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The ConsciousLibrary

Chapter 69 of 97

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« Cette perle, née dans les eaux, était en bien grande vénération; car le sage Indra jadis l’avait donnée au roi, mon père, comme un témoignage de la plus haute satisfaction. La vue de cette perle magnifique semblait à mes yeux la vue même de mon père: aujourd’hui, bon Hanoûmat, c’est comme la vue de Sîtâ qu’elle vient ici m’offrir avec la sienne!

« Cette perle rare fut portée longtemps par ma bien-aimée: en la revoyant aujourd’hui, il me semble voir Sîtâ même. Que t’a dit ma Vidéhaine, beau singe! Ne te lasse pas de me le dire: verse l’eau de tes paroles sur mon cœur incendié par le feu du chagrin. »

À ces mots de Râma, le noble singe Hanoûmat répondit en racontant de nouveau les événements passés, qu’il avait reçus de Sîtâ comme un signe pour l’accréditer.

« Belle reine, dis-je à cette femme d’une taille ravissante, monte sur mon dos, sans balancer. Je ferai voir à tes yeux aujourd’hui même l’auguste Râma, ce maître de la terre, assis entre Lakshmana et Sougrîva: c’est là mon dessein bien arrêté! » « Noble singe, me répondit ensuite la reine, m’asseoir de mon plein gré sur ton dos, ce n’est pas une chose que permette le devoir. Héros, mon corps, il est vrai, a touché le corps du Rakshasa; mais je n’étais pas maîtresse de l’empêcher: dois-je faire volontairement une chose toute semblable à cette heure, que la nécessité ne m’y contraint pas?

« Va donc, tigre des singes, va seul où sont les deux fils du plus noble des hommes!

« Veuille bien agir de telle sorte que mon époux aux longs bras m’arrache bientôt à cette vaste mer de chagrins. Adieu, ô le plus héroïque des singes! Que ton voyage soit heureux! »

Quand il eut ouï ce discours, qu’Hanoûmat avait su dire avec une pleine convenance, Râma lui répondit en ces mots accompagnés de bienveillance: « Cette affaire si grande, à jamais célèbre dans le monde, impossible même de pensée à nul autre sur la face de la terre, Hanoûmat a donc pu l’accomplir! Je ne vois, certes! pas un être qui puisse franchir la vaste mer, excepté Garouda ou le vent, excepté Hanoûmat!

« Mais voici une chose qui désole encore mon âme contristée: je ne puis récompenser le plaisir que m’a fait ce récit, par un don qui fasse un plaisir égal! »

Quand l’Ikshwâkide eut ainsi roulé plusieurs idées en son âme ravie, il fixa bien longtemps des yeux amis sur Hanoûmat et lui tint affectueusement ce langage: « Cet embrassement est toute ma richesse, fils du Vent: reçois donc ce présent assorti au temps et à ma condition. »

À ces mots, embrassant Hanoûmat avec des yeux noyés de larmes, il se plongea derechef au milieu de ses pensées.

Ensuite le héros tint ce discours au singe Hanoûmat: « De toutes les manières, je suis capable de vous passer à la rive ultérieure de cette mer, soit au moyen d’un pont rapidement construit, soit par le dessèchement de ses ondes mêmes. Dis-nous suivant la vérité, Hanoûmat, tout ce qu’il y a dans cette ville de Lankâ, sa force, sa grandeur, quels travaux défendent l’approche de ses portes, quels sont, et ses ouvrages fortifiés, et les richesses des Rakshasas; car tu le sais, puisque tu as pu voir là exactement et dans sa vraie nature ce qu’il en est à son égard. »

À ces mots de Râma, Hanoûmat, le fils du Vent et le plus habile entre ceux qui savent manier la parole, lui répondit à l’instant même et dans les termes suivants: « Écoute! et, suivant l’ordre que tu viens de me tracer, je vais décrire toutes ses fortifications, comment la ville est défendue et par quelles forces Lankâ est gardée.

