Skip to content
The ConsciousLibrary

Chapter 7 of 97

· 7

« Maintenant, Râma, je t’ai pleinement exposé l’histoire du Gange: le salut soit donc à toi, et puisse sur toi descendre la félicité! voici arrivée l’heure de la prière du soir. Cette descente du Gange, dont je viens de présenter le récit, procure à tous ceux qui l’entendent raconter les richesses, la renommée, une longue vie, le ciel et même la purification des péchés. »

Viçvâmitra se rendit, accompagné du jeune Raghouide, à la ville du roi Viçâla, aussi ravissante et non moins céleste que la cité du Paradis. Là, arrivé dans cette ville, appelée Vêçâli, Râma, tenant ses mains jointes devant soi, Râma à la haute intelligence adressa au saint homme cette demande:

« De quelle royale famille est donc sorti ce magnanime Viçâla? Poussé d’une vive curiosité, je désire l’apprendre, bienheureux anachorète. »

À ces mots du prince, qui possède à fond la science de soi-même, l’homme aux grandes mortifications Viçvâmitra se met à raconter ainsi:

« Il y avait dans l’âge Krita, vaillant Râma, les fils de Ditî, doués d’une grande force, et les fils d’Aditî, pourvus d’une grande vigueur: tous, ils étaient enivrés de leur puissance et de leur courage; tous, ils étaient frères, nés d’un seul père, le magnanime Kaçyapa; mais deux sœurs, Ditî et Aditî, leur avaient donné le jour: ils étaient rivaux, toujours en lutte, et brûlants de se vaincre mutuellement.

« Ces héros d’une énergie indomptée s’étant donc un jour assemblés, voici en quels termes ils se parlèrent, digne rameau de l’antique Raghou: « Comment pourrons-nous être exempts de la vieillesse et de la mort? »

« Dans leur conseil, une résolution fut ainsi arrêtée: « Tous, réunissant nos efforts, recueillons tous les simples de la terre, semons çà et là ces plantes annuelles dans la mer de lait; puis, barattons l’océan lacté; et buvons la divine essence, qui doit naître de ce mélange vigoureusement brassé. Par elle, dans le monde, nous serons affranchis de la vieillesse et de la mort, exempts de la maladie, pleins de force, de vigueur et d’énergie, doués tous d’une splendeur et d’une beauté impérissables. »

« Quand ils eurent ainsi arrêté cette résolution, ils se firent une baratte avec le mont appelé Mandara, une corde avec le serpent Vâsouki, et se mirent à baratter sans repos le séjour de Varouna.

« Au sein des ondes remuées, on vit naître de cette liqueur les plus belles des femmes: elles furent nommées Apsaras[8], parce qu’elles étaient sorties des eaux.

« Destinées pour le plaisir du ciel, elles avaient des formes célestes et rehaussaient avec des ornements célestes la grâce de leurs célestes vêtements. Éblouissantes de splendeur, elles étaient riches en tous les dons de la beauté, de la jeunesse et de la douceur. Il y eut alors de ces Apsaras soixante dizaines de millions; mais leurs suivantes, Râma, étaient en nombre impossible à calculer. Ni les Dieux, ni les Daîtyas ne prirent ces nymphes, vaillant fils de Raghou; et, pour cette cause, toutes, elles restèrent en commun.

« Ensuite, cherchant un époux, Vârounî sortit des eaux lactées: les enfants de Ditî refusèrent cette fille de Varouna; mais la nymphe fut acceptée comme épouse avec une grande joie par les enfants d’Aditi. De là fut donné aux Dieux le nom de Souras, parce qu’ils avaient épousé Vârouni, appelée d’un autre nom Sourâ; et les Daityas, parce qu’ils avaient dédaigné cette fille des ondes, furent nommés Asouras.

« Alors s’élança hors des flots agités le cheval Outch-tchéççravas[9]: aussitôt après lui parut Kâaustoubha, la perle des perles; ensuite, on vit surnager au-dessus des eaux brassées la divine ambroisie même; puis, du sein de l’océan lacté, naquit le roi des médecins, Dhanvantari, qui portait dans ses mains une aiguière, toute pleine de nectar.

« Après celui-ci émergea des eaux barattées le poison destructeur des mondes, et qui, lumineux comme le soleil flamboyant, fut avalé par tous les serpents.

