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Chapter 86 of 97

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« Regarde cette Vidéhaine, douée de toute beauté et si charmante à voir; puis, va dans cette bataille même décharger ta colère allumée sur le Raghouide! Une fois que tu auras tué dans un combat, il n’y a nul doute, Râma le Daçarathide, sa Mithilienne retombera de nouveau dans tes mains. »

À ces mots, le vigoureux Démon retint le monarque malgré lui et réussit à l’emmener hors de la présence de Sîtâ. Le tyran à l’âme cruelle abaissa un long regard sur la beauté de sa captive, ornée de toutes les perfections, et sa colère s’éteignit au même instant. Il retourna donc à son palais et rentra dans la salle du conseil, environné de ses amis.

Ensuite, monté dans son char, attelé de chevaux rapides, l’éminent héros sortit de la ville par cette porte même que tenaient investie Râma et Lakshmana. Aussitôt le soleil éteint sa lumière, les plages du firmament sont enveloppées d’obscurité, les nuages mugissent avec un bruit épouvantable et la terre chancelle. Une pluie de sang tombe du ciel, les coursiers bronchent dans leur chemin, un vautour s’abat sur son drapeau, et des chacals hurlent d’une manière sinistre. On vit une troupe de vautours qui volaient en cercle autour du roi magnanime; on vit enfin les coursiers réunis dans son attelage verser eux-mêmes des larmes.

Mais, sans même penser à ces prodiges souverainement épouvantables, Râvana, que la mort poussait en avant pour sa ruine, sortit, aveuglé par sa folie. Cependant, au roulement des chars de ces Rakshasas, impatients de combattre, l’armée des singes eux-mêmes s’était avancée pour accepter la bataille.

Enflammé de colère, le monarque aux vastes forces, à la vaillance éminente, déchire les corps des simiens par des grêles de flèches. Il s’avançait dans le champ de bataille, comme le soleil dans les plaines du ciel, et dardant ses flèches, telles que des rayons épouvantables, il courait furieux sur les généraux des singes. Hors d’eux-mêmes, agités par la crainte, le corps sillonné de blessures, les simiens alors de s’enfuir çà et là, tout baignés de leur sang. Mais bientôt les singes vaincus, faisant à la cause de Râma le sacrifice de leur vie, reviennent au combat, armés de roches et poussant des cris. Ils fondirent avec des arbres, avec leurs poings, avec des cimes de montagnes sur le fier Démon, qui les reçut de pied ferme dans le combat.

Gandhamâdana blessé de huit et même dix flèches, il frappe avec dix traits Nala, qui se tenait plus loin. Maînda au grand corps percé avec sept dards bien épouvantables, il en met cinq dans Gaya sur le champ de bataille. Hanoûmat reçoit vingt, Nîla dix et Gavâksha vingt-cinq flèches; il frappe Çakradjânou avec cinq, Dwivida avec six, Panasa avec dix, Koumouda avec quinze et Djâmbavat avec sept traits. Il déchire Angada, le fils de Bâli, avec quatre-vingts flèches et perce Çarabba d’un seul trait dans la poitrine. Trois dards vont de sa main se loger dans Târa, huit dans Vinata; il fiche trois zagaies dans le front de Krathana; et, tournant de nouveau sa rage sur les armées des singes, Râvana les dévaste dans une grande bataille avec ses flèches rayonnantes comme le soleil et qui tranchent les articulations.

Mais Sougrîva, à la vue des singes rompus et fuyants sur le champ de bataille, confia son corps d’armée à Soushéna et partit le front tourné vers l’ennemi. À ses côtés et derrière lui marchaient tous ses capitaines, ayant tous empoigné de hautes montagnes ou d’immenses et d’énormes arbres.

Sougrîva sans perdre un instant fondit sur Matta. Il saisit une vaste, une épouvantable roche, pareille à une montagne, et le grand singe à la grande splendeur la jeta pour la mort du Rakshasa. Mais soudain le général des Yâtavas, ne laissant pas l’inaffrontable roche arriver à son but, la trancha dans son vol avec des traits acérés. Brisé en mille fragments par les multitudes de ses flèches, le bloc énorme tomba comme une troupe de vautours s’abat du ciel sur la terre.

