Dans tout ce que les grands papes du moyen âge, en dehors du domaine purement spirituel, ont fait pour la culture des peuples européens, pour la paix internationale et le bon ordre social, — il y a d’autant plus de mérite qu’ils remplissaient là une fonction qui ne leur appartenait pas immédiatement. La zoologie et la médecine connaissent des cas où un organisme jeune et vigoureux, atteint par accident dans un de ses organes essentiels, transporte temporairement la fonction de celui-ci à un autre organe bien portant (ce qu’on appelle organe vicariant, vikarirendes Organ). La papauté impériale ou l’empire papal d’Innocent III et d’Innocent IV était cet organe vicariant. Mais cela ne pouvait pas durer indéfiniment. Il fallait des hommes tout à fait exceptionnels pour pouvoir s’appliquer aux particularités d’une politique mondaine vaste et compliquée, en les subordonnant toujours au but spirituel et universel. Après des papes qui ont élevé la politique à la hauteur d’une action morale, il y en a eu nécessairement de plus nombreux qui ont abaissé la religion jusqu’au niveau des choses matérielles. Si des historiens protestants ont glorifié les hauts faits de l’Empire pontifical, sa décadence subite est attestée par le plus grand des écrivains catholiques, qui, dans des vers immortels, appelait un nouveau Charlemagne pour mettre fin à la confusion funeste des deux pouvoirs dans l’Église romaine. (Dante, l’Inferno, canto XIX, il Purgatorio, canto VIe, XVI.)

Et en effet, si nous considérons l’état politique et social de l’Europe vers la fin du moyen âge, nous devons avouer que la papauté, privée de son organe séculier et obligée de cumuler les deux fonctions, n’a pas pu donner une organisation vraiment chrétienne à la société qu’elle avait gouvernée. L’unité internationale, la paix chrétienne n’existait pas. Les peuples étaient livrés à des guerres fratricides, et une intervention surnaturelle a pu seule sauver l’existence nationale de la France.

La constitution sociale de l’Europe, qui avait pour base le rapport des conquérants et des conquis, gardait toujours ce caractère antichrétien d’inégalité et d’oppression. La vie publique dominée par l’orgueil du sang qui mettait une barrière infranchissable entre le noble et le vilain et par l’esprit de violence qui faisait de chaque pays un théâtre de guerres civiles et de rapines; enfin une justice pénale dont les atrocités semblaient être inspirées par les démons de l’enfer — comment reconnaître dans tout cela les traits d’une société vraiment chrétienne?

L’Église, faute d’un pouvoir impérial sincèrement chrétien et catholique, n’a pas réussi à établir la justice sociale et politique en Europe. Les nations et les États modernes, émancipés de la tutelle ecclésiastique depuis la Réforme, ont essayé de faire mieux que l’Église. Les résultats de l’expérience sont sous nos yeux. L’idée de la chrétienté — cette unité très insuffisante mais cependant réelle qui embrassait toutes les nations européennes — a disparu; la philosophie révolutionnaire a fait des efforts louables pour remplacer cette unité par celle du genre humain: on sait avec quel succès. Militarisme universel transformant des peuples entiers en armées ennemies et inspiré lui-même par une haine nationale telle que le moyen âge n’en a jamais connu; antagonisme social profond et irréconciliable; lutte des classes qui menace de mettre tout à feu et à sang; abaissement progressif de la force morale, dans les individus, manifesté par le nombre toujours croissant des folies, des suicides et des crimes — voilà la somme des progrès que l’Europe sécularisée a faits depuis trois ou quatre siècles[7].

Les deux grandes expériences historiques, celle du moyen âge et celle des temps modernes, semblent prouver avec évidence que ni l’Église privée du ministère d’un pouvoir séculier distinct mais solidaire avec elle, ni l’État séculier abandonné à ses propres forces, ne peuvent réussir à établir sur la terre la justice et la paix chrétiennes. L’alliance intime, l’union organique des deux pouvoirs sans confusion et sans division, voilà la condition indispensable du véritable progrès social. Il s’agit de savoir s’il y a dans le monde chrétien une puissance capable de reprendre avec un meilleur espoir l’œuvre de Constantin et de Charlemagne.

Le caractère profondément religieux et monarchique du peuple russe, quelques faits prophétiques dans son passé, la masse énorme et compacte de son Empire, la grande force latente de l’esprit national en contraste avec la pauvreté et le vide de son existence actuelle — tout cela paraît indiquer que la destinée historique de la Russie est de fournir à l’Église Universelle le pouvoir politique qui lui est nécessaire pour sauver et régénérer l’Europe et le monde.

Les grandes œuvres ne peuvent pas être accomplies par de petits moyens. Il ne s’agit pas d’un compromis confessionnel entre deux hiérarchies, ni d’un traité diplomatique entre deux gouvernements: c’est un lien moral et intellectuel qu’il faut avant tout établir entre la conscience religieuse de la Russie et la vérité de l’Église Universelle. Et pour rendre acceptable à notre esprit la vérité d’un principe dont l’apparition historique nous est étrangère et même hostile, il est nécessaire de remonter jusqu’aux premières raisons de cette vérité dans l’idée fondamentale du Christianisme.

Dans le premier livre de mon ouvrage (partie critique et polémique) j’ai voulu montrer ce qui manque à la Russie actuelle pour pouvoir accomplir sa mission théocratique; dans le second j’ai exposé théologiquement et historiquement les bases de l’unité universelle fondée par le Christ (la monarchie ecclésiastique); et dans le troisième je me suis proposé de rattacher l’idée de la théocratie (la Trinité sociale) à l’idée théosophique (la Trinité divine[8]).

Cet ouvrage est le résumé d’une œuvre plus étendue en langue russe et à laquelle je travaille depuis sept ans, mais qui n’a pu paraître dans mon pays; le premier volume, publié à Agram (en Croatie) en 1887, a été interdit par la censure russe. Dans ces conditions il m’a semblé plus pratique d’abréger mon travail et de l’adresser à un public plus vaste[9]. J’espère fermement voir le jour où ma patrie aura le bien dont elle a d’abord besoin — la liberté religieuse. Mais en attendant je n’ai pas cru qu’il me fût permis de garder le silence et j’ai vu dans cette publication française le moyen le plus efficace de faire entendre la vérité.

J’ai supprimé ou réduit au minimum dans les deux premières parties de mon travail tous les sujets sur lesquels je ne pouvais que répéter ce qui a été mieux dit par d’autres. Pour les détails concernant l’état de la religion et de l’Église en Russie, je suis heureux de pouvoir renvoyer les lecteurs au IIIe volume de l’ouvrage bien connu de M. Anatole Leroy-Beaulieu « l’Empire des Tsars ». — Le lecteur occidental trouvera aussi des renseignements utiles et intéressants dans le livre du R. P. Tondini: « Le pape de Rome et les papes des Églises orientales. »

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Texte entier · 3 · Russia and the Universal Church — Vladimir Solovyov · The Conscious Library