« La ville joyeuse vit dans les plaisirs; elle est remplie d’éléphants, tous enivrés pour les combats; elle est fermée de portes liées solidement; elle est environnée de fossés profonds. Elle a quatre portes vastes et très-hautes, sur lesquelles on voit se dresser des machines de guerre, engins formidables d’une grande force et de grande dimension. Ces portes sont barrées avec des poutres épouvantables de fer massif, travaillées avec art; et devant elles sont rangés des çataghnîs par centaines, que les troupes héroïques des Rakshasas ont forgés de leurs mains. Elle est immense, pleine de chars et de vigoureux Démons, premier obstacle que rencontre une armée d’ennemis arrivant sous les murs. Là est un rempart de fer, très-élevé, inexpugnable, embelli d’or même, de corail, de lapis-lazuli, de pierreries et de perles. Partout des fossés profonds, aux froides ondes, peuplés de poissons, mais infestés de crocodiles, inspirent l’effroi et portent au cœur une mortelle épouvante. Dans les portes sont quatre couloirs étroits du fer le plus dur, que défendent des machines de guerre et des archers nombreux, intrépides, à la grande taille. Supposé qu’une armée d’ennemis les franchisse, elle trouve devant elle trois nouveaux défilés, tous remplis d’engins meurtriers, disposés de tous les côtés autour des fossés. Derrière eux vient seul, mais plus impraticable, un dernier passage difficile, fort, bien solide, inébranlable, couvert de védikas en or et de nombreuses colonnes faites du même riche métal.

« J’ai rompu ces défilés, comblé ces fossés, incendié toute la cité et fendu les remparts du côté où nous traversons l’empire de Varouna. Songe que la ville de Lankâ est déjà comme détruite par les singes! »

Après ce discours d’Hanoûmat, Râma, l’immolateur de ses ennemis, tint ce langage à Sougrîva, le singe au long cou: « Sougrîva, je suis d’avis que nous passions à l’instant même; car c’est une heure convenable pour la victoire: l’astre qui donne le jour est arrivé au milieu de sa carrière. En effet, aujourd’hui l’astérisme Phalgounî est au septentrion, et, demain, il sera joint par la constellation Hasta ou la main. Mets-toi donc en route, Sougrîva, entouré de ton armée entière. Les signes qui se révèlent à mes yeux sont tous propices: je ferai mordre la poussière au Démon, c’est évident, et je ramènerai la Mithilienne.

« Que Nîla, environné par cent mille singes rapides, s’en aille visiter la route en avant de cette armée. Général Nîla, obéis à ma voix et conduis promptement les bataillons par un chemin où l’on trouve en suffisance des racines et des fruits, de l’eau et des bois aux frais ombrages!

« Que le singe nommé Rishabha, parce qu’il est le taureau des singes et qu'il règne sur une multitude de simiens, s’avance, commandant l’aile droite de l’armée quadrumane. Non facile à vaincre, comme un éléphant, qui est dans la fièvre du rut, que Gandhamâdana aux pieds rapides se mette en marche, tenant sous ses ordres l’aile gauche de l’armée simienne. Moi, porté sur Hanoûmat, comme le roi des Immortels sur le céleste éléphant Airâvata, je marcherai au milieu de l’armée pour en diriger tout l’ensemble. Qu’après moi vienne immédiatement Lakshmana, monté sur Angada, comme Bhoutaiça[10] sur le proboscidien éthéré Sârvabhâauma. Que Djâmbavat, Soushéna et Végadarçi, que ces trois singes défendent nos derrières avec le magnanime roi des ours! »

Ensuite Râma, au milieu des hommages que lui rendent et le monarque des quadrumanes et son frère Lakshmana, s’avance avec l’armée vers la plage méridionale.

Commandés par Sougrîva, les singes à la vigueur indomptable suivaient les pas de Râma dans les transports de l’enthousiasme et de la joie. Volant, nageant, poussant des cris, badinant, soulevant mille bruits, ils s’avançaient ainsi vers la plage méridionale. Ils mangeaient des racines et des fruits à l’odeur suave; ils portaient, ceux-ci de grands arbres, ceux-là des éclats de montagne. Ivres d’orgueil, ils s’enlèvent brusquement l’un à l’autre sa place, ils s’invectivent; les uns tombent et se relèvent, ceux-là dans leur chute font choir les autres. « Certes! il faut que Râvana tombe sous nos coups avec tous ses noctivagues! » criaient les singes devant l’époux de Sîtâ.