Enfin, saisi de courroux à la vue de sa roche cassée avant qu’elle ait porté coup, Sougrîva arrache et lance un shorée, que l’autre coupe encore en plus d’un morceau. Et, cela fait, le Rakshasa déchire avec ses dards le monarque des singes. Celui-ci dans le même temps voit une massue tombée à terre; il prend vite cette arme, il pare avec elle les flèches de l’ennemi, et d’un bond terrible il en frappe les coursiers du char.

Aussitôt le héros à l’immense vigueur, de qui le monarque avait tué les chevaux, saute à bas de son grand char et saisit lui-même une massue. Les mains armées de la massue et du pilon, nos deux héros engagent un nouveau combat, en poussant des cris tels que deux taureaux ou comme deux nuées grosses de tonnerres. Ensuite le noctivague en colère de lancer à Sougrîva dans cette grande bataille sa massue flamboyante et lumineuse à l’égal du soleil. Le monarque des simiens envoya son pilon frapper la massue du Rakshasa, et le pilon brisé par cette massue tomba sur la terre.

Alors l’invincible roi des singes prit sur le sol de la terre un moushala de fer épouvantable, partout enrichi d’or. Sougrîva lève ce trait, qu’il adresse au Rakshasa, et le Démon à son tour lui jette une seconde massue: les deux armes se brisent dans un choc mutuel et tombent à la fois sur le sol de la terre.

Les deux engins de guerre s’étant ainsi rompus, ils continuent ce combat à coups de poing, remplis l’un et l’autre de force et d’énergie, tels que deux brasiers excités jusqu’à la flamme. Les deux héros se frappent mutuellement, ils rugissent mainte et mainte fois, ils se choquent rudement avec les mains, ils tombent de compagnie sur la face de la terre, ils se relèvent soudain, ils se chargent de nouveaux coups et jettent leurs bras dans l’air avec un désir mutuel de s’arracher la vie. Mais le Rakshasa à la grande force, à la grande vitesse, voit alors, non loin de lui, un cimeterre qu’il ramasse avec un bouclier; et Sougrîva, de son côté, prend un bouclier avec une épée, tombés sur la terre; puis, enveloppés de colère, ils fondent l’un sur l’autre avec des rugissements. Habiles dans l’art des combats, nos deux guerriers, tenant haut leurs glaives, décrivent l’un à la droite de l’autre un cercle à pas rapide sur le champ de bataille. Enflammés d’une colère mutuelle, ils ont tous deux pour but la victoire: doués également de courage, ils ont une égale envie de se donner la mort.

Enfin Matta, d’une grande vigueur et d’une grande vitesse, Matta, renommé pour sa vaillance, décharge un coup mal combiné de cimeterre sur le grand bouclier du monarque des singes; mais, au moment qu’il veut relever son arme engagée dans l’écu, Sougrîva de son épée lui abat la tête, rayonnante dans la tiare dont elle était couronnée. Aussitôt que le tronc séparé du chef fut tombé sur le sol de la terre, toute l’armée du souverain des Yâtavas s’enfuit aux dix points de l’espace. Le singe, qui avait tué ce fier Démon, poussa joyeux un cri de victoire avec ses phalanges quadrumanes. La colère saisit l’auguste prince aux dix têtes, à la grande vaillance, à la vive splendeur, qui avait obtenu une grâce de Brahma et brisé dans les combats l’orgueil des Démons et même des Dieux.

Alors, voyant Râvana, qui, semblable à une montagne et rugissant comme un nuage destructeur, s’avançait, monté dans son char et brandissant un arc épouvantable, Râma aux yeux de lotus saisit le plus excellent des arcs et dit ces paroles: « Oh! bonheur! le despote insensé des Naîrritas vient s’offrir à mes yeux! je vais donc engager un combat avec lui et goûter enfin le plaisir de lui ôter la vie! » Il dit, bande son arc, et tirant la corde jusqu’à son oreille, décoche un trait, que le monarque irrité des Rakshasas lui coupe avec trois bhallas.

