Chapter 2 of 19
Texte entier · 2
Tu m’as grondé, j’en suis ravi, Dieu te le rende, tu as bien fait, car des paroles empreintes d’amertume, cela sied à des lèvres de rubis d’où découle la douceur.
Cette ode, ô Hafiz, véritable perle que tu as percée, viens nous la chanter de ta charmante voix, afin que le ciel, détachant le nœud qui retient l’écrin des pléiades, les fasse en offrande pleuvoir sur toi.
Ô vous! dont le resplendissant visage donne à la lune tout l’éclat dont elle brille dans le ciel! au puits[10] creusé sur votre menton est puisée la plus belle eau des perles de beauté.
Brûlant du désir de se joindre à vous, mon âme est déjà sur mes lèvres[11]: doit-elle retourner sur ses pas? doit-elle s’envoler vers vous? dites, quels sont vos ordres?
Quand donc, ô grand Dieu, se réalisera le projet que je nourris de voir un jour mon cœur en repos auprès de sa chevelure en désordre[12].
Oh! mon cœur se brise, prévenez-en ma mie. Alerte! ô mes amis! faites-le pour l’amour de mon âme, pour l’amour de la vôtre.
Personne, ici-bas, n’a échappé au mal que font vos beaux yeux de narcisse! Oh! ne vaudrait-il pas mieux qu’ils ne montrassent jamais leur amoureuse langueur à ceux qui sont ivres de votre amour?
Notre fortune, endormie comme elle est, se réveillera-t-elle parce que des gouttes de vos joues vermeilles auront perlé sur nos yeux?
Envoyez-nous par le zéphyr un bouquet cueilli sur vos joues fleuries, peut-être qu’alors nous pourrons respirer le parfum de la poussière du seuil de votre porte.
Je fais des vœux pour l’éternité de votre existence, ô échanson du festin de Djem[13], bien que ma coupe n’ait pas été remplie durant vos libations.
Ô Zéphyr, dis de ma part aux habitants de Yezd: Puissent les têtes des ingrats servir de boules à leur jeu de mail!
Dis-leur que tout éloignés que nous soyons par le fait, nous sommes proches par la force de la volonté; dis-leur que nous sommes à la fois leur panégyriste et l’esclave de leur roi.
Oh! quand vous passerez près de nous, relevez le pan de vos robes, évitez de le souiller par le contact de la poussière et du sang[14] où nous gisons, car sur ce chemin de l’amour les victimes sont nombreuses; puissent-elles toutes vous être offertes en holocauste!
Ô roi des rois, un peu de générosité envers nous, afin que nous puissions — comme le fait le ciel — aller baiser la poussière du seuil de votre porte.
Écoutez la prière que fait Hafiz et dites: Ainsi soit-il! Puissent vos lèvres roses, d’où découle la douceur, me servir d’aliment!
Oh! viens, Soufi, viens, le cristal de la coupe est diaphane, viens admirer la couleur de rubis[15] du vin qu’elle contient.
L’Unka[16] ne deviendra jamais la proie de personne, emporte tes filets, car, vois-tu, dans cette voie, le filet[17] ne peut servir qu’à recevoir le vent.
Dans ce banquet de plaisirs[18], vide une ou deux coupes et va-t-en. Je veux dire: ne prétends pas à la présence constante de ta mie[19].
Profite du présent pour te réjouir, ô ami, car Adam lui-même a renoncé au Paradis dès que ses provisions furent épuisées.
Les mystères qui nous sont cachés derrière le rideau, demandes en l’explication aux buveurs pris de vin; car, vois-tu, cette faculté n’a pas été donnée aux seigneurs dévots du clergé.
Oh! mon pauvre cœur, le temps de ta jeunesse est passé sans que tu aies pu cueillir une fleur dans le jardin de la vie. N’essaye donc pas aujourd’hui de faire d’un grand renom, d’une réputation sage un ornement pour tes blancs cheveux[20].
Hafiz est l’esclave de la coupe de Djem. Ô Zéphyr, va-t-en et, de ma part, présente mes hommages au cheikh de Djam[21].
Ô échanson! lève-toi! remplis la coupe! jette une poignée de terre[22] sur les chagrins de l’avenir.
Mets-moi à la main une coupe de vin pour que je puisse rejeter loin de moi ce froc fait d’hypocrisie.
Bien que, auprès des hommes intelligents[23] ce soit un déshonneur; mais nous, nous nous soucions fort peu de la bonne renommée.
Va, verse le vin! jusques à quand soufflera donc le vent de l’orgueil? Jette une poignée de poussière sur cette concupiscence aux suites funestes.
Je ne vois personne, personne, parmi les grands ou les petits qui soit digne de partager le secret que renferme mon cœur exaspéré.
C’est auprès d’une de ces belles qui calment les cœurs que le mien se trouve tout réjoui; car, par sa présence, elle met à néant le calme de mon cœur[24].
Ô Hafiz, prends patience, supporte ton mal jour et nuit, à la fin le moment viendra où tu atteindras le but de tes désirs.
Mon cœur m’échappe des mains, ô hommes compatissants! Pour l’amour de Dieu! au secours! hélas! mon secret le plus caché va être dévoilé.
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