Chapter 83 of 97
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Près d’en venir aux mains, il dit alors au colosse, tel qu’une montagne ou pareil à un nuage, chassé par le vent: « Avance près de moi, seigneur des Rakshasas! Me voici de pied ferme, mon arc et ma flèche dans les mains. Sache que je suis la mort venue ici pour toi: dans un moment, scélérat, tu vas exhaler ta vie! »
« C’est Râma! » se dit Koumbhakarna à la grande splendeur. Il poussa en même temps un bruyant éclat de rire, qui brisa, pour ainsi dire, les cœurs de tous les quadrumanes hôtes des bois; et, quand il a ri d’une manière difforme, épouvantable, pareille au tonnerre des nuages, il tient ce langage au Raghouide:
« Vois ce maillet d’armes que je porte, solide, épouvantable, tout en fer! avec lui, j’ai vaincu jadis les Dieux et les Dânavas. Montre-moi, tigre d’Ikshwâkou, cette vigueur agile de laquelle est doué ton corps; ensuite, quand j’aurai vu ta force et ton courage, je ferai de toi mon festin. »
À ces mots, Râma lui décocha des flèches bien empennées; mais, atteint dans le combat par ces traits d’une vitesse égale à celle du tonnerre, le colosse n’en fut aucunement ému.
Cet ennemi du grand Indra but des pores, en quelque sorte, ces flèches, comme des gouttes d’eau, et, brandissant son maillet d’armes, il en opposa la terrible fougue à l’impétuosité des projectiles du vaillant Raghouide.
Mais Râma dans ce combat déploie soudain un arc céleste et plonge des flèches invincibles dans le cœur de Koumbhakarna. De la bouche du colosse en fureur, blessé par le Daçarathide et fondant sur lui rapidement, il sortit un mélange de flammes et de charbons.
Dans son trouble, l’arme effroyable tomba de sa main sur la terre; et, quand il vit son bras désarmé, le géant à la grande vigueur se mit à faire un immense carnage à coups de pieds, à coups de poings. Le corps tout blessé par les flèches, baigné du sang qui ruisselait de ses membres comme les torrents d’une montagne, Koumbhakarna, inondé à la fois de sang et d’une colère bouillante, parcourut les armées, dévorant tout sans distinction, quadrumanes ou Rakshasas.
Râma, défiant son ennemi, décocha au noctivague la grande flèche-du-vent et lui enleva du coup le bras, qui tomba au milieu des armées quadrumanes et frappa dans ses convulsions les bataillons des singes.
Tel qu’une haute montagne, à qui la foudre coupa une aile, Koumbhakarna, que cette flèche avait dépouillé de son bras, déracine un shorée de l’autre main et fond avec cet arbre sur l’Indra même des hommes. Mais soudain, celui-ci, associant à la flèche d’Indra un dard pareil à l’éclair et au tonnerre, de lui trancher ce bras, que le géant élevait, armé de son énorme shorée. Ce bras coupé de Koumbhakarna, tombant comme un serpent échappé aux serres de Garouda, se débattit sur le sol et frappa les rochers, les arbres, les Rakshasas et les singes.
Néanmoins le Rakshasa, poussant des cris, accourait avec la même furie, quoiqu’il fût sans bras: à cette vue, Râma saisit deux flèches émoulues en demi-lunes et lui trancha les deux pieds dans cette nouvelle phase du combat. Alors, ouvrant sa bouche semblable au volcan sous-marin, le Démon vociférant, les bras coupés et les jambes mutilées, s’avançait encore impétueusement vers le Raghouide: tel Râhou, dans les cieux, quand il veut dévorer la lune. Râma aussitôt de lui remplir sa gueule de flèches à la pointe aiguë, à l’empennure vêtue d’or; et le monstre, sa bouche pleine de traits, ne pouvant parler, râlait à grand’peine des sons inarticulés; il perdit même la connaissance.
Râma choisit un autre dard céleste, d’une éternelle durée, que les Dieux et même Indra vénéraient comme le second sceptre de la Mort. Il envoya au noctivague cette arme à l’empennure variée d’or et de diamants, ce projectile d’un éclat pareil aux flammes ou aux rayons allumés du soleil, ce trait d’une vitesse égale à celle de l’éclair et du tonnerre déchaînés par le grand Indra.
Soudain le trait coupe au roi des Yâtavas sa tête pareille au sommet d’une montagne, ce chef à la bouche armée de ses longues dents arrondies, au cou paré de son beau et resplendissant collier: tel Indra jadis abattit la tête de Vritra. Le Démon poussa un effroyable cri et tomba mort: son grand corps écrasa deux milliers de singes. La chute du géant sur la terre fit trembler tous les remparts et les portiques de Lankâ; la grande mer elle-même en fut agitée.