Alors un de ces combats épouvantables, acharnés, qui mettent fin à la vie, s’éleva entre ces deux héros, animés par un désir mutuel de la victoire. Le Rakshasa ne s’en émut pas, car il vit quelle était sa propre légèreté à décocher le trait, à briser le dard, à repousser la flèche ennemie. Cependant Râma, de qui ce combat excitait la colère, Râma à la force immense perce le noctivague avec des centaines de traits aigus, qui vibrent dans la blessure.

Mais le monarque aux dix têtes, à la grande vigueur, s’avance irrité et décoche le trait des ténèbres, dard bien formidable et qui glace de la plus horrible épouvante. Le projectile envoyé brûle de tous côtés les singes: aussitôt, rompus et fuyants, les simiens font lever sur le sol un nuage de poussière. Ils ne furent pas capables de supporter ce trait, que Brahma lui -même avait fabriqué.

Dans ce moment, le Démon victorieux voit Râma, qui l’attend de pied ferme à côté de Lakshmana, son frère: tel Vishnou près duquel est Indra. Il vit devant lui ce Kakoutsthide, qui, appuyé sur un grand arc, semblait effleurer de sa tête la voûte du ciel; et, poussant avec rapidité son char sur le champ de bataille contre ce noble enfant de Raghou, il blessa, chemin faisant, beaucoup de singes.

Voyant les simiens rompus dans la bataille, et Râvana qui fondait sur lui, Râma, tout horripilé de colère, empoigne son arc par le milieu. Et, brandissant cet arc immense, il défie au combat son ennemi à la grande fougue, à la voix tonnante, qui déchirait, pour ainsi dire, le ciel et la terre de ses cris.

Lakshmana, qui désirait lui porter le premier coup avec ses dards aigus, courba son arc et lui décocha ses flèches, pareilles à la flamme du feu. Mais à peine l’excellent archer les avait-il envoyées au milieu des airs, soudain l’éblouissant Râvana d’arrêter les flèches avec des flèches; et de couper, montrant la légèreté de sa main, un trait de Lakshmana avec un dard, trois avec trois, dix avec dix.

Quand le monarque, habitué à triompher dans les combats, eut vaincu le Soumitride, il s’approcha de Râma, qui se tenait là, immobile comme une montagne, les yeux rouges de colère; il fit pleuvoir sur lui des averses de flèches. À peine eut-il vu ces multitudes de zagaies partir de son arc et venir à lui d’une aile rapide, soudain l’aîné des Raghouides saisit des bhallas, avec le fer aigu desquels ce héros au grand arc trancha ces volées de traits enflammés, épouvantables, et tels que des serpents.

Les deux guerriers firent crever l’un sur l’autre des nuages de flèches dans ce combat, le Raghouide sur Râvana et Râvana même sur le Raghouide. Attentifs à s’observer mutuellement et décrivant mainte évolution l’un autour de l’autre, tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, ces deux héros, jusqu’alors invaincus, dirigeaient d’une manière habile et variée la fougue de leurs projectiles.

Tels que les nuages couvrent le ciel au temps où la saison brûlante a disparu, tels ces divers projectiles acérés le voilaient de ténèbres, sillonnées par la flamme des éclairs.

Tous deux, armés des arcs les plus grands, tous deux versés dans l’art des combats, tous deux les plus adroits entre ceux qui savent lancer une arme de jet, tous deux ils se livrèrent un combat furieux. L’un et l’autre semblaient un océan, qui fait rouler des vagues de flèches comme des flots épouvantables, battus par le souffle du vent sur deux mers ennemies.

Enfin Râvana, d’une main vigoureuse, planta un bouquet de flèches de fer dans le front du vaillant Daçarathide. Mais celui-ci, portant sur sa tête comme une guirlande faite de lotus azurés, cette hideuse couronne lancée d’un arc terrible, n’en ressentit aucune émotion. Ensuite, récitant à voix basse la mystique formule qui a la vertu d’envoyer le trait de Çiva, le Raghouide, saisi de colère, encoche des flèches à son arc. Alors ce héros à la vive splendeur tire à soi le nerf de sa corde et lance à Râvana dans le combat ses flèches, pareilles à la flamme du feu. Mais, décochés par la main vigoureuse du Raghouide, ces dards tombent sur la cuirasse imbrisable du monarque des Yâtavas, sans lui faire de blessure.

