Chapter 11 of 97
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« À ces mots, Brahma s’en alla, escorté des Immortels, dont les chœurs avaient accompagné son auguste divinité. Quant à Viçvâmitra, élevé au rang supérieur de brahme et parvenu ainsi au comble de ses vœux, il parcourut la terre d’une âme juste et parfaite. »
Dès qu’il eut ouï ce long discours de Çatânanda, prononcé devant Râma et devant son frère Lakshmana, le roi Djanaka joignit alors ses mains et dit à Viçvâmitra: « C’est pour moi un bonheur, c’est une faveur du ciel, grand anachorète, que tu sois venu, accompagné du noble Kakoutsthide, assister à mon sacrifice. Ta seule vue enfante ici pour moi de bien nombreux mérites. »
Ensuite, quand l’aube eut rallumé sa lumière pure et quand il eut vaqué aux devoirs pieux du matin, le monarque vint trouver le magnanime Viçvâmitra et le vaillant fils de Raghou. Puis, lorsqu’il eut rendu à l’anachorète et aux deux héros les honneurs enseignés par le Livre des Bienséances, le vertueux roi tint ce discours à Viçvâmitra: « Sois le bienvenu ici! Que faut-il, grand ascète, que je fasse pour toi? Daigne ta sainteté me donner ses ordres, car je suis ton serviteur. »
À ces mots du magnanime souverain, Viçvâmitra, le sage, l’équitable, le plus distingué par la parole entre les hommes éloquents, répondit en ces termes: « Ces fils du roi Daçaratha, ces deux guerriers illustres dans le monde, ont un grand désir de voir l’arc divin, qui est religieusement gardé chez toi. Montre cette merveille, s’il te plaît, à ces jeunes fils de roi; et, quand tu auras satisfait leur envie par la vue de cet arc, ils feront ensuite ce que tu peux souhaiter d’eux. »
À ce discours, le roi Djanaka joignit les mains et fit cette réponse: « Écoutez d’abord la vérité sur cet arc, et pour quelle raison il fut mis chez moi. — Un prince nommé Dévarâta fut le sixième dans ma race après Nimi: c’est à ce monarque magnanime que cet arc fut confié en dépôt. Au temps passé, dans le carnage qui baigna de sang le sacrifice du vieux Daksha, ce fut avec cet arc invincible, que Çankara mutila tous les Dieux, en leur jetant ce reproche mérité: Dieux, sachez-le bien, si j’ai fait tomber avec cet arc tous vos membres sur la terre, c’est que vous m’avez refusé dans le sacrifice la part qui m’était due. »
« Tremblants d’épouvante, les Dieux alors de s’incliner avec respect devant l’invincible Roudra, et de s’efforcer à l’envi de reconquérir sa bienveillance. Çiva fut enfin satisfait d’eux; et souriant il rendit à ces Dieux pleins d’une force immense tous les membres abattus par son arc magnanime.
« C’est là, saint anachorète, cet arc céleste du sublime Dieu des Dieux, conservé maintenant au sein même de notre famille, qui l’environne de ses plus religieux honneurs.
« J’ai une fille belle comme les Déesses et douée de toutes les vertus; elle n’a point reçu la vie dans les entrailles d’une femme, mais elle est née un jour d’un sillon, que j’ouvris dans la terre: elle est appelée Sîtâ, et je la réserve comme une digne récompense à la force. Très souvent des rois sont venus me la demander en mariage, et j’ai répondu à ces princes: « Sa main est destinée en prix à la plus grande vigueur. » — Ensuite, tous ces prétendus couronnés de ma fille, désirant chacun faire une expérience de sa force, se rendaient eux-mêmes dans ma ville; et là, je montrais cet arc à tous ces rois, ayant, comme eux, envie d’éprouver quelle était leur mâle vigueur, mais, brahme vénéré, ils ne pouvaient pas même soulever cette arme.
« Maintenant je vais montrer au vaillant Râma et à son frère Lakshmana cet arc céleste dans le nimbe de sa resplendissante lumière; et, s’il arrive que Râma puisse lever cette arme, je m’engage à lui donner la main de Sîtâ, afin que la cour du roi Daçaratha s’embellisse avec une bru qui n’a pas été conçue dans le sein d’une femme. »
Alors ce roi, qui semblait un Dieu, commanda aux ministres en ces termes: « Que l’on apporte ici l’arc divin pour en donner la vue au fils de Kâauçalyâ! »
À cet ordre, les conseillers du roi entrent dans la ville et font aussitôt voiturer l’arc géant par des serviteurs actifs. Huit cents hommes d’une stature élevée et d’une grande vigueur traînaient avec effort son étui pesant, qui roulait porté sur huit roues.
