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The ConsciousLibrary

Chapter 24 of 47

Seconde partie/Chapitre IV

Après avoir montré dans le chapitre précédent comment les passions naissent des erreurs de l’opinion, nous avons à considérer maintenant les effets des deux autres modes de connaissance, et d’abord de celui que nous avons nommé la vraie foi[1]. Ce mode de connaissance nous apprend en effet comment les choses doivent être, et non pas comment elles sont en vérité[2]: d’où vient que nous ne sommes jamais complètement unis avec la chose que nous croyons. Je dis donc que cette connaissance nous montre comment la chose doit être, et non quelle elle est. Il y a là une grande différence, car, comme nous l’avons montré dans notre exemple de la règle de trois, si quelqu’un peut trouver par la proportion un quatrième nombre qui soit au troisième comme le second est au premier, il peut dire alors, par le moyen de la multiplication et de la division, que ces quatre nombres sont proportionnels; et, quoiqu’il en soit réellement ainsi, il en parle néanmoins comme d’une chose qui est en dehors de lui; tandis que lorsqu’il considère la proportionnalité, comme nous l’avons montrée dans le quatrième cas, il dit que la chose est en effet ainsi, car alors elle est en lui, et non hors de lui. Et voilà pour le premier point.

Quant au second effet de la vraie foi, il consiste à nous conduire à la claire connaissance, par laquelle nous aimons Dieu; et elle nous fait connaître intellectuellement les choses qui sont hors de nous, et non en nous.

Le troisième effet est qu’elle nous donne la connaissance du bien et du mal et nous fait connaître les passions que nous devons réprimer. Et, comme nous avons montré déjà précédemment que les passions qui naissent de l’opinion peuvent faire beaucoup de mal, il est bon de voir comment le second mode de connaissance nous sert à discerner ce qu’il y a dans ces sortes de passions de bon ou de mauvais. Pour faire ce travail d’une manière convenable, considérons-les, comme nous l’avons déjà fait, mais de plus près, pour pouvoir reconnaître par là quelles sont celles qui doivent être choisies et celles qui doivent être rejetées. Avant d’arriver là, résumons brièvement ce qu’il y a de bon et de mauvais dans l’homme.

Nous avons déjà dit que toutes choses sont nécessaires, et que dans la nature il n’y a ni bien ni mal; aussi, lorsque nous parlons de l’homme, nous entendons parler de l’idée générale de l’homme, laquelle n’est autre chose qu’un être de raison (Ens rationis). L’idée d’un homme parfait, conçue par notre esprit, nous est un motif, quand nous nous observons nous-mêmes, de chercher si nous avons quelque moyen d’atteindre à cette perfection. C’est pourquoi tout ce qui peut nous conduire à ce but, nous l’appelons bien; tout ce qui nous en éloigne ou n’y conduit pas, mal. Il faut donc, pour traiter du bien et du mal dans l’homme, connaître d’abord l’homme parfait; car, si je traitais du bien et du mal dans un homme particulier, par exemple Adam, je confondrais l’être réel avec l’être de raison, ce que le philosophe doit soigneusement éviter, pour des raisons que nous dirons plus loin. En outre, comme la fin d’Adam ou de toute autre créature particulière ne peut nous être connue que par l’événement, il s’ensuit que tout ce que nous disons de la fin de l’homme doit être fondé sur la conception de l’homme parfait[3]: or, comme il s’agit ici d’un pur être de raison (ens rationis), nous pouvons en connaître la fin, comme aussi ce qui est bien ou mal pour lui, puisque ce ne sont là que des modes de la pensée.

Pour arriver graduellement à la question, rappelons-nous que les émotions, les affections, les actions de notre âme naissent de nos pensées, et que nous avons divisé nos pensées en quatre espèces: 1o le ouï-dire; 2o l’expérience; 3o la foi; 4o la connaissance claire.

Nous avons vu, en étudiant les effets de ces quatre degrés de connaissance, que la connaissance claire est la plus parfaite de toutes, puisque l’opinion nous induit souvent en erreur, et que la foi vraie n’est bonne que parce qu’elle est le chemin de la connaissance claire et qu’elle nous excite aux choses qui sont vraiment aimables; de telle sorte que notre dernière fin, le principal objet de notre science, est la connaissance claire, qui est diverse selon la diversité des objets qui se présentent: meilleur est l’objet avec lequel elle s’unit, meilleure est la connaissance elle-même; et ainsi, l’homme le plus parfait est celui qui s’unit à Dieu, le plus parfait des êtres, et qui jouit de lui.

Pour chercher ce qu’il y a de bon et de mal dans les passions, nous les étudierons donc séparément, et d’abord l’admiration, qui, née du préjugé et de l’ignorance, est une imperfection dans l’homme livré à cette passion; je dis une imperfection, parce que l’admiration ne contient en soi aucun mal positif.

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Seconde partie/Chapitre IV · Short Treatise on God, Man and His Well-Being — Baruch Spinoza · The Conscious Library