De nouveau, Râma à la grande vigueur envoya un second trait, celui des Gandharvas mêmes, frapper le tyran, debout sur son beau char. Mais le démon arrête ces dards, qui soudain, quittant leurs formes de flèches, entrent dans la terre en sifflant, comme des serpents à cinq têtes.

Quand Râvana, plein de colère, eut vaincu le trait du Raghouide, il en choisit lui -même un autre, bien fait pour inspirer une insurmontable épouvante, celui des Asouras. Irrité et soufflant comme un serpent, le monarque à la vive splendeur lance à Râma des flèches terminées en muffles de tigres et de lions, en becs de hérons et de corbeaux: celles-ci ont une tête flamboyante de vautour; celles-là un museau de chacal; les unes ont des gueules de loup; les autres des hures de sanglier; il en est avec des bouches effroyablement béantes; en voici d’autres qui ont chacune cinq têtes, altérées de sang à lécher: tels sont les dards aigus et d’autres encore non moins terribles, que Râvana déchaîne contre son ennemi par la vertu de ses enchantements.

Assailli dans le combat par les traits des Asouras, le Raghouide à la grande énergie riposte avec le trait du feu, arme céleste et souveraine. Il décoche maintes flèches différentes: celles-ci ont une face toute flamboyante de feu et ressemblent au soleil ou à la foudre; celles-là ont des langues pareilles à des éclairs; les unes ont pour chef une étoile ou une planète; les autres ont pour tête une lune, soit pleine, soit demi-pleine: telles ont pour fer un grand météore igné, telles autres sont à l’image d’une comète. Le trait du Raghouide ayant rompu le charme, les dards formidables de Râvana s’évanouissent alors par milliers au sein des airs: et les singes, habiles à revêtir les formes qu’ils veulent, de pousser à l’envi un cri de joie, en voyant s’évaporer ces armes dont Râma aux travaux infatigables a brisé la vertu.

Quand Râvana vit que le trait de son rival avait anéanti son trait, son courroux augmenta et devint sur-le-champ deux fois ce qu’était auparavant sa colère. Le monarque à la grande vigueur se mit donc à lancer contre ce noble fils de Raghou le trait épouvantable de Çiva, que lui avait composé Maga le magicien. Alors on voit partir en masse de son arc, et les harpons, et les massues, et les moushalas enflammés, au tranchant de tonnerre. On en voit sortir, impétueux et divers, les marteaux de guerre, les maillets d’armes, les cimeterres et les foudres allumées, comme les vents sortent des nuages à la retraite de l’hiver.

Mais soudain, le plus habile entre ceux qui savent lancer une flèche, le Raghouide à la splendeur éclatante, de frapper le trait de Râvana avec un trait supérieur, celui des Gandharvas. À la vue de son trait vaincu par le magnanime Râma, le monarque tout flamboyant de lumière en décocha un autre, le Piçâtchide. Aussitôt les tchakras vastes, embrasés, à la fougue épouvantable, s’envolent de l’arc du Rakshasa aux dix têtes. Le ciel était rempli de ces armes ignées, qui se ruaient toutes à la fois: on aurait dit que le soleil, la lune et les planètes tombaient des mondes du Swarga.

Mais soudain Râma de trancher à la face des armées ces disques terribles et les armes diverses que lui adresse le vigoureux Démon. À peine eut-il vu surmonter la puissance de son trait, le monarque des Yâtavas blessa le Raghouide avec dix flèches dans tous les membres. Cruellement percé de ces dards aigus en tout le corps, ce guerrier d’une céleste vigueur n’en fut pas même ébranlé quelque peu. Sa colère en fut excitée au plus haut point, et ce héros, accoutumé à vaincre dans les batailles, ficha des traits aigus dans tous les membres du terrible Démon.

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· 36 · Rāmāyaṇa (The Journey of Rāma) — Valmiki · The Conscious Library