Le roi Djanaka, se tournant vers l’anachorète et vers les Daçarathides, leur tint ce langage: — « Brahme vénéré, ce que l’on vient d’amener sous nos yeux est ce que mon palais garde si religieusement, cet arc, que les rois n’ont pu même soulever et que ni les chœurs des Immortels, ni leur chef Indra, ni les Yakshas, ni les Nâgas, ni les Rakshasas, personne enfin des êtres plus qu’humains n’a pu courber, excepté Çiva, le Dieu des Dieux. La force manque aux hommes pour bander cet arc, tant s’en faut qu’elle suffise pour encocher la flèche et tirer la corde. »
À ce discours du roi Djanaka, Viçvâmitra, qui personnifiait le devoir en lui-même, reprit aussitôt d’une âme charmée: « Héros aux longs bras, empoigne cet arc céleste; déploie ta force, noble fils de Raghou, pour lever cet arc, le roi des arcs, et décocher avec lui sa flèche indomptée! »
Sur les paroles du solitaire, aussitôt Râma s’approcha de l’étui, où cet arc était renfermé, et répondit à Viçvâmitra: « Je vais d’une main lever cet arc, et, quand je l’aurai bandé, j’emploierai toute ma force à tirer cet arc divin! »
« Bien! » dirent à la fois le monarque et l’anachorète. Au même instant, Râma leva cette arme d’une seule main, comme en se jouant, la courba sans beaucoup d’efforts et lui passa la corde en riant, à la vue des assistants, répandus là près de lui et par tous les côtés. Ensuite, quand il eut mis la corde, il banda l’arc d’une main robuste; mais la force de cette héroïque tension était si grande qu’il se cassa par le milieu; et l’arme, en se brisant, dispersa un bruit immense, comme d’une montagne qui s’écroule, ou tel qu’un tonnerre lancé par la main d’Indra sur la cime d’un arbre sourcilleux.
À ce fracas assourdissant, tous les hommes tombèrent; frappés de stupeur, excepté Viçvâmitra, le roi de Mithilâ et les deux petits-fils de Raghou. — Quand la respiration fut revenue libre à ce peuple terrifié, le monarque, saisi d’un indicible étonnement, joignit les mains et tint à Viçvâmitra le discours suivant: « Bienheureux solitaire, déjà et souvent j’avais entendu parler de Râma, le fils du roi Daçaratha; mais ce qu’il vient de faire ici est plus que prodigieux et n’avait pas encore été vu par moi. Sîtâ, ma fille, en donnant sa main à Râma, le Daçarathide, ne peut qu’apporter beaucoup de gloire à la famille des Djanakides; et moi, j’accomplis ma promesse en couronnant par ce mariage une force héroïque. J’unirai donc à Râma cette belle Sîtâ, qui m’est plus chère que la vie même. »
Des courriers sont envoyés au roi d’Ayodhyâ.
Annoncés au monarque, les messagers, introduits bientôt dans son palais, virent là ce magnanime roi, le plus vertueux des rois, environné de ses conseillers; et, réunissant leurs mains en forme de coupe, ils adressent, porteurs d’agréable nouvelle, ce discours au magnanime Daçaratha: « Puissant monarque, le roi du Vidéha, Djanaka te demande, à toi-même son ami, si la prospérité habite avec toi et si ta santé est parfaite, ainsi que la santé de tes ministres et celle de ton pourohita. Ensuite, quand il s’est enquis d’abord si ta santé n’est pas altérée, voici les nouvelles, qu’il t’annonce lui-même par notre bouche, cet auguste souverain, aux paroles duquel Viçvàmitra s’associe: — « Tu sais que j’ai une fille et qu’elle fut proclamée comme la récompense d’une force non pareille; tu sais que déjà sa main fut souvent demandée par des rois, mais aucun ne possédait une force assez grande. Eh bien! roi puissant, cette noble fille de moi vient d’être conquise par ton fils, que les conseils de Viçvàmitra ont amené dans ma ville.
