Chapter 52 of 97
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Sougrîva de monter avec Lakshmana dans son palanquin d’or, brillant comme le soleil et porté sur les épaules de grands singes. Il sortit en roi, auquel est échu la gloire de ceindre une couronne sans égale; il sortit avec le parasol blanc élevé sur sa tête, avec l’éventail blanc, avec le blanc chasse-mouche, agités de tous les côtés autour de son visage. Environné de singes nombreux, terribles, des javelots à leur main, le fortuné monarque s’avançait, entouré de ses ministres à la grande vigueur; et, dans sa course rapide, il faisait trembler même le sol de la terre sous les pas de l’innombrable armée des singes. Dans ce voyage de Sougrîva, le ciel était comme rempli du bruit des conques et du son des timbales. Les ours, par milliers, les golângoulas par centaines et des singes fortement cuirassés marchaient devant lui. Il franchit dans l’intervalle d’un instant la distance qui le séparait du Mâlyavat, la grande montagne: arrivé à la demeure, mais encore loin du noble Raghouide, le monarque des armées quadrumanes s’arrêta.
Sougrîva descendit avec Lakshmana; et, quittant sa litière d’or, le roi fortuné des singes, tenant au front ses deux mains en coupe et marchant à pied, s’approcha de Râma. Il se prosterna la tête sur la terre et se tint formant de ses mains jointes la coupe de l’andjali. À peine eut-elle vu son roi les paumes des mains réunies aux tempes, toute l’armée des quadrumanes se mit au front les deux mains et fit de même l’andjali.
Quand il vit ainsi la grande armée des singes comme un lac de lotus, dont les fleurs entr’ouvrent leurs calices, Râma fut satisfait à l’égard de Sougrîva. Le digne fils de Raghou étreignit dans ses bras le royal singe, il salua de quelques mots les ministres et lui dit: « Assieds-toi! » Alors, s’étant dépouillé de sa colère, il tint avec bonté ce langage au roi singe assis avec ses conseillers sur le sol de la terre:
« Écoute, ami, écoute cette parole: renonce à des jouissances brutales et sache que prêter du secours à tes amis, c’est défendre même ton royaume. Déploie tes efforts à la recherche de Sîtâ et travaille, ô toi qui domptes les ennemis, travaille à découvrir en quel pays habite Râvana. »
À ces mots, Sougrîva, le monarque des singes, s’incline entièrement rassuré devant Râma et lui répond en ces termes: « J’avais perdu ma fortune, ma gloire et l’empire éternel des singes; mais j’ai tout recouvré, grâce à ta bienveillance, héros aux longs bras! L’homme, ô le plus éminent des victorieux, qui ne te payerait pas de retour, à toi, père, seigneur et Dieu, le service rendu serait le plus ignoble des hommes.
« J’ai expédié en courriers, fléau des ennemis, les principaux de mes singes par centaines. Ces messagers doivent tous amener ici tous les simiens répandus sur la terre; ils amèneront les ours et les golângoulas; ils amèneront, fils de Raghou, les singes enfants des Dieux et des Gandharvas, héros d’une épouvantable vigueur, qui changent de forme à volonté, entourés chacun de son armée et versés dans la connaissance des lieux impraticables, des bois et des forêts.
« Des singes, pareils à des montagnes ou des nuages et qui peuvent se métamorphoser comme ils veulent, suivront tes pas dans la guerre, chacun avec toute sa parenté. Ces guerriers, qui ont pour armes, les uns des rochers, les autres des shorées et des palmiers, arracheront la vie à ton ennemi Râvana et ramèneront la Mithilienne dans tes bras! »
Sur ces entrefaites arriva l’épouvantable armée du roi singe, en tel nombre qu’elle éclipsait dans les cieux la grande lumière de l’astre aux mille rayons. Les yeux ne distinguaient plus aucun des points cardinaux enveloppés alors dans la poussière; et la terre elle-même tremblait tout entière avec ses bois, ses forêts et ses montagnes.
Un singe, nommé Çatabali, héros cher à la fortune, s’avança d’abord, environné par dix mille kotis de guerriers.