Alors, pleins d’allégresse et le visage riant comme des lotus épanouis, les singes d’honorer en foule cet heureux et bien-aimé Raghouide, qui avait tué de sa main leur ennemi noctivague d’une force épouvantable. Alors les Maharshis, les Gouhyakas, les Dieux et les Asouras, les Bhoûtas, les Pannagas et Garouda même, les Yakshas, les Gandharvas, les Daîtyas, les Dânavas et les Dieux-rishis, tous de célébrer dans la joie cette valeur insigne du noble Râma.
À la nouvelle que le rejeton magnanime de Raghou avait tué Koumbhakarna, les Yâtavas se hâtent d’en porter la connaissance aux oreilles du monarque des Rakshasas. Apprenant que ce géant à la grande force avait perdu la vie dans la bataille, Râvana, consumé de chagrin, s’évanouit et tomba.
Voyant le souverain plongé dans ses pénibles soucis, personne n’osait parler, et tous ils étaient absorbés dans leurs tristes pensées. Enfin le fils du monarque des Rakshasas, Indradjit, le plus grand des héros, voyant son père consterné et comme submergé par les flots de cet océan de chagrins, lui adressa la parole en ces termes: « Mon père, il n’est pas temps de s’abandonner au découragement, puisque Indradjit vit encore: oui! puissant roi des Naîrritas, qui que ce soit dans un combat, s’il est touché d’une flèche lancée par mon bras ennemi d’Indra, n’est capable de remporter sa vie sauve! Vois bientôt Râma couché sans vie avec Lakshmana sur le sol de la terre, le corps fendu, tout hérissé de mes flèches et les membres couverts de mes dards aigus. » À ces mots, l’ennemi du roi des Tridaças salua son père et, d’une âme intrépide, il monta dans son char, bien admirable, attelé des plus excellents coursiers et dont la vitesse égalait celle du vent. Quand ce guerrier à la vive splendeur, habitué à dompter les ennemis, fut monté dans ce char, pareil au char de Vishnou, il hâta sa marche vers le champ de bataille. De nombreux héros à la grande vigueur, les mains armées de harpons, d’arcs et d’épées, suivirent à l’envi l’un de l’autre les pas de ce magnanime. Le contempteur du roi des Dieux s’avançait à grand son de tymbales, au bruit terrible des conques, au milieu des hymnes chantés à sa gloire.
Râvana dit à son fils, qu’il voyait sortir, environné d’une nombreuse armée: « Tu n’as pas au monde un héros qui puisse lutter avec toi, mon fils: tu as vaincu Indra même dans la guerre; à plus forte raison feras-tu mordre la poussière à ce Raghouide, un misérable, un homme! » Après ces mots de son père et quand il eut reçu les bénédictions pour la victoire, ce héros, monté sur le char attelé de rapides chevaux, s’en alla vite au lieu destiné à consumer les victimes. Arrivé sur le terrain des sacrifices, le Démon à la grande splendeur, habitué à dompter ses ennemis, fit placer de tous côtés les Rakshasas devant son char.
Là, cet auguste prince, d’un éclat pareil à celui du feu, sacrifia au puissant Agni, suivant les rites avec les prières mystiques.
Alors, il se mit à charmer par des incantations son arc, ses flèches et son char même entièrement.
Il congédia son armée, et seul, une flèche et son arc à la main, invisible sur le champ de bataille, il répandit sur les armées des singes la pluie d’une tempête de flèches, tel qu’un sombre nuage déverse l’eau de ses flancs.
Fascinés par sa magie et criant avec des sons discordants, les plus épouvantables des singes, le corps hérissé des flèches que lançait Indradjit, tombent sur la terre, comme des arbres sourcilleux, sur lesquels Indra jette sa foudre. Ils voyaient seulement les dards si horribles que l’exterminateur envoyait dans les armées des singes; mais ils n’entrevoyaient nulle part leur ennemi, ce terrible contempteur du roi des Dieux, que sa magie enveloppait d’invisibilité.
L’invisible ennemi de frapper Sougrîva, Angada, Nîla, le vigoureux Hanoûmat, Soushéna, Dhoûmra, Çatabali, Dwivida et d’autres ennemis.
Quand il eut déchiré avec ses dards empennés d’or les héros et le monarque des singes, il enveloppa Râma lui-même et Lakshmana dans les réseaux de ses pluies de flèches, aussi rapides que la foudre.