« Alors une terrible guerre, exterminatrice de tous les mondes, s’éleva entre ces puissants rivaux, les Dieux et les Démons, pour la possession de l’ambroisie. Dans ce grand et mutuel carnage, où s’entre-déchiraient ces héros à la vigueur infinie, les fils d’Aditî battirent les enfants de Ditî.

« Quand il eut terrassé les Daîtyas et reçu la couronne du ciel, Indra, le Briseur de villes, monté au comble de la félicité, s’enivra de plaisir, environné d’hommages par tous les immortels. Victorieux de ses ennemis, inaccessible aux chagrins, il se réjouit avec les Dieux; et tous les mondes alors de partager sa joie, avec les essaims des Rishis et les bardes célestes.

« Ensuite Ditî la Déesse, que la déroute de ses fils, battus par les Dieux, avait conduite au plus haut point de la douleur, tint ce langage à Kaçyapa, son époux, fils de Maritchi: « Ô bienheureux, je souffre dans mes enfants, qu’Indra et tes autres fils ont taillés en pièces, je désire mériter par de longues mortifications un fils qui soit le destructeur de Çakra. Oui, je vais marcher dans les voies de la pénitence: ainsi, daigne confier à mon sein le germe d’un fils; et qu’ici, fécondé par toi, il enfante un jour le vainqueur de Çakra. »

« Ce discours de la Déesse entendu, le Maritchide Kaçyapa, rayonnant de splendeur, fit cette réponse à Ditî, plongée dans sa douleur: « Qu’il en soit ainsi! Daigne sur toi descendre la félicité! Sois pure, femme riche en piété! car, si tu peux rester mille années sans tache, tu mettras au monde ce fils, que tu désires, ce vainqueur d’Indra, au bout de cette révolution complète. » Quand il eut dit ces mots, le saint, illuminé de splendeur, lui fit une seule caresse avec la main. L’ayant ainsi chastement touchée: « Adieu! » lui dit Kuçyapa; et l’anachorète aussitôt de retourner à ses macérations. Après son départ, Diti, ravie de joie, embrassa la plus austère pénitence dans un lieu où la pente conduisait toutes les eaux.

« Tandis qu’elle marchait dans sa carrière de mortifications, Çakra s’astreignit à la plus basse des conditions; il s’attacha de lui-même au service de la pénitente; et, dérobant sa grandeur sous les humbles fonctions, qu’il remplissait avec un zélé dévouement, Pourandara s’empressait d’apporter à la sainte femme ce qui était à-propos, du bois, des racines, des fruits, des fleurs, du feu, de l’eau ou de l’herbe Kouça. Il frottait les membres de la vieille anachorète, il dissipait sa lassitude. Le roi du ciel enfin servait Diti en tous les bons offices d’un vigilant domestique.

« Quand il se fut ainsi écoulé dix siècles, moins dix années, Diti joyeuse adressa, noble fils de Raghou, les mots suivants à la Déité aux mille yeux: « Je suis contente de toi, homme à la grande énergie: dix ans nous restent à passer, mon enfant; mais alors, sois heureux! il te naîtra de mon sein un noble frère: à cause de toi, mon fils, je veux faire de lui un héros ardent à la victoire. Uni à toi par le doux nœud de la fraternité, il te donnera certainement un royaume! »

« Ensuite, quand elle eut ainsi parlé à Çakra, la céleste Ditî, à l’heure où le soleil arrive au milieu du jour, fut saisie par le sommeil à côté de ce Dieu travesti, et s’endormit, fils de Raghou, sans rien soupçonner, dans une posture indécente. À la vue de cette obscène attitude, qui rendait impure la sainte anachorète, Indra en fut ravi de joie et se mit à rire.

« Aussitôt le meurtrier du mauvais Génie Bala se glissa dans le corps mis à nu de cette femme endormie, et fendit en sept avec sa foudre aux cent nœuds le fruit qu’elle avait conçu. Puis il recoupa en sept chaque part du malheureux embryon; lesquelles sept, noble Râma, lui résistaient chacune de toute sa force et pleuraient d’une voix plaintive.

« Tandis que le Dieu armé du tonnerre déchirait le fœtus avec sa foudre au sein de la mère, l’embryon pleurant, ô Râma, poussait de grands cris, et Ditî en fut réveillée.