« En effet, le magnanime Râma a fait courber cet arc fameux de Çiva, et, déployant sa force au milieu d’une grande assemblée, l’a brisé même par la moitié. Il me faut donc maintenant donner à ton fils cette main de Sîtâ, récompense que j’ai promise à la force: je veux dégager ma parole; daigne consentir à mon désir. Daigne aussi, auguste et saint roi, venir à Mithilâ, sans retard, avec ton directeur spirituel, suivi de ta famille, escorté de ton armée, accompagné de ta cour. Veuille bien augmenter par ton auguste présence la joie que tes fils ont déjà fait naître en mon cœur: ce n’est pas une seule, mais deux brus, que je désire, moi, te donner pour eux. »
Après qu’il eut ouï ce discours des messagers, le roi Daçaratha, comblé de joie, tint ce langage à Vaçishtha comme à tous ses prêtres:
« Brahme vénéré, si cette alliance avec le roi Djanaka obtient d’abord ton agrément, allons d’ici promptement à Mithilâ. » — « Bien! répondirent à ces paroles du roi les brahmes et Vaçishtha, leur chef, tous au comble de la joie; bien! Daigne la félicité descendre sur toi! Nous irons à Mithilâ. »
À peine en eut-elle reçu l’ordre, que l’armée aussitôt prit son chemin à la suite du roi, qui précédait ses quatre corps avec les rishis ou les saints. Quatre jours et quatre nuits après, il arrivait chez les Vidéhains; et la charmante ville de Mithilâ, embellie par le séjour du roi Djanaka, apparaissait enfin à sa vue.
Plein de joie à la nouvelle que cet hôte bien-aimé entrait au pays du Vidéha, le souverain de ces lieux, accompagné de Çatânanda, sortit à sa rencontre et lui tint ce langage: « Sois le bienvenu, grand roi! Quel bonheur! te voici arrivé dans mon palais; mais, quel bonheur aussi pour toi, noble fils de Raghou, tu vas goûter ici le plaisir de voir tes deux enfants! »
Quand il eut ainsi parlé, le roi Daçaratha fit, au milieu des rishis, cette réponse au souverain de Mithilâ: — « On dit avec justesse: « Ceux qui donnent sont les maîtres de ceux qui reçoivent. » Quand tu ouvres la bouche, sois donc sûr, puissant roi, que tu verras toujours en nous des hommes prêts à faire ce que tu vas dire. »
Aussitôt qu’il eut aperçu le plus saint des anachorètes, Viçvâmitra lui-même, le roi Daçaratha vint à lui, d’une âme toute joyeuse, et, s’inclinant avec respect, il dit: « Je suis purifié, ô maître de moi, par cela seul que je me suis approché de ta sainteté! » Viçvâmitra, plein de joie, lui répondit ainsi: « Tu es purifié non moins et par tes actions et par tes bonnes œuvres; tu l’es encore, ô toi qui es comme l’Indra des rois, par ce Râma, ton fils, aux bras infatigables. »
Ensuite, quand il eut accompli au lever de l’aurore les cérémonies pieuses du matin, Djanaka tint ce discours plein de douceur à Çatànanda, son prêtre domestique:
« J’ai un frère puîné, beau, vigoureux, appelé Kouçadhwadja, qui, suivant mes ordres, habite Sânkâçya, ville magnifique, environnée de tours et de remparts, toute pareille au Swarga, brillante comme le char Poushpaka, et que la rivière Ikshkouvati abreuve de ses ondes fraîches. Je désire le voir, car je l’estime vraiment digne de tous honneurs: son âme est grande, c’est le plus vertueux des rois: aussi est-il bien aimé de moi. Que des messagers aillent donc le trouver d’une course rapide et l’amènent chez moi, avec des égards aussi attentifs que, sur les recommandations mêmes d’Indra, Vishnou est amené dans son palais.
À cet ordre envoyé de son frère, Kouçadhwadja vint; il s’en alla avec empressement savourer la vue de son frère plein d’amitié pour lui; et, dès qu’il se fut incliné devant Çatànanda, ensuite devant Djananka, il s’assit, avec la permission du prêtre et du monarque, sur un siège très distingué et digne d’un roi.
Alors ces deux frères, étant assis là ensemble et n’omettant rien dans leur attention, appelèrent Soudâmâna, le premier des ministres, et l’envoyèrent avec ces paroles: « Va, ô le plus éminent des ministres; hâte-toi d’aller vers le roi Daçaratha, et amène-le ici avec son conseil, avec ses fils, avec son prêtre domestique. »
L’envoyé se rendit au palais, il vit ce prince, délices de la famille d’Ikshwûkou, inclina sa tête devant lui et dit: « O roi, souverain d’Ayodhyâ, le monarque Vidébain de Mithilà désire te voir au plus tôt avec le prêtre de ta maison, avec ta belle famille. » À peine eut-il entendu ces paroles, que le roi Daçaratha, accompagné de sa parenté, se rendit avec la foule de ses rishis au lieu où le roi de Mithilà attendait son royal hôte.
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