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The ConsciousLibrary

Chapter 67 of 97

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La belle montagne, foulée par le grand singe, fit jaillir, ici, un torrent d’eau; là, un ruisseau de sang; ailleurs, différents métaux; et, sous les pieds du quadrumane vigoureux, elle entra dans le sein de la terre avec ses arbres et ses hautes cimes.

Hanoûmat non fatigué, de qui la voix était pareille au bruit des nuages tonnants, poussa un long cri et se plongea dans le lac sans rivage du ciel; ce lac pur, dont les nuées sont le jeune gazon et la vallisnérie, dont les étoiles de l’arcture sont les cygnes qui en sillonnent la surface.

Dès qu’ils eurent ouï ce cri épouvantable d’Hanoûmat, la joie remplit aussitôt l’âme des singes impatients de revoir ce noble ami.

Djâmbavat, le plus vertueux des quadrumanes, adressant la parole à tous les simiens, ainsi qu’à leur chef Angada, prononce alors ces mots, le cœur ému de plaisir: « C’est Hanoûmat qui a complétement réussi dans sa mission; il n’y a là nul doute; car, s’il avait échoué dans son entreprise, il n’aurait pas un tel empressement! » À peine entendu ce cri du magnanime avec le battement fougueux de ses bras et de ses cuisses, les singes contents de s’élancer à l’envi de tous les côtés.

Déployant sa plus grande légèreté et d’une vigueur que doublait sa joie, Hanoûmat, à la vive splendeur, traversa de nouveau l’Océan par le milieu.

Le grand et fortuné quadrumane, voyageur aérien, s’avançait ainsi dans le ciel même, séjour accoutumé du vent, et sa fougue arrachait, pour ainsi dire, les bornes aux dix points de l’espace.

Remuant les masses de nuages et les traversant mainte et mainte fois, on le voit comme la lune, tantôt il apparaît à découvert, et tantôt il disparaît caché.

À la vue du grand singe, qui semblable à une masse de feu précipitait sa course vers eux, tous les simiens alors se tinrent, les mains réunies en coupe à leurs tempes. Descendu sur la haute montagne avec une rapidité extrême, le Mâroutide prit enfin pied sur la cime, hérissée de grands arbres. Alors tous les chefs des singes environnent le magnanime Hanoûmat et se tiennent auprès de lui, tous d’une âme joyeuse. Ils honorent le singe très-distingué, fils naturel du Vent, et lui offrent des présents, du miel et des fruits. Les uns d’éclater en joyeux applaudissements; les autres poussent des cris de plaisir, ceux-là se balancent de contentement sur les branches des arbres.

Hanoûmat à la puissante vigueur salua, inclinant son corps, le grand singe Djâmbavat à la vieillesse reculée et le prince de la jeunesse Angada.

Quand il eut reçu d’eux les révérences et les honneurs, qu’il méritait justement, le vaillant quadrumane leur annonça brièvement sa nouvelle: « J’ai vu la reine! » À ces mots du fils de Mâroute: « J’ai vu la reine; » ces mots si heureux et semblables en douceur à l’ambroisie même, le cœur des singes fut tout rempli de joie.

Le fils de Bâli, Angada le serre dans ses bras avec étreinte; il prend sa main dans la sienne; puis il s’assoit. Tous les singes font cercle autour de lui dans ces bois charmants du grand mont de Mahéndra et se livrent à la joie la plus vive.

Accroupis aux pieds du Mâroutide sur les grands blocs de la montagne, les principaux des singes, impatients de l’entendre conter de quelle manière il avait traversé la mer, comment il avait pu voir, et Lankâ, et Sîtâ, et Râvana, se tiennent de toutes parts autour de lui, et tous, les mains réunies en coupe à leurs tempes. Les yeux brillants de joie, ils demeurent tous en silence, attentifs, recueillis, et le visage dressé vers les paroles qu’allait dire Hanoûmat.

Après qu’il eut raconté toutes ses aventures, Hanoûmat, le fils du Vent, prit de nouveau la parole dans le plus beau langage: « La victoire de Râma, le zèle de Sougrîva et ma grande natation aérienne pour aller vers la chaste Sîtâ, ont porté des fruits. Telles que sont les œuvres de cette noble dame, sa pénitence peut sauver les mondes, chefs des singes, ou les brûler même dans sa colère.

« La puissance de Râvana, ce grand monarque des Rakshasas, est infinie de toute manière, puisqu’il a touché cette femme vertueuse et que son corps n’est point éclaté en cent morceaux! La flamme du feu, touchée avec la main, ne ferait pas elle-même ce que peut faire la fille du roi Djanaka, quand son âme est émue de colère. Environnée de Rakshasîs, cette dame charmante est accablée sous le poids du chagrin, et cependant c’est une fille des rois et la plus chaste des femmes qui gardent saintement la foi du mariage.