« Ne pleure donc pas! disait le fils de Vasou au fœtus éploré, et la foudre en même temps divisait l’embryon, malgré ses larmes. « Ne le tue pas! s’écria Diti, ne le tue pas! » À ces mots, respectant cette majesté, qui est dans la parole d’une mère, Indra sortit, et, debout, hors du sein, les mains jointes, devant elle: « Déesse, tu es devenue impure, lui répondit le Dieu, parce que tu es couchée dans une posture indécente. Moi, saisissant l’occasion, j’ai tué l’enfant déposé en ton sein pour ma ruine; daigne me pardonner cette action, Déesse auguste! »

« Voyant son fruit divisé en quarante-neuf portions. Ditî pleine de tristesse dit à l’invincible Déité aux mille yeux: « C’est ma faute si mon fruit, mis en pièces, n’est plus qu’un tas de morceaux: la faute, roi des Dieux, n’en peut retomber sur toi, car naturellement tu devais souhaiter ici et chercher ton avantage personnel. Puisqu’il en est arrivé ainsi, veuille bien, Dieu puissant, veuille faire une chose agréable pour moi. Que les sept fragments septuples de mon fruit, célèbres sous le nom de Maroutes et devenus tes serviteurs, parcourent le monde, portés sur les sept épaules des sept Vents. Terrasse, avec le secours de ces Maroutes, mes fils, terrasse, immole les ennemis.

« Qu’ils aillent, ceux-ci dans le monde de Brahma, ceux-là dans le monde d’Indra: et qu’ils voyagent à tes ordres dans toutes ces plages du ciel! Que les Maroutes, tes légers serviteurs, Indra, soient revêtus de corps célestes et qu’ils savourent l’ambroisie pour aliment! Daigne accomplir cette parole de moi! »

« À ces mots de la sainte anachorète, fils de Raghou, Çakra, le plus fort des êtres forts, creusant la paume de ses mains jointes, lui répondit en ces termes: « Qu’il en soit ainsi! Tes fils seront appelés Maroutes de ce nom même que tu as inventé pour eux: je ferai, sans qu’il y manque rien, toutes ces choses suivant ton désir; ils seront doués par mon ordre, tes fils, d’une beauté céleste et mangeront avec moi l’ambroisie. Sans crainte, exempts de maladie, ils voyageront dans les trois mondes. Sois tranquille, et puisse descendre la félicité sur toi! j’accomplirai ta parole: oui! tout cela sera fait comme tu l’as dit, n’en doute pas!

« Après qu’ils eurent ainsi, de l’une et l’autre part, conclu cette convention, la mère et le fils s’en retournèrent dans le triple ciel: voilà, jeune Râma, ce qui nous fut raconté. Ce lieu-ci, Kakoutsthide, est celui même qui fut habité jadis par le grand Indra. C’est ici même qu’il servait ainsi l’anachorète Ditî, arrivée dans sa pénitence au sommet de la perfection. »

Sur la nouvelle que le saint ermite Viçvàmitra était arrivé dans son royaume, aussitôt Djanaka saisit les huit, parties composantes de l’arghya; puis, donnant le pas sur lui à Çatânanda, son pourohita sans péché, et s’entourant de tous les autres prêtres attachés au service de son pieux oratoire, il vint en toute hâte saluer Viçvàmitra et lui offrir la corbeille sanctifiée par les prières.

Quand il eut reçu un tel honneur du magnanime Djanaka, Viçvâmitra, le plus vertueux des anachorètes, s’enquit lui-même et sur la santé du roi et à quel point déjà il en était venu du sacrifice; ensuite il demanda tour à tour, suivant les bienséances, à chacun de tous les ermites venus à sa rencontre avec le pourohita, comment il se portait.

Çatânanda ensuite adressa ce discours à Râma: « Sois le bienvenu ici, ô le plus vaillant des Raghouides! c’est ta bonne fortune qui t’amène, mon seigneur, accompagné de Viçvâmitra, à ce pieux sacrifice du magnifique roi. En effet, il est insaisissable à toute pensée, ce roi qui s’est élevé à l’état de rishi, le juste Viçvâmitra, à la grande puissance, à la splendeur infinie, qui te fut donné pour ton gourou suprême.

Use the ← → keys to move between chapters.

· 7 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library