Inondé par cette averse de projectiles, comme le roi des monts par la chute des pluies, Râma d’une beauté souveraine et merveilleuse jeta les yeux sur Lakshmana et lui tint ce langage: « Lakshmana, le prince des Rakshasas, ce vaillant guerrier, ennemi du roi des Dieux, a pris de nouveau le trait de Brahma; il immole cette armée de héros simiens, et, monté sur son char, il déploie toute sa magie. Comment peut-on maintenant réussir à tuer dans le combat cet Indradjit, son trait ineffable à la main, et le corps invisible aux yeux? Son dard infaillible est un don, je pense, de l’auguste Swayambhoû lui-même, inconcevable à la pensée. Supporte en ce moment avec moi d’une âme intrépide ces averses épouvantables de flèches.
« Toute cette armée du monarque des simiens est taillée en pièces; elle a perdu ses héros les plus éminents. Mais, quand il nous aura vus, nous d’une fougue épouvantable dans la guerre, mis hors de combat et tombés sans connaissance, alors, sans doute, cet ennemi des Tridaças nous abandonnera; et, content de la gloire insigne, qu’il a recueillie dans sa bataille, cet odieux contempteur d’Indra et de ses Dieux, va bientôt s’en aller, environné de ses amis, raconter son triomphe au monarque des Rakshasas. » En effet, ces multitudes de flèches, lancées par Indradjit, couvrirent de blessures les deux nobles frères; et, quand il eut abattu ces deux puissants Raghouides, le prince des Rakshasas mit fin au combat en poussant un cri de victoire.
Le terrible Démon avait couché morts ou blessés dans la huitième partie d’un jour soixante-quatre kotis de rapides quadrumanes.
Après un long regard jeté sur cette épouvantable armée, répandue telle que les flots de la mer, Hanoûmat et Vibhîshana virent le vieux Djâmbavat couvert par des centaines de flèches. Accablé naturellement sous le faix de la vieillesse, ce héros, enveloppé de souffrances, était alors comme l’image d’un feu qui s’éteint. À sa vue, le rejeton de Poulastya, s’étant approché de lui: « Ces flèches acérées, noble vieillard, dit-il, n’auraient-elles pas entièrement brisé ta vie? Vis-tu encore, roi des ours? Te reste-t-il encore un peu de force? »
Quand il eut ouï la voix de Vibhîshana, Djâmbavat, le monarque des ours, faisant couler de sa bouche les paroles avec peine, lui répondit ces mots: « Puissant roi des Naîrritas, je te vois de l’oreille. Mais, blessé par ces multitudes de flèches, plein de souffrances, je ne puis, Naîrrita, te voir de mes yeux. Celui que la nymphe Andjanâ et le Vent se glorifient d’avoir pour fils, Hanoûmat, le plus excellent des singes, a-t-il sauvé sa vie du combat? » À ce langage du moribond, Vibhîshana, voulant éprouver le caractère et la sagesse de ce roi, qui savait honorer les sages: « Pourquoi me fais-tu cette demande sur Hanoûmat, lui dit-il, sans t’inquiéter d’abord de ces deux illustres hommes qui sont les premiers objets de notre douleur, eux, sur la vie desquels repose même notre force! »
À ces mots de Vibhîshana, Djâmbavat répondit: « Écoute pour quelle raison je t’ai fait cette demande sur le Mâroutide; c’est que, tigre des Naîrritas, si l’invincible Hanoûmat respire, cette armée, fût-elle morte, peut vivre encore! Si le souffle de la vie est resté au Mâroutide, nous sommes pleins de vie nous-mêmes, eussions-nous rendu le dernier soupir. »
À peine ouïes ces belles paroles, Vibhîshana reprit: « Il vit, mon père, ce héros d’une vitesse égale à celle du vent: le prince, fils de Mâroute, conserve une splendeur pareille à celle du feu. Il est venu ici; et c’est toi, seigneur, qu’il cherchait maintenant de concert avec moi. »
Hanoûmat, le fils du Vent, s’approche alors du vieillard, le salue avec modestie et lui dit son nom. Quand ce vieux roi des ours entendit, les sens tout émus, cette parole d’Hanoûmat, il crut naître, pour ainsi dire, une seconde fois à la vie. Ensuite Djâmbavat à la grande splendeur lui tint ce langage: « Va, prince des simiens, et veuille sauver les quadrumanes; il n’y en a pas d’autre ici que toi, ô le plus vertueux des singes, qui soit assez doué de vigueur.
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