« Au milieu des Rakshasîs mêmes, je ramenai la confiance dans le cœur de cette femme aux yeux tels, pour ainsi dire, que ceux du faon de la gazelle, aux cheveux noués d’une seule tresse, comme les veuves, environnée dans ce bocage délicieux par des Rakshasîs difformes, en butte à leurs menaces, infortunée captive, affermie dans la résolution de mourir, n’ayant pour couche que la terre, les membres sans couleur comme un étang de lotus à l’arrivée des neiges, l’âme détournée avec horreur de l’impie Râvana et tout absorbée dans la pensée de son époux. J’eus un entretien avec elle, je l’instruisis des choses dans la vérité. Apprenant que Râma s’était uni par une alliance avec Sougrîva, elle en fut ravie de joie, cette magnanime dame, qui, malgré ses douleurs, ne s’écarte pas de ses vœux, de sa résolution, de sa rare piété conjugale. »

« Décidons maintenant tout ce qui est à faire dans la conjoncture. »

Après qu’il eut ouï son discours: « Puisque la chose est ainsi et qu’on vous l’a racontée comme elle est arrivée, dit le fils de Bâli à tous ses compagnons, quel autre parmi vous a besoin de voir la Vidéhaine, fille du roi Djanaka? Moi, fussé-je même sans aide, je suis capable de renverser dans un instant cette Lankâ, avec son peuple de Rakshasas, et d’exterminer le noctivague Râvana: combien plus, si j’étais accompagné de toutes vos grandeurs aux âmes parfaites, aux bonds vigoureux?

« Ce qui retient ici mon courage, c’est le congé que j’attends de vos grandeurs.

N’est-ce pas quand nous aurons délivré cette reine aux yeux noirs et reconquis cette fille du roi Djanaka, qu’il nous sied d’aller nous montrer sous les yeux du magnanime fils de Raghou? Autrement, que diriez-vous là? « On a vu Sîtâ, mais on ne l’a pas ramenée! » parole honteuse pour des gens qui ont du cœur, du courage et de la vigueur!

« Quoi! chacun ici est capable de franchir la mer, et pas un ne le serait d’héroïsme, quand vous n’avez pas d’égal dans les mondes, nobles singes, ni parmi les Daityas, ni même entre les Immortels!

« Une fois Lankâ vaincue avec ses multitudes de Rakshasas, une fois Sîtâ enlevée de force à Râvana tué, alors nous, l’âme joyeuse et notre mission accomplie, nous ramènerons la fille du roi Djanaka au milieu de Râma et de Lakshmana! »

Djâmbavat, à ce langage d’Angada, répondit en ces termes: « La pensée, héros aux longs bras, que tu viens d’exprimer ici n’est pas la mienne, prince à la grande sagesse. Fouillez, nous a-t-on dit, l’immense plage méridionale; » mais ni le roi des singes ni le sage Râma n’ont parlé de conquérir.

« Comment pourrait-il vouloir que Sîtâ fût reconquise par nous? S’il en était ainsi, le Raghouide, ce roi le plus grand des rois, il renierait donc son illustre famille! Après que notre monarque s’est engagé lui-même, en face de tous les principaux des singes, à faire de sa personne la conquête de Sîtâ, comment pourrait-il abjurer sa promesse? Cette grande chose mise à fin ne lui donnerait aucune satisfaction, et vous auriez en vain fait montre d’héroïsme, ô les plus excellents des singes! Rendons-nous donc aux lieux où Râma nous attend avec Lakshmanaet Sougrîva aux longs bras: portons cet événement à leurs oreilles. »

« Bien! » lui répondent tous les singes; et, ce mot dit, ils aspirent au départ; ils s’élancent de la cime du Mahéndra et nagent de tous les côtés au sein des airs.

Tous les chefs des singes avaient mis le Mâroutide à leur tête et ne pouvaient rassasier leurs yeux de contempler cet illustre Hanoûmat à l’éminente force; Hanoûmat, le plus excellent des simiens, que saluaient à son passage toutes les créatures.

Ils arrivèrent près d’un bois couvert d’arbres et de lianes, semblable au Nandana et nommé le Bois-du-Miel. Cette forêt, bien disposée, appartenait à Sougrîva; elle ravissait l’âme de toutes les créatures, mais elle était infranchissable à tous les êtres. Le singe Dadhimoukha aux longs bras, oncle du magnanime Sougrîva, le monarque des simiens, veillait continuellement sur le bois.

Nos voyageurs abordent ce parc du souverain des quadrumanes, lieu fortuné, délicieux, aimé du cœur, et sont transportés de joie à sa vue. Puis, enchantés à l’aspect de ce grand Bois-du-Miel, les singes, Djâmbavat à leur tête, de prier Hanoûmat, qui s’approche d’Angada et lui parle en ces termes: « Daigne nous accorder une faveur, à nous, qui avons réussi dans notre mission. »

Le jeune prince loua d’une voix gracieuse Hanoûmat et lui répondit ces mots avec amitié: « Que désires-tu? parle! »

À ces paroles, le fils du Vent, accompagné de ses proches, Hanoûmat reprit avec joie: « Fils du roi des simiens, daigne accorder en don aux chefs des singes le Bois-du-Miel, qui fut jadis à ton père; cette forêt inexpugnable, bien gardée, sans pareille, dont l’accès nous est défendu. »

À peine eut-il entendu ce langage d’Hanoûmat: « Eh bien! lui répondit Angada, le plus éminent des simiens, que les singes boivent le miel! Après qu’Hanoûmat a si bien rempli sa mission, l’on ne peut se dispenser de satisfaire à sa demande, fût-elle même impossible: à plus forte raison, quand la chose est telle qu’est celle-ci. » À ces paroles tombées de la bouche d’Angada, les singes joyeux de s’écrier: « Bien! bien! » et d’honorer cet auguste prince.

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· 17 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library