Cette grande et terrible armée des singes, pareille aux vagues de l’Océan, serpentait dans sa route avec un bruit immense, telle qu’une mer, dont la tempête a déchaîné la fougue impétueuse.

Ensuite, d’une voix affectueuse et tout en cheminant sur Angada, le resplendissant Lakshmana dit à Râma ces mots d’une parfaite justesse: « Bientôt, ayant tué Râvana et reconquis la Vidéhaine, qui te fut ravie, tu dois revenir, couronné de succès, dans Ayodhyâ, la ville aux abondantes richesses. Je vois, fils de Raghou, sur la terre et dans le ciel de grands signes, tous heureux et qui te promettent la réussite dans ton expédition. Le vent accompagne les armées d’un souffle bon, agréable, doux, fortuné; ces quadrupèdes et ces volatiles, qui ramagent ou crient, ont des couleurs et des sons parfaits.

« Une ruine certaine menace donc les Rakshasas, que la mort a déjà saisis dans cette heure même: j’en ai pour signes l’oppression des constellations et des planètes, qui leur sont affectées. »

Le Soumitride joyeux parlait ainsi et consolait son frère. L’innombrable armée s’avançait, couvrant toute la surface de la terre: le sol en avait disparu sous la foule de ces héros ours et singes, de qui les armes étaient les ongles et les dents. La poussière, soulevée par les singes avec la pointe de leurs pieds, avec le bout de leurs mains, offusquait la clarté du soleil et dérobait aux yeux le monde terrestre.

Toute la grande armée des simiens ravie, joyeuse, commandée par Sougrîva, cheminait sans relâche jour et nuit. Brûlante de combattre, elle s’avançait d’un pied hâté, par bonds rapides, et, tout impatiente de courir à la délivrance de Sîtâ, elle ne fit halte nulle part un seul instant.

Les singes, ayant franchi et les sommets du Vindhya et ceux du Malaya, cette alpe sourcilleuse, arrivèrent, suivant l’ordre des bataillons, sur les bords de la mer au bruit épouvantable.

Descendu sur la plaine, accompagné de son frère et de son allié, Râma de gagner promptement la majestueuse forêt du rivage; et là, dans cette vaste plage aux franges toutes baignées par les vagues, aux roches nettes et lavées par les ondes, ce héros, le plus aimable de ceux qui savent plaire: « Sougrîva, dit-il au roi des singes, nous voici arrivés au réceptacle des ondes salées.

« Voici le moment venu pour nous de mettre en délibération les moyens de traverser ici la mer. Que personne dans les héros singes, quel qu’il soit et de quelque endroit qu’il vienne, ne quitte son armée pour aller dans ce bois, dont les périls sont cachés et qu’il faut reconnaître! » Ces paroles de Râma entendues, Sougrîva et Lakshmana firent camper l’armée sur les bords de cette mer aux rives plantées d’arbres.

Le camp de l’armée bien attentive et bien en garde fut assis par Nîla dans un lieu favorable et suivant les règles sur le rivage septentrional de la mer. Alors deux généraux des singes, Maînda et Dwivida, battirent de tous côtés la campagne, voltigeant en éclaireurs à l’entour des armées.

Tandis que l’armée était campée sur le bord du souverain des rivières et des fleuves, Râma tint ce discours à Lakshmana, qu’il voyait se tenir à ses côtés: « Le chagrin s’en va avec le temps qui s’écoule, c’est l’effet constant ici-bas: au contraire, l’absence de ma bien-aimée augmente de jour en jour mon chagrin.

« Quand s’envolera donc la Djanakide, mon épouse, du milieu des Rakshasas dissipés devant elle comme un trait de la foudre, qui a fendu le sombre nuage? Telle que la riante fortune, quand verrai-je donc, victorieux de l’ennemi, la charmante Sîtâ aux yeux grands comme les pétales du lotus?

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· 19 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library