Ensuite, pareil à une montagne d’or, entouré par des armées au nombre de cinq et cinq fois mille kotis, parut le vaillant père de Târâ, le roi ou plutôt l’Indra même des singes, l’héroïque Souséna, honoré des plus grands ministres et semblable au Dieu Mahéndra.
Après lui, voici venir Gandhamâdana, sur les pas duquel marchent mille kotis et cent milliers de singes.
Derrière eux arrive l’héritier présomptif, d’une valeur égale à celle de Bâli, son père: Angada conduit mille padmas de singes avec une centaine de çankhas[2].
Il est suivi par Rambha, splendide comme le soleil au matin: celui-ci commande une myriade avec onze centaines de guerriers.
Eux passés, apparaît un chef au grand corps, à la grande vigueur, telle qu’une montagne de noir collyre: c’est Gavaya. Dix mille héros exécutent ses commandements.
Après celui-ci, on voit arriver Hanoûmat, autour duquel se pressent mille kotis de singes à la vigueur épouvantable, tous pareils aux cimes du Kêlâsa.
Maintenant, voici le tour d’un chef effrayant à voir, Dourmoukha, comme on l’appelle, avec cent mille braves, auxquels s’ajoute encore une neuvaine de milliers. Intelligent, le plus vaillant des singes, estimé de tous les quadrumanes, son visage resplendit comme le soleil adolescent, et sa couleur imite celle des fibres du lotus.
Ensuite paraît le fils du père universel des créatures, le fortuné Kéçari, à la voix duquel obéissent des armées composant dix mille kotis de guerriers.
Sur leurs pas vient le grand monarque des singes à queue de taureau: il a nom Gavâksha et commande à mille kotis de golângoulas.
Immédiatement s’avance le roi des ours, appelé Dhoûmra, autour duquel marchent deux mille kotis d’ours à la couleur enfumée.
Après eux défilent trois cents kotis de singes épouvantables et pareils à de hautes montagnes sous les ordres d’un chef à la grande vigueur: son nom est Panasa.
Deux singes d’une force terrible, Maînda et Dwivida, entourent Sougrîva avec mille kotis de simiens.
À leur suite, Târa, brillant comme un astre, amène dans cette guerre cinq kotis de singes à la vigueur épouvantable.
Là, vient encore, avec un millier de mille kotis, Darimoukha à la grande force, honoré par tous les chefs des chefs.
Incontinent apparaît Indradjânou, le singe aux grands genoux, que suivent quatre kotis de magnanimes quadrumanes.
Puis s’avance, environné d’un koti et semblable à une montagne, Karambha à la grande splendeur, le visage brillant comme le soleil du matin.
Après lui se montre, guidant onze kotis répandus autour de sa personne, le singe fortuné Gaya, le chef suprême des chefs de troupes.
On voit enfin défiler tour à tour le prudent Vinita, et Koumouda, et Sampâti, et le singe Nala, et Sannata, et Rambha, et Rabhasa.
Ces quadrumanes et d’autres encore, venus pour cette guerre, tous capables de changer de forme à volonté, couvraient entièrement la terre, et les forêts et les montagnes. Les généraux des armées s’approchent, l’air joyeux, et tous ils courbent avec respect le front devant Sougrîva, le plus noble des quadrumanes. D’autres illustres singes s’avancent à leur instant et suivant leurs dignités; ils se tiennent alors devant Sougrîva, les mains réunies à la manière de l’andjali. Le monarque, joignant aussi les deux mains aux tempes, annonce à Râma, digne en tous points d’être aimé, que tous les singes à la grande vigueur sont arrivés.
Quand les généraux singes, pareils à des cimes de montagnes, eurent fait connaître exactement les états des armées, chacun s’en alla coucher à son aise, ou dans les grottes du Mâlyavat, ou sur la rive de ses cataractes, ou dans ses forêts charmantes.
Alors que le monarque vit tous les singes arrivés et campés sur la terre, il adressa joyeux ces mots